+33 6 51 45 90 38 (WhatsApp) contact@cyriljarnias.fr

Les limites du mécanisme de restructuration de la dette des pays pauvres

par | Actualités
Publié le 24 juin 2026

Les critiques se multiplient contre l’architecture internationale de restructuration de la dette, alors que près de la moitié des pays à faible revenu restent exposés à un risque élevé de surendettement. Au cœur des reproches, le fonctionnement du Club de Paris et du dispositif du G20 connu sous le nom de « Common Framework », accusés de lenteur, d’inefficacité et de favoriser les créanciers au détriment des pays pauvres.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

Disclaimer :

Les contenus publiés sur ce site sont fournis à des fins informatives, éducatives et générales. Ils portent notamment sur la gestion de patrimoine, l’investissement immobilier, la finance, la fiscalité et l’organisation patrimoniale. Ils ne constituent en aucun cas un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale, financière ou comptable.

Les informations, analyses, opinions, simulations et exemples présentés sont donnés à titre indicatif et peuvent évoluer en fonction de la réglementation, des conditions de marché et de votre situation personnelle. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte des risques, notamment de perte en capital, de liquidité, de variation de marché, de change ou de contraintes fiscales et réglementaires.

Les stratégies évoquées (investissement immobilier, placements financiers, structuration patrimoniale, optimisation fiscale, diversification internationale, etc.) doivent être analysées au regard de votre profil, de vos objectifs et de votre situation globale. Elles peuvent nécessiter des ajustements spécifiques et un accompagnement adapté.

Avant toute prise de décision, il est recommandé de consulter des professionnels qualifiés (conseiller en gestion de patrimoine, avocat, notaire, expert-comptable ou tout autre spécialiste compétent). L’éditeur et l’auteur déclinent toute responsabilité quant aux décisions prises sur la base des informations diffusées sur ce site.

Un bilan contrasté pour le Common Framework

Lancé en 2020 sous l’égide du G20 et du Club de Paris, le Common Framework avait pour ambition de coordonner les restructurations de dette des pays à faible revenu en intégrant, pour la première fois, des créanciers non membres du Club de Paris comme la Chine ou l’Inde. Selon le rapport annuel du Club de Paris publié le 24 juin 2026, plus de 45 milliards de dollars de dette externe ont été réaménagés grâce à ce dispositif en cinq ans.

52

52 % des pays à faible revenu sont désormais classés à risque faible ou modéré de détresse de dette pour la première fois depuis 2017.

Mais cette amélioration ne doit pas masquer la persistance de vulnérabilités majeures : 48 % de ces pays restent en situation de risque élevé ou déjà en défaut. Le rapport souligne que la crise d’endettement post‑pandémie montre des signes d’apaisement, alors même que les procédures de résolution demeurent longues, complexes et incertaines.

Lenteur des négociations et blocages structurels

L’une des critiques centrales formulées par les gouvernements débiteurs, les institutions financières et la société civile porte sur la lenteur extrême des négociations. Le cas de la Zambie est cité comme emblématique. Ce pays a déclenché son processus de restructuration en 2020 ; six ans plus tard, tous les accords bilatéraux n’étaient toujours pas finalisés, alors que le Club de Paris considère désormais qu’en principe ces accords devraient être signés dans un délai maximal de douze mois après un accord de principe.

Attention :

Cette absence de calendrier contraignant est perçue comme une limite majeure du mécanisme actuel. Elle prolonge les périodes d’incertitude, freine la reprise économique et aggrave les conditions de vie des populations, qui subissent en parallèle des programmes d’ajustement budgétaire exigeants.

Le Ghana illustre, à l’inverse, ce qu’une procédure relativement aboutie peut produire : le 23 juin 2026, le pays a annoncé le lancement d’un échange obligatoire sur 117,8 millions de dollars d’obligations (les titres « Saderea »), après avoir obtenu le soutien de plus des deux tiers des créanciers concernés. Cette opération lui permet de finaliser environ 97 % de la dette ciblée depuis son défaut de paiement de décembre 2022. Mais ce cas reste l’exception plus que la règle.

L’« épine éthiopienne » et la querelle de la comparabilité de traitement

Le dossier éthiopien est devenu, en 2025‑2026, le principal symbole des limites du mécanisme de restructuration de la dette des pays pauvres. En mars 2025, Addis‑Abeba a obtenu un accord de principe pour restructurer 8,4 milliards de dollars de dette publique bilatérale. La France et la Chine coprésident le comité officiel des créanciers de l’Éthiopie, et un accord de restructuration a été formalisé avec Paris le 11 février 2026, accompagné d’un soutien financier français de 81,5 millions d’euros. L’Italie a, à son tour, signé son propre accord bilatéral le 17 mars 2026.

Bon à savoir :

L’Éthiopie est en défaut depuis décembre 2023 sur un eurobond de 1 milliard USD. Un accord de principe trouvé en janvier 2026 avec les créanciers privés inclut un VRI (Value Recovery Instrument) indexé sur la performance macroéconomique. Le comité officiel des créanciers a rejeté cet accord, estimant le VRI incompatible avec les règles de comparabilité de traitement imposées par le Common Framework.

Entre le 6 et le 27 mai 2026, l’Éthiopie a présenté une nouvelle offre, cette fois sans VRI, pré‑validée par le comité officiel. Mais le comité de créanciers privés l’a rejetée à son tour. Début juin 2026, faute de compromis, plusieurs membres de ce comité ont annoncé leur intention d’engager des poursuites devant les tribunaux anglais. Ce bras de fer illustre comment l’articulation actuelle entre créanciers publics et privés peut paralyser une restructuration et enfermer un pays pauvre dans un blocage prolongé.

Séquençage contesté et asymétrie entre créanciers publics et privés

Dans ce contexte, le séquençage des discussions est de plus en plus contesté. Actuellement, le schéma standard prévoit que les créanciers publics (G20, Club de Paris) parviennent d’abord à un accord, avant que le pays débiteur n’ouvre des négociations séparées avec les créanciers privés. Selon des responsables éthiopiens, dont la conseillère du ministère des Finances Astewaye Woldemichael, cette arrivée tardive des investisseurs privés dans le processus crée un décalage important entre les analyses de soutenabilité de la dette produites par le FMI et les attentes concrètes des marchés.

Les pays débiteurs se retrouvent alors seuls pour combler cet écart, sous la pression simultanée d’institutions multilatérales, de créanciers publics et de fonds obligataires qui n’hésitent pas à brandir la menace de recours judiciaires.

Xuan Changneng, vice‑gouverneur de la Banque populaire de Chine

Le désaccord est profond entre, d’un côté, la Chine, qui insiste pour que banques multilatérales et créanciers privés supportent des pertes d’ampleur équivalente à celles consenties par les États créanciers bilatéraux, et, de l’autre, le FMI, la Banque mondiale et plusieurs pays débiteurs qui plaident pour une réforme du mode de négociation plutôt que pour un durcissement unilatéral des exigences envers le secteur privé.

Réformes proposées : vers des négociations simultanées et des délais encadrés

Face à ces limites, plusieurs pistes de réforme émergent. Le FMI, la Banque mondiale et des pays comme l’Éthiopie défendent l’abandon du modèle séquentiel au profit de négociations parallèles et simultanées entre tous les créanciers – bilatéraux officiels, multilatéraux et privés. L’objectif serait d’éviter les situations où un accord accepté par un groupe est ultérieurement rejeté par un autre, comme dans le cas de l’eurobond éthiopien.

Astuce :

Imposer un délai inférieur à un an entre l’accord de principe et la signature des arrangements bilatéraux, afin de limiter les périodes d’attente coûteuses pour les pays débiteurs, comme le recommandent le rapport du Club de Paris et le 13e Forum de Paris.

D’autres propositions techniques mentionnent l’élaboration de formules standardisées pour répartir de manière plus prévisible les efforts entre différentes catégories de créanciers, y compris les nouveaux grands prêteurs bilatéraux comme la Chine, et la généralisation de clauses de suspension temporaire des paiements en cas de choc majeur ou de catastrophe climatique.

Un système jugé « conçu par et pour les créanciers »

Au‑delà des aspects procéduraux, les critiques de fond se multiplient. Des ONG comme Eurodad et Oxfam, ainsi que de nombreux économistes, estiment que l’architecture actuelle – dominée par le Club de Paris, le G20, le FMI et la Banque mondiale – demeure structurellement déséquilibrée. Selon eux, les pays endettés n’y disposent d’aucun véritable pouvoir de décision, tandis que les accords demeurent assortis de conditions d’austérité budgétaire strictes.

Exemple :

Les réformes exigées par le FMI sont accusées de réduire l’investissement dans la santé et l’éducation, et de freiner la transition climatique. Le rapport FSDR 2026 indique que plus de 3,4 milliards de personnes vivent dans des pays dépensant plus pour le service de la dette que pour la santé ou l’éducation.

La situation est aggravée par une chute sans précédent de l’aide publique au développement (APD) des pays riches, estimée à près de 23 % sur la période 2025‑2026 par l’OCDE. Privés de financements concessionnels, les pays pauvres sont encore plus dépendants de restructurations de dette qui se limitent, dans la plupart des cas, à un report d’échéances plutôt qu’à de véritables annulations.

Pressions pour un mécanisme multilatéral sous l’égide de l’ONU

Face à ce constat, les pays du Sud et les mouvements sociaux intensifient leur campagne en faveur de la création d’un mécanisme multilatéral de résolution des dettes souveraines, placé directement sous l’autorité des Nations unies. L’objectif affiché est de garantir un traitement perçu comme plus neutre et plus transparent que celui actuellement orchestré par le G20 et le Club de Paris.

Revendications du Sud sur la dette

L’ONU propose un Forum des emprunteurs pour coordonner les pays endettés face aux créanciers. Suite à l’engagement de Séville (FfD4, juillet 2025), les pays du Sud exigent, via le paragraphe 50-f, un processus intergouvernemental pour un cadre de restructuration des dettes sous l’égide de l’ONU.

Forum des emprunteurs

Création d’un forum pour que les pays endettés coordonnent leurs positions face aux cartels de créanciers des économies avancées.

Cadre de restructuration ONU

Ouverture d’un processus intergouvernemental, conformément au paragraphe 50‑f de l’engagement de Séville (FfD4, 2025), pour un cadre de restructuration des dettes souveraines.

Parallèlement, l’ONU défend la généralisation de clauses de suspension automatique du service de la dette en cas de catastrophe climatique ou de choc externe majeur, via une alliance internationale dédiée. Cette approche vise à éviter que des crises exogènes ne se traduisent systématiquement par des coupes budgétaires dans les dépenses sociales et environnementales.

Une architecture à la croisée des chemins

Au moment où les dirigeants du G7 appellent à étendre les mécanismes multilatéraux aux pays à revenu intermédiaire vulnérables – pour l’instant exclus du Common Framework mais frappés par de graves crises de liquidité –, le dispositif actuel apparaît à la croisée des chemins. D’un côté, les institutions et grandes puissances créancières mettent en avant les montants déjà restructurés et les quelques exemples de succès partiel. De l’autre, près de la moitié des pays pauvres restent englués dans une spirale de dette, de conditionnalités et de procédures interminables.

Les limites du mécanisme de restructuration de la dette des pays pauvres, telles qu’elles apparaissent dans les cas de la Zambie ou de l’Éthiopie, alimentent un débat de plus en plus frontal entre partisans d’une réforme interne du Common Framework – via des négociations simultanées, des délais resserrés et un partage plus équilibré des pertes – et défenseurs d’un changement de gouvernance plus radical sous l’égide des Nations unies. Dans l’intervalle, des centaines de millions de personnes restent prises en étau entre la nécessité de rembourser leurs créanciers et l’urgence de financer leur développement.

Ces articles pourraient vous intéresser

Contactez-moi

Vous désirez faire croître votre patrimoine ?

N'hésitez pas à me contacter afin de déterminer comment je peux vous aider à construire, protéger et transmettre votre patrimoine en toute sérénité.

+33 6 51 45 90 38 (WhatsApp)

« * » indique les champs nécessaires