La Banque mondiale a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026, anticipant une expansion limitée de l’économie mondiale à 2,5 % dans son rapport semestriel Global Economic Prospects publié le 11 juin 2026. Sous l’effet du conflit au Moyen-Orient et de la fermeture du détroit d’Hormuz, l’institution juge que le choc géopolitique actuel constitue la perturbation la plus grave depuis la pandémie de Covid-19 et met en garde contre un risque de « décennie perdue » pour de nombreux pays en développement.
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Une croissance mondiale au plus bas depuis la pandémie
Selon la Banque mondiale, la progression du produit intérieur brut (PIB) mondial devrait atteindre seulement 2,5 % en 2026, après 2,9 % en 2025. Il s’agit du rythme d’expansion le plus faible depuis la crise sanitaire, en dehors des années de récession globale. Par rapport aux projections de janvier 2026, la prévision de croissance a été abaissée de 0,1 point de pourcentage, à 2,5 % au lieu de 2,6 %.
La croissance mondiale projetée pour 2027 et 2028 sera inférieure de 0,4 point à la moyenne des années 2010.
Parallèlement, l’inflation mondiale devrait repartir à la hausse, à 4 % en 2026, contre 3,3 % en 2025. Cette remontée des prix oblige les banques centrales à maintenir plus longtemps des taux d’intérêt élevés, ce qui renchérit le coût du crédit et freine l’investissement privé.
Le conflit au Moyen-Orient au cœur du choc économique
La détérioration des perspectives est directement liée à la guerre qui s’est ouverte en Iran à la fin février 2026, à la suite de frappes conjointes israélo-américaines. Le conflit, entré dans son quatrième mois, a paralysé en grande partie la navigation dans le détroit d’Hormuz, axe stratégique pour les hydrocarbures et le gaz naturel liquéfié.
Environ 20 % du pétrole brut mondial et une part comparable des flux de gaz naturel liquéfié transitent par ce passage maritime. Sa fermeture début mars a déclenché un choc d’offre sans précédent sur les marchés de l’énergie. Le baril de Brent a dépassé 120 dollars au plus fort de la crise, avant de se stabiliser à un niveau durablement plus élevé.
Selon la Banque mondiale, le prix moyen du Brent atteindra 94 $/baril en 2026, soit une hausse de 36% par rapport à 2025 et plus de 50% au-dessus des projections de janvier, si les perturbations majeures s’atténuent à partir de juillet 2026.
Le choc énergétique ne se limite pas au pétrole. Les tensions dans le Golfe font grimper le coût du gaz, en particulier en Europe, où les prix de référence sont attendus en hausse d’environ 30 %. La fermeture d’Hormuz affecte également les exportations de gaz naturel liquéfié, dont 20 % du commerce mondial dépend de ce couloir maritime. Le groupe QatarEnergy a d’ailleurs invoqué la force majeure sur une partie de ses livraisons, accentuant encore l’incertitude.
Menaces sur les engrais, l’agriculture et la sécurité alimentaire
Le détroit d’Hormuz est aussi un couloir critique pour les matières premières agricoles et, surtout, pour les engrais. Environ 30 % des exportations mondiales d’engrais empruntent cette voie. Les difficultés logistiques, combinées à la flambée des coûts des intrants issus du pétrole, entraînent une hausse estimée à 38 % du prix moyen des engrais cette année.
La Banque mondiale avertit que la tension sur les engrais et la hausse des prix des carburants menacent directement les rendements agricoles, avec une forte augmentation des coûts de production, surtout dans les pays importateurs nets de pétrole et d’intrants.
Cette situation aggrave les risques de crise alimentaire dans plusieurs régions déjà fragilisées. L’institution cite notamment l’Asie du Sud, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne parmi les zones les plus exposées à une détérioration de la sécurité alimentaire, sous l’effet combiné du renchérissement des engrais, du transport et des denrées.
Des chaînes logistiques mondiales de nouveau perturbées
Le conflit au Moyen-Orient a aussi des répercussions majeures sur le transport maritime. Outre le blocage quasi complet du détroit d’Hormuz, les menaces persistantes en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb ont conduit plusieurs grandes compagnies (Maersk, MSC, CMA CGM) à suspendre le passage par le canal de Suez.
Cette voie représente environ 12 % du commerce mondial, et sa quasi-paralysie entraîne des détours longs et coûteux.
Ces contraintes logistiques renforcent les pressions inflationnistes sur de nombreux biens intermédiaires et produits finis, alors même que l’économie mondiale n’avait pas totalement résorbé les séquelles des perturbations liées à la pandémie.
Scénarios alternatifs : jusqu’à un effondrement à 1,3 % de croissance
La Banque mondiale insiste sur le caractère exceptionnellement incertain des perspectives, avec des risques clairement orientés à la baisse. Le rapport détaille notamment deux scénarios plus sombres que la trajectoire centrale de 2,5 % de croissance mondiale.
Le prix du baril de pétrole atteindrait en moyenne 115 dollars en 2026 en cas de perturbations énergétiques prolongées.
Un second scénario, plus extrême, envisage que le choc énergétique déclenche une crise financière internationale, marquée par une forte perte de confiance, une volatilité accrue des marchés et un resserrement brutal du crédit. Dans cette hypothèse, la croissance mondiale pourrait chuter à 1,3 % en 2026, soit la performance la plus faible observée hors pandémie depuis la crise financière de 2009.
De profondes disparités régionales
Derrière la moyenne mondiale, les impacts varient fortement selon les régions et les modèles économiques. Les États-Unis apparaissent relativement résilients, avec une croissance attendue de 2,2 % en 2026, une prévision inchangée par rapport à janvier. Cette tenue est attribuée à une production énergétique domestique solide, à un rebond de l’activité en début d’année après la fin du blocage budgétaire fédéral et à de lourds investissements dans l’intelligence artificielle et la défense.
La croissance de la zone euro est projetée à 0,8 % en 2026, contre 1,4 % en 2025.
Les économies émergentes et en développement dans leur ensemble verraient leur croissance tomber de 4,4 % en 2025 à 3,6 % en 2026. La Chine verrait sa prévision ramenée à 4,2 %, contre 5,0 % en 2025 et 4,4 % anticipés en janvier. L’Inde resterait la grande économie la plus dynamique, avec un rythme de 6,6 % en 2026 après 7,0 % en 2025.
La Banque mondiale prévoit une croissance moyenne de seulement 1,6 % en 2026 pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, la plus sévèrement touchée.
En Afrique subsaharienne, la croissance devrait s’établir à 4,0 %, un niveau revu en baisse de 0,3 point par rapport aux estimations de janvier, en raison du poids combiné du renchérissement de l’énergie, de la hausse des prix alimentaires et d’un endettement déjà élevé. L’Amérique latine et les Caraïbes sont attendues à 2,2 %, tandis que l’Europe et l’Asie centrale afficheraient 2,1 %. Les pays à faible revenu, enfin, devraient progresser de 5,4 %, un chiffre en recul de 0,3 point par rapport aux précédentes prévisions.
Le spectre d’une « décennie perdue » pour les pays en développement
Au-delà des chiffres de court terme, la Banque mondiale met l’accent sur l’impact humain et structurel de ce choc pour les pays les plus fragiles. Pour les économies en développement, la croissance attendue de 3,6 % en 2026 ne suffira pas à rattraper le terrain perdu depuis 2019.
D’ici fin 2026, un quart des économies en développement devraient être plus pauvres qu’en 2019, avant la pandémie.
Ces dynamiques compromettent les perspectives de réduction de la pauvreté, de financement des services publics essentiels et de transition climatique, à un moment où les marges budgétaires sont déjà très contraintes.
Une riposte financière d’urgence de la Banque mondiale
Face à cette situation, le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a annoncé la volonté de l’institution de mobiliser jusqu’à 100 milliards de dollars sur les 15 prochains mois. Ces ressources, composées de liquidités d’urgence et de garanties budgétaires, visent à soutenir les pays les plus vulnérables, en priorité ceux confrontés à une insécurité alimentaire et énergétique aggravée par la guerre au Moyen-Orient.
Exemple d’une réponse financière visant à préserver la capacité des États à poursuivre leurs réformes structurelles tout en protégeant leurs populations du choc du coût de la vie. Cela intervient dans un contexte de besoins de financement globaux élevés dans les pays en développement et de conditions d’emprunt tendues sur les marchés internationaux en raison de politiques monétaires restrictives.
Dans ce contexte incertain, la Banque mondiale estime que la trajectoire de l’économie mondiale dépendra étroitement de l’évolution du conflit au Moyen-Orient, de la normalisation des flux énergétiques et du maintien de la stabilité financière internationale. Les mois à venir seront déterminants pour savoir si l’économie mondiale parvient à éviter les scénarios les plus sombres décrits dans son rapport.
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