Les signaux de détente autour de la « 2026 Iran War » font flamber l’or et pèsent lourdement sur le dollar, tandis que la perspective de réouverture du détroit d’Hormuz fait reculer les prix du pétrole et, avec eux, les anticipations d’inflation mondiale. Les marchés financiers réagissent en chaîne aux avancées des discussions indirectes entre Washington et Téhéran, menées via Oman et Qatar.
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Un accord en vue sur le détroit d’Hormuz fait bouger tous les marchés
Au cœur des mouvements actuels se trouve le détroit d’Hormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial et une part similaire du gaz naturel liquéfié. Le conflit déclenché le 28 février 2026 par des frappes américano-israéliennes avait quasiment paralysé cette voie stratégique, nourrissant un choc énergétique et des risques d’inflation durable.
Début août, les tractations diplomatiques s’accélèrent. À la suite de la suspension annoncée de larges frappes américaines contre l’Iran, les discussions sur un cessez-le-feu de 60 jours et sur un mécanisme de sécurisation du détroit progressent. Un projet d’accord prévoit qu’Irán prendrait en charge le contrôle du trafic maritime entrant, tandis qu’Oman superviserait les flux sortants, permettant une réouverture graduelle de cette artère énergétique.
Cette perspective de normalisation, combinée à un assouplissement ciblé des sanctions américaines pour faciliter un accord intérimaire, a immédiatement réduit la « prime de risque » géopolitique intégrée dans les prix du pétrole. Les marchés y voient un scénario plus favorable pour l’inflation et la croissance mondiale.
L’or franchit de nouveaux sommets sur fond de dollar affaibli
Dans ce contexte, le marché de l’or connaît une envolée spectaculaire. Après avoir corrigé au printemps en dessous de 4 000 dollars l’once, en raison d’un besoin planétaire de liquidités en dollars et de la vigueur du billet vert, le métal jaune est reparti à la hausse en juillet, autour de 4 000 dollars, avant d’accélérer nettement en août.
En dollars l’once, le prix de clôture de l’or au comptant le 5 août, en hausse de plus de 2,3 %, sa plus forte progression quotidienne depuis février.
Cette hausse est alimentée par plusieurs facteurs simultanés : recul du dollar, baisse des rendements obligataires américains à 10 ans, et demande de couverture contre le risque d’un possible échec de l’accord en préparation sur Hormuz. Les investisseurs institutionnels, qui s’étaient désengagés du métal précieux au cœur de la crise de liquidité du printemps, reviennent progressivement sur l’or dans une optique de long terme.
L’or évolue inversement au dollar. La faiblesse du billet vert renforce le pouvoir d’achat des investisseurs en euro, yen ou autres devises, soutenant la demande. Avec des taux d’intérêt réels anticipés en baisse, l’absence de rendement de l’or devient moins pénalisante, tandis que son rôle de valeur refuge et de protection contre l’inflation gagne en attractivité.
Le dollar sous pression : géopolitique, Fed et ralentissement américain
Parallèlement, le dollar recule nettement face aux principales devises. L’indice DXY, qui mesure sa valeur contre un panier de monnaies, touche un plancher de près de six semaines autour de 99,65-99,85. L’euro s’apprécie à environ 1,1549 dollar, un sommet de près de sept semaines, porté par la perspective d’une facture énergétique moins lourde pour l’Europe si le prix du brut se stabilise en dessous des pics de mars-avril.
Deux dynamiques se cumulent contre la devise américaine. D’une part, l’apaisement relatif des tensions au Moyen-Orient réduit la recherche de refuge en dollars. D’autre part, les marchés estiment que le risque d’un choc inflationniste prolongé, lié à l’énergie, s’atténue, ce qui allège la pression sur la Réserve fédérale.
Probabilité, en pourcentage, d’une nouvelle hausse des taux par la banque centrale après les faibles créations d’emplois de juillet.
En combinant baisse de la prime de risque pétrolière, détente attendue sur l’inflation et indicateurs d’activité moins robustes, les cambistes révisent à la baisse le rendement théorique des actifs en dollar. La devise américaine se retrouve ainsi prise en étau entre un environnement macroéconomique plus fragile et une normalisation partielle du risque géopolitique.
Pétrole en repli, inflation moins menaçante
L’effet le plus direct des avancées diplomatiques se lit sur le marché pétrolier. Après avoir atteint entre 110 et 120 dollars le baril au plus fort des tensions en mars-avril, le Brent s’est nettement replié. Début août, il repasse sous le seuil symbolique de 80 dollars, autour de 79,37 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) se négocie près de 75 dollars le baril.
Dès l’annonce, le 3 août, de la suspension par Washington de frappes massives contre l’Iran, le Brent avait décroché de plus de 5 %. Les rumeurs, puis la confirmation de discussions approfondies via le Qatar et Oman sur un schéma de sécurisation du détroit d’Hormuz, ont entretenu ce mouvement baissier.
La correction des prix du pétrole réduit le risque d’un choc d’inflation importée. L’OCDE prévoyait une inflation américaine à 4,2 % sur l’année en raison du conflit avec l’Iran. Si un accord intérimaire sur 60 jours se concrétise, favorisant une circulation plus fluide du pétrole et du gaz, les prévisions de hausse des prix de l’énergie pourraient être revues à la baisse.
Les marchés intègrent cette détente dans leurs anticipations d’inflation, ce qui se traduit par une baisse des rendements des obligations souveraines américaines et donc par un soutien accru aux actifs considérés comme des réserves de valeur, au premier rang desquels l’or, mais aussi l’argent, le platine et le palladium.
Carburants : recul des prix mais niveau toujours élevé
En Europe, et particulièrement en France, la décrue du pétrole commence à se refléter à la pompe, même si les prix restent historiquement élevés. Sur le territoire métropolitain, le gazole s’affiche autour de 2,221 euros le litre, en baisse d’un peu plus d’un centime. Le SP95-E10 tourne autour de 2,013 euros, tandis que le SP98 se situe à environ 2,106 euros le litre.
Cette baisse, bien que modérée par rapport au pic printanier, offre un début de soulagement aux ménages et entreprises face aux coûts énergétiques, dans un contexte de pouvoir d’achat sous tension. Il s’agit d’un repli progressif, non d’un retournement massif : une remontée des tensions militaires ou un blocage des accords pourrait inverser cette tendance.
Dans les départements et régions d’outre-mer, où les prix des carburants sont régulés, les effets se font également sentir, mais de manière contrastée. À La Réunion, la baisse des cotations de référence d’environ 9,87 dollars le baril se traduit par un recul notable de l’essence sans plomb. En Guadeloupe, en revanche, le diesel reste stable ou en légère hausse de deux centimes, l’appréciation du dollar en juillet ayant renchéri les importations malgré la détente récente sur le brut. Cette situation illustre la complexité des mécanismes de formation des prix, où taux de change et réglementation locale jouent un rôle clé en plus du niveau du baril.
L’Iran sous le choc, l’inflation galopante maintenue
Si les marchés internationaux semblent bénéficier d’un début de normalisation, l’économie iranienne reste profondément fragilisée par la guerre et les sanctions. Le Fonds monétaire international prévoit pour 2026 une contraction de 6,1 % du PIB iranien, assortie d’une inflation moyenne estimée à 68,9 %, reflet d’une crise interne aiguë.
Le dollar a atteint environ 192 000 tomans sur le marché parallèle en juillet, un plancher historique pour le rial.
Les économistes soulignent qu’une décrue durable de l’inflation iranienne ne pourra intervenir que si un allègement substantiel et durable des sanctions est mis en œuvre, venant appuyer le vaste plan de reconstruction de 300 milliards de dollars évoqué dans le Mémorandum d’Islamabad signé en juin puis rapidement remis en cause. Sans levée structurelle des contraintes économiques, les flambées ponctuelles des prix de l’énergie ou les oscillations du change risquent de continuer à se répercuter fortement sur les prix à la consommation.
Une chaîne de transmission claire entre diplomatie, énergie, dollar et or
Les mouvements enregistrés sur l’or et le dollar s’inscrivent dans une chaîne de causalité que les observateurs résument ainsi : la perspective d’un accord entre les États-Unis et l’Iran entraîne une baisse des prix du pétrole et des carburants, ce qui allège la pression inflationniste. En retour, les marchés doutent de la nécessité pour la Réserve fédérale de poursuivre des hausses de taux agressives. Cette révision des anticipations affaiblit le dollar et les rendements des obligations américaines, renforçant l’attrait de l’or et des métaux précieux.
Cette configuration tranche avec le schéma habituel qui veut que les accalmies géopolitiques réduisent la « prime de risque » de l’or et favorisent au contraire les actifs plus risqués. Cette fois, la baisse de la menace d’un choc énergétique durable et le repositionnement de portefeuilles après la phase de forte demande de liquidités en dollars prévalent.
Analyse des marchés
Les analystes restent toutefois prudents. La tendance de l’or dépendra aussi de la prochaine publication du rapport mensuel sur l’emploi américain (NFP) et des chiffres d’inflation à venir. Un marché du travail plus robuste que prévu ou des données de prix supérieures aux attentes pourraient relancer l’hypothèse d’un resserrement monétaire plus marqué, ce qui exercerait une pression baissière sur le métal jaune.
Toute remise en question de l’accord sur Hormuz ou reprise des hostilités ferait remonter la prime de risque géopolitique, avec un impact brutal sur le pétrole, l’inflation anticipée, puis sur le dollar et l’or. Actuellement, les marchés parient sur une désescalade relative, ce qui permet à l’or de s’envoler pendant que le dollar dégringole.
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