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Anticipations de hausse du Livret A sur fond de retour de l’inflation

par | Actualités
Publié le 21 juin 2026

Les projections convergent vers un retournement de tendance pour le Livret A après plusieurs baisses consécutives. Alors que son taux net est fixé à 1,50 % depuis le 1er février 2026, les données récentes de l’INSEE et de la Banque de France laissent entrevoir deux revalorisations successives d’ici début 2027, avec un passage probable autour de 1,80 %, puis entre 2,00 % et 2,20 %. Ces anticipations s’inscrivent dans un contexte de rebond inflationniste et de durcissement monétaire en zone euro.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un taux abaissé début 2026, mais un cycle appelé à s’inverser

Le Livret A a entamé l’année 2026 sur une note défensive. Sur recommandation du gouverneur de la Banque de France, et par décision du ministre de l’Économie et des Finances, son taux a été ramené de 1,70 % à 1,50 %. L’arrêté officialisant cette baisse a été publié fin janvier 2026, pour une application du 1er février au 31 juillet 2026.

0,3

L’inflation hors tabac en janvier 2026 était de +0,3 %, reflétant une désinflation rapide.

Le mouvement a touché l’ensemble de l’épargne réglementée. Le LDDS a été aligné à 1,50 %, tandis que le Livret d’Épargne Populaire (LEP) a vu son taux ramené de 2,70 % à 2,50 % au 1er février 2026. Là encore, le gouvernement a accordé une dérogation : la stricte application de la formule aurait dû faire tomber le LEP à 1,90 %, mais l’exécutif a choisi de maintenir un différentiel favorable aux ménages modestes.

Le choc énergétique relance l’inflation et change la donne

Le scénario sur lequel reposait cette baisse de taux a été rapidement remis en cause. Au printemps 2026, la situation économique s’est brutalement modifiée sous l’effet d’un choc géopolitique et énergétique. L’embrasement de la situation au Moyen-Orient, impliquant l’Iran et un blocage temporaire du détroit d’Hormuz, a provoqué une flambée des cours du pétrole.

Le prix du Brent s’est établi en moyenne à 97 dollars le baril sur l’année, avec un pic au-dessus de 110 dollars au deuxième trimestre 2026. Cette hausse des prix de l’énergie s’est traduite par un redémarrage marqué de l’inflation. Dès mars 2026, la hausse des prix à la consommation atteint 1,7 %, rompant avec la phase de quasi-stagnation précédente.

Attention :

En juin 2026, l’INSEE revoit ses prévisions à la hausse : l’inflation annuelle est anticipée à 2,7 % en décembre 2026, la moyenne annuelle relevée à 2,5 % contre 1,7 % initialement, et l’inflation hors tabac du premier semestre atteint 1,6 %, soit près du double du semestre précédent.

Parallèlement, la Banque centrale européenne réagit à ce regain de tensions inflationnistes. Le 11 juin 2026, elle relève pour la première fois depuis près de trois ans ses taux directeurs, la facilité de dépôt passant de 2,00 % à 2,25 %. L’indice €STR, référence des taux interbancaires de court terme, se redresse et se stabilise autour de 1,93 %, influençant directement la formule de calcul du Livret A.

Vers une première revalorisation autour de 1,80 % à l’été 2026

Dans ce contexte, tous les éléments techniques pointent vers une hausse du Livret A lors de la prochaine révision semestrielle. La nouvelle formule doit être arrêtée autour du 15 juillet 2026, pour une entrée en vigueur au 1er août. Elle prendra en compte la moyenne d’inflation et l’évolution de l’€STR sur le premier semestre.

Les estimations issues de la formule conduisent à un taux théorique situé entre 1,70 % et 1,80 %. Plusieurs analystes privilégient un scénario haut, estimant que le gouvernement pourrait, cette fois encore, accorder un léger soutien afin de limiter la perte de pouvoir d’achat de l’épargne populaire face au retour de l’inflation.

Olivier Sichel s’est publiquement prononcé en faveur d’une revalorisation « proche de 1,8 % » au 1er août 2026. Ce niveau constituerait une première inflexion nette après la phase de baisse, marquant le début d’un nouveau cycle haussier des taux de l’épargne réglementée.

Directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations

Le LDDS, strictement indexé sur le Livret A, évoluerait au même rythme, avec un taux attendu entre 1,70 % et 1,80 %. Le LEP, pour sa part, pourrait être ajusté à 2,80 % si l’exécutif choisit de conserver un écart d’un point de pourcentage au-dessus du Livret A, comme c’est traditionnellement le cas. Cette hypothèse suppose toutefois le maintien du « coup de pouce » politique déjà appliqué début 2026.

Une deuxième hausse envisagée début 2027, jusqu’à 2,20 %

Au-delà de la révision d’août 2026, les anticipations de marché se concentrent déjà sur l’échéance suivante, fixée au 1er février 2027. Les projections d’inflation pour le second semestre 2026, associées à l’effet retardé du resserrement monétaire européen sur l’€STR, laissent entrevoir un nouveau relèvement du taux.

Bon à savoir :

Selon l’INSEE, l’inflation resterait élevée fin 2026 à 2,7 % sur un an en décembre. La Banque de France table sur une inflation moyenne de 2,5 % pour 2026. Cette hausse persistante exercerait une pression mécanique à la hausse sur le calcul des taux réglementés.

La pleine intégration, dans la moyenne semestrielle, de la hausse des taux directeurs de la BCE et du redressement de l’€STR amplifierait ce mouvement. Dans ces conditions, plusieurs analystes envisagent un taux du Livret A compris entre 2,00 % et 2,20 % au 1er février 2027, sous réserve de confirmation de la trajectoire inflationniste.

Par ricochet, le LDDS serait appelé à évoluer dans la même fourchette. Quant au LEP, ses perspectives sont encore plus marquées : les scénarios avancent un taux supérieur à 3 % début 2027, à condition que l’inflation reste soutenue et que le principe d’un différentiel favorable d’au moins un point au-dessus du Livret A soit reconduit par le gouvernement.

Impact sur l’épargne réglementée et arbitrages possibles

Ces anticipations s’inscrivent dans un mouvement plus large de recomposition de l’épargne en France. Le début de l’année 2026 a été marqué par une transformation profonde du paysage, à la croisée de trois phénomènes : désinflation initiale, relèvement de la fiscalité sur une partie des revenus du capital et retour de tensions sur les prix de l’énergie.

31,4

Le prélèvement forfaitaire unique sur les placements imposables passe de 30 % à 31,4 % après la hausse de la CSG sur les revenus du patrimoine en 2026

Dans ce contexte, la remontée attendue du Livret A et du LDDS améliore leur compétitivité relative par rapport à plusieurs produits fiscalisés à court terme, tels que les comptes à terme ou les super livrets bancaires, dont les rendements nets sont amputés par le nouveau PFU. Les comptes à terme sur 12 à 24 mois offrent des taux bruts compris entre 2,50 % et 3,00 % au premier semestre 2026, mais leur rendement net tombe autour de 1,70 % à 2,05 % après fiscalité à 31,4 %. Les super livrets profitent de promotions à 4 % ou 5 % bruts sur trois mois, mais leur rémunération annuelle moyenne nette dépasse rarement 1,3 % à 1,5 %.

2,65

Le rendement moyen estimé des fonds en euros de l’assurance-vie pour 2025, net de frais de gestion.

Enfin, pour les investisseurs capables de supporter un risque plus élevé et une durée d’investissement de long terme, le PEA et les comptes-titres restent cités parmi les solutions de diversification. À très long terme, la performance moyenne historique des actions dans un PEA est évaluée entre 7 % et 10 % par an, bien au-delà des taux anticipés du Livret A, même revalorisé.

Un indicateur clé du pouvoir d’achat des ménages

Au-delà des arbitrages de portefeuille, la trajectoire du Livret A demeure un marqueur central de la politique de soutien au pouvoir d’achat et de financement du logement social en France. Le maintien d’un « coup de pouce » en février 2026, ainsi que la dérogation accordée au LEP, illustrent la volonté des pouvoirs publics d’amortir l’impact du retour de l’inflation sur l’épargne populaire.

2,20

Le taux de rendement potentiel début 2027, conditionné par la confirmation de la dynamique inflationniste au second semestre 2026.

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