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BCE : un nouveau relèvement des taux directeurs envisagé en juillet

par | Actualités
Publié le 19 juin 2026

Alors que l’inflation repart à la hausse dans la zone euro sur fond de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, la BCE laisse planer la possibilité d’une nouvelle hausse de ses taux directeurs en juillet. La décision interviendra après une première augmentation de 25 points de base mi‑juin, qui a marqué le retour du resserrement monétaire après près de deux ans de statu quo.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un tournant monétaire confirmé après la hausse de juin

Le 11 juin 2026, la BCE a relevé simultanément ses trois principaux taux directeurs de 0,25 point de pourcentage, une première depuis septembre 2023. Cette décision, entrée en vigueur le 17 juin, a porté le taux de la facilité de dépôt à 2,25 % (contre 2,00 % auparavant), le taux des opérations principales de refinancement à 2,40 % (contre 2,15 %) et le taux de la facilité de prêt marginal à 2,65 % (contre 2,40 %).

3,2

Le taux d’inflation annuelle dans la zone euro a atteint 3,2 % en mai 2026, selon Eurostat.

Dans ses projections publiées le 11 juin, la BCE prévoit désormais une inflation moyenne de 3,0 % pour 2026, contre 2,6 % anticipés en mars. Elle table ensuite sur 2,3 % en 2027 et un retour vers la cible de 2,0 % en 2028. L’inflation sous‑jacente (hors énergie et alimentation) resterait élevée, à 2,5 % en 2026 et 2027, avant de refluer à 2,2 % en 2028.

Une réunion décisive à Francfort fin juillet

La prochaine réunion de politique monétaire de la BCE est programmée les 22 et 23 juillet 2026 à Francfort. Elle est perçue comme un moment clé pour la trajectoire future des taux.

Bon à savoir :

Deux scénarios pour les prochaines hausses de taux de la BCE : une pause est le scénario central, mais une nouvelle hausse dès juillet est défendue par les membres « faucons » du Conseil des gouverneurs.

Les marchés financiers penchent pour l’instant plutôt en faveur d’un statu quo. L’outil de suivi des anticipations de marché « ECB Watch Tool » évaluait au 19 juin à 81 % la probabilité d’un maintien du taux de dépôt à 2,25 % en juillet. L’idée dominante serait de laisser le temps à la hausse de juin de se transmettre à l’économie avant d’éventuellement frapper à nouveau.

Les conditions d’une nouvelle hausse en juillet

La direction de la BCE rappelle adopter une approche prudente et « dépendante des données ». Autrement dit, la décision de juillet dépendra de l’évolution des indicateurs d’inflation et de la situation énergétique.

Attention :

Un retour durable du Brent au-dessus de 100 dollars, lié à une aggravation du conflit au Moyen-Orient, pourrait renchérir les anticipations d’inflation et forcer la BCE à un nouveau tour de vis.

Une autre condition serait une surprise défavorable sur l’inflation sous‑jacente, en particulier dans les services. C’est le point de vigilance souligné par Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale de Belgique et membre du Conseil des gouverneurs. Dans un entretien avec Reuters le 19 juin, il a estimé que la BCE pourrait être amenée à relever à nouveau ses taux dès juillet si des signes plus nets de propagation de l’inflation à des secteurs non énergétiques se confirmaient. Il a jugé les derniers chiffres dans les services « peu encourageants ».

La BCE reste « prête » à une nouvelle hausse en juillet si le choc inflationniste l’exigeait, même en cas d’amélioration rapide du contexte énergétique, car la hausse des coûts de l’énergie commence déjà à se refléter dans l’inflation sous‑jacente.

Joachim Nagel, président de la Bundesbank

En Lituanie, le gouverneur Gediminas Šimkus a indiqué le 17 juin qu’il s’attendait à « au moins une hausse supplémentaire » à court terme, afin de stabiliser fermement les anticipations d’inflation.

Une pause possible avant une nouvelle hausse à l’automne

Face à ces positions fermes, d’autres responsables plaident pour davantage de patience. Emmanuel Moulin, nouveau gouverneur de la Banque de France, a insisté le 17 juin sur le fait que la hausse de juin ne devait pas être interprétée comme le début d’un cycle agressif de relèvements successifs.

Exemple :

Plusieurs maisons de gestion comme Ecofi estiment que le nombre de hausses de taux en 2026 restera faible, avec un maximum de deux relèvements sur l’année. La BCE pourrait marquer une pause en juillet avant d’intervenir en septembre, avec un relèvement de 25 points de base à l’automne, portant le taux de dépôt à un pic de 2,50 %.

Des analystes comme Carmignac vont un peu plus loin et envisagent deux nouvelles hausses d’ici la fin de l’été 2026, ce qui matérialiserait un resserrement plus prononcé, mais toujours graduel.

Un environnement économique déjà fragilisé

Ce durcissement monétaire s’inscrit dans un contexte macroéconomique déjà dégradé. Eurostat a révisé à la baisse la croissance du premier trimestre 2026, faisant ressortir une contraction de 0,2 % du PIB de la zone euro. Cette baisse a notamment été marquée par une chute de 12,1 % du PIB en Irlande et un recul de 0,1 % en France.

0,8

La BCE a abaissé sa prévision de croissance pour 2026 à 0,8 %, contre 0,9 % auparavant, en raison du frein exercé par la hausse des taux sur une économie atone.

L’objectif de la BCE est pourtant clair : en rendant l’emprunt plus coûteux, l’institution cherche à modérer la demande globale pour contenir la hausse des prix. Mais ce choix pénalise mécaniquement la croissance, alors même que certains États membres restent fragiles.

Impact sur les ménages et le crédit immobilier

Les premières conséquences de la hausse de juin se font déjà sentir sur les taux appliqués par les banques. Des relèvements ont été observés sur les crédits immobiliers et les prêts aux entreprises, même si les établissements n’ont pas encore répercuté l’intégralité du mouvement afin de rester attractifs avant la période estivale.

Pour les particuliers, cette tendance pèse sur la capacité d’emprunt. Le cabinet Auguste Patrimoine évalue la perte de capacité de financement d’un dossier type à environ 7 000 euros, sous l’effet combiné de la hausse des taux et des contraintes réglementaires.

Astuce :

En France, l’accès au crédit immobilier est sous surveillance avant le troisième trimestre 2026. De nouveaux taux d’usure, plafonds légaux de coût total du crédit fixés par la Banque de France, entreront en vigueur le 1er juillet. Leur progression pourrait ne pas suivre la remontée rapide des taux nominaux bancaires, ce qui risque de rejeter les dossiers dont le TAEG se rapproche du plafond et complique l’accession à la propriété.

Les courtiers anticipent une remontée progressive des taux immobiliers au second semestre 2026, ce qui pourrait accentuer le ralentissement déjà visible du marché résidentiel.

Entre freinage de l’investissement et soutien à l’épargne

Les entreprises subissent elles aussi le renchérissement du crédit. Le coût de leurs financements de trésorerie et de leurs projets d’investissement augmente, les incitant à réduire ou différer certains programmes d’expansion. Ce mouvement pèse directement sur la croissance et sur l’emploi.

Hausse des taux obligataires

Conséquences de la hausse des taux directeurs de la BCE sur les rendements à long terme et la dette publique

Progression des rendements

La hausse des taux directeurs de la BCE entraîne une augmentation des rendements à long terme, notamment sur les OAT françaises à dix ans.

Alourdissement de la dette

Cette évolution renchérit la charge de la dette publique dans la zone euro, réduisant les marges de manœuvre budgétaires des gouvernements pour des mesures de soutien.

À l’inverse, le mouvement de remontée des taux bénéficie aux épargnants disposant de liquidités. La rémunération des produits d’épargne réglementée et des placements à terme se maintient à des niveaux plus élevés. En France, la revalorisation attendue du taux du Livret A au 1er août pourrait, selon les estimations, le porter autour de 1,8 %. De manière générale, la hausse des taux directeurs soutient la rentabilité des livrets, comptes sur livret et dépôts à terme.

Des scénarios d’inflation toujours soumis au risque géopolitique

L’ampleur et la durée du cycle de hausse des taux dépendront en grande partie de l’évolution du conflit au Moyen‑Orient. Dans ses scénarios les plus défavorables, la BCE envisage que la persistence ou l’intensification des tensions, notamment autour du détroit d’Hormuz, puisse conduire l’inflation globale à culminer à 4,0 % en 2026, puis à 3,9 % en 2027.

80

Le baril de Brent est repassé sous la barre des 80 dollars après un accord provisoire entre Washington et Téhéran.

Les divergences au sein du Conseil des gouverneurs, entre partisans d’une fermeté accrue et tenants d’une approche plus graduelle, reflètent donc un équilibre délicat : agir suffisamment vite pour éviter une dérive durable de l’inflation, sans pour autant accentuer inutilement le ralentissement d’une économie européenne déjà fragilisée. La décision de la BCE lors de sa réunion de juillet devrait donner le ton de la suite du resserrement monétaire dans la zone euro pour le reste de l’année 2026.

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