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Correction du marché de l’or : une chute de 87 dollars à analyser

par | Actualités
Publié le 19 juin 2026

Le cours de l’or vient d’enchaîner l’une de ses plus fortes phases de correction depuis trois ans, effaçant en quelques semaines l’essentiel de ses gains annuels. Après un pic historique proche de 5 600 dollars l’once fin janvier, le métal jaune évolue désormais autour de 4 120 à 4 230 dollars, soit une baisse de plus de 20 % et un repli d’environ 87 dollars rien qu’entre les récents points de stabilisation. Cette « grande effacement » résulte d’un cocktail de facteurs macroéconomiques, monétaires et géopolitiques qui rebat les cartes pour les investisseurs.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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D’un record historique à un retour au point de départ

Porté en début d’année par une inflation élevée, une demande record des banques centrales et l’escalade des tensions autour de l’Iran, l’or a touché un sommet inédit le 29 janvier, autour de 5 595 dollars l’once, certains indices ayant même brièvement enregistré 5 626 dollars. Dans la foulée, un accès de volatilité extrême s’est déclenché.

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Le 30 janvier, un crash technique a fait chuter le métal de 9 % en une seule séance.

Le conflit ouvert en Iran à partir de fin février ravive ensuite brièvement la prime de risque géopolitique et propulse de nouveau l’or au-dessus de 5 400 dollars. Mais cette envolée est de courte durée : en l’espace de trois semaines, le prix décroche d’environ 17 %, enfonce le seuil des 4 400 dollars, puis reste sous pression en mai, sur fond de resserrement monétaire attendu aux États-Unis.

Attention :

Le 5 juin, l’or chute de 3,27 % à 4 339 dollars l’once après des chiffres de l’emploi américain meilleurs qu’attendu, annulant les gains depuis janvier. Le 8 juin, il clôture sous sa moyenne mobile à 200 jours (4 290-4 340 dollars), un signal baissier majeur pour les investisseurs long terme.

Le 11 juin, un nouveau plus bas annuel est enregistré en séance, à 4 023,95 dollars, soit près de 26 % en dessous du record de janvier et un retour à un niveau inéditement faible depuis novembre 2025. Depuis, le marché tente de se stabiliser, le cours au comptant oscillant autour de 4 120 à 4 230 dollars, au plus près de son niveau de début d’année, ce qui revient à effacer l’intégralité de la performance du premier trimestre.

Le tournant monétaire de la Fed au cœur de la correction

Les analystes s’accordent pour attribuer la principale responsabilité de cette correction à l’évolution des anticipations de politique monétaire américaine. Le catalyseur immédiat est le rapport sur l’emploi de mai, publié début juin, qui fait état de 172 000 créations de postes, soit plus du double du consensus (85 000), pour un taux de chômage stable à 4,3 %. Ces données solides, conjuguées à une inflation américaine de 4,2 % sur un an en mai, balaient l’espoir d’un assouplissement rapide de la Fed.

Bon à savoir :

La nomination de Kevin Warsh, profil faucon, à la présidence de la Fed oriente les anticipations vers une priorité à la stabilité des prix. Même sans hausse en juin, un resserrement monétaire reste possible d’ici fin 2026 pour lutter contre une inflation persistante, avec des taux nominaux potentiellement élevés.

Dans ce contexte, les rendements des obligations américaines à dix ans dépassent 4,4 %, rendant les placements à revenu fixe sensiblement plus attractifs que l’or, qui ne procure ni coupon ni dividende. L’« effet de coût d’opportunité » se renforce : conserver du métal jaune devient plus onéreux face à des taux réels élevés ou en hausse. Les marchés intègrent désormais une probabilité de 50 à 70 % d’une hausse de taux de la Fed d’ici la fin de l’année, ce qui pèse directement sur l’attrait de l’or comme valeur refuge monétaire.

Dollar fort, actions en hausse et ventes officielles : un environnement défavorable

La correction de l’or s’inscrit aussi dans un environnement financier global peu porteur pour les métaux précieux. La perspective de taux américains durablement élevés propulse le dollar, qui s’apprécie nettement après les réunions de la Fed. Or, l’or étant libellé en dollars, le renforcement de la devise américaine renchérit mécaniquement le prix du métal pour les acheteurs hors zone dollar, comprimant la demande mondiale.

Exemple :

La bonne tenue des marchés actions, notamment le rallye de l’indice S&P 500, draine une grande partie du capital prêt à prendre des risques. Les flux qui, en période d’incertitude, se dirigent traditionnellement vers l’or, se reportent vers les actions américaines, jugées plus rémunératrices à court terme dans ce contexte de croissance solide aux États-Unis.

Les mouvements des banques centrales contribuent également à la pression baissière. Après avoir été des acheteurs nets massifs ces dernières années, certains établissements officiels ont procédé à des cessions. La Russie et la Turquie ont vendu une partie de leurs réserves physiques au cours du premier semestre, afin de défendre respectivement le rouble et la livre turque, deux monnaies soumises à de fortes tensions financières. Ces ventes stratégiques ajoutent une offre significative sur un marché déjà fragilisé par le retournement des flux spéculatifs.

Liquidations forcées et signal technique de marché baissier

La rapidité et l’ampleur de la chute de l’or s’expliquent en grande partie par la structure même du marché à terme. L’envolée de fin janvier avait attiré un afflux de positions à fort effet de levier. Lorsque la tendance s’est inversée, la hausse des appels de marge a contraint de nombreux intervenants à solder massivement leurs positions longues, ce qui a accentué la spirale baissière.

Astuce :

Les premières vagues de repli ont provoqué des ventes forcées chez les investisseurs institutionnels, contraints de dégager des liquidités pour répondre à des appels de marge ou combler des pertes sur d’autres classes d’actifs. Ce mouvement de capitulation technique, qui a culminé début juin, a alimenté un climat de panique à court terme et accéléré la cassure de seuils techniques clés.

Le 8 juin, le passage durable sous la moyenne mobile à 200 jours, autour de 4 290 dollars, matérialise l’entrée officielle de l’or en marché baissier, au sens d’un repli supérieur à 20 % par rapport au sommet de janvier. Pour de nombreux gérants prudents, cette rupture marque un changement fondamental de tendance à court terme. Ils anticipent un biais désormais nettement orienté à la baisse et estiment que les zones de soutien à surveiller se situent entre 3 800 et 4 100 dollars l’once.

Détente géopolitique et chute du pétrole : la prime de risque s’évapore

Sur le front géopolitique, le contexte a également évolué à l’encontre de l’or. Après avoir été propulsé en début d’année par l’ouverture d’un conflit en Iran, le métal subit désormais l’effet inverse alors que les négociations s’intensifient. Un mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran pour la réouverture du détroit d’Ormuz, conclu à la mi-juin, a fait retomber la tension sur les marchés de l’énergie.

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Le cours du Brent est passé sous les 78 dollars le baril, réduisant la pression inflationniste et la demande de couverture via l’or.

Comportement des investisseurs : entre attentisme et repositionnement

Pour les investisseurs, la correction de plus de 20 % modifie en profondeur la perception du marché. La violente volatilité observée depuis le début de l’année incite de nombreux particuliers et gérants de patrimoine à l’attentisme. La demande d’or physique à des fins purement d’investissement (lingots, pièces) s’est nettement contractée en juin, même si la baisse des prix a attiré ponctuellement des acheteurs pour la bijouterie.

La question qui se pose désormais est de savoir si cette chute constitue une opportunité d’achat à moyen et long termes ou le signe d’une fin de cycle durable pour l’or. Le marché est clairement divisé. Les investisseurs prudents estiment que la cassure durable de la moyenne mobile à 200 jours valide un régime baissier et que le risque d’une installation du cours sous 4 500 dollars d’ici la fin de l’année ne peut être écarté. Certains stratèges, comme ceux de Baird Private Wealth, jugent même probable une stabilisation durable en dessous de ce niveau.

Stratèges de Baird Private Wealth

À l’inverse, les acteurs plus optimistes rappellent que les facteurs structurels de soutien au métal jaune n’ont pas disparu : inflation persistante, incertitudes politiques à long terme, niveaux record d’endettement mondial et poursuite de la diversification des réserves des banques centrales hors du dollar. Pour ces investisseurs, un prix autour de 4 120 dollars, proche des niveaux de début d’année après une phase de purge spéculative, représente un point d’entrée « décoté » pour la constitution de patrimoine à long terme.

Prévisions révisées mais pas d’effondrement annoncé

Face à ce nouveau paradigme, les grandes banques d’investissement ont revu leurs scénarios. Goldman Sachs a ainsi réduit, le 18 juin, son objectif de cours pour fin 2026 de 5 400 à 4 900 dollars l’once, soit une baisse de 500 dollars, en invoquant la fermeté accrue de la Fed vis-à-vis de l’inflation. J.P. Morgan a, de son côté, ramené sa prévision moyenne pour 2026 de 5 708 à 5 243 dollars, tout en continuant d’anticiper un retour de l’or vers 5 000 à 6 000 dollars au quatrième trimestre, à mesure que les achats de réserve des banques centrales se poursuivront.

4 916

La médiane des anticipations des traders et analystes pour le prix de l’or à la fin 2026 s’élève à 4 916 dollars l’once.

Malgré la « grande effacement » des derniers mois, rares sont donc les institutions qui misent sur un effondrement durable du métal jaune. La plupart y voient plutôt un « reset » technique au milieu d’un cycle, avec un rééquilibrage entre valorisation, attentes monétaires et flux spéculatifs. Reste que, pour l’instant, le marché continue de tester la solidité du seuil des 4 000 dollars, considéré comme un support psychologique et technique décisif. Sa préservation ou sa rupture orientera, dans les prochains mois, l’arbitrage des investisseurs entre prudence et retour progressif vers l’or.

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