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Fin du visa doré en Espagne : Impact direct sur les Marocains

par | Actualités
Publié le 23 août 2026

La suppression définitive du visa doré en Espagne bouleverse en profondeur les stratégies de mobilité et d’investissement de nombreux Marocains. Avec l’entrée en vigueur de la Loi organique 1/2025 et l’abrogation des articles 63 à 67 de la Loi 14/2013, l’ensemble des dispositifs de résidence par investissement a été fermé, mettant fin au lien automatique entre achat immobilier et droit de séjour. Si les détenteurs marocains de ce titre conservent leurs acquis, les nouveaux candidats doivent désormais se tourner vers des voies plus strictes et plus encadrées, dans un contexte où Rabat renforce lui aussi le contrôle des flux de capitaux.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un programme emblématique définitivement fermé

Le visa doré espagnol, instauré en 2013 pour relancer l’économie après la crise financière, permettait à des ressortissants non européens d’obtenir un permis de résidence et de travail en échange d’un investissement, principalement immobilier, d’au moins 500 000 euros. Très prisé par des hommes d’affaires et familles fortunées marocaines, ce dispositif offrait un accès facilité au marché espagnol et aux déplacements dans l’espace Schengen, sans passer par la répétition de demandes de visas de court séjour.

Bon à savoir :

La Loi organique 1/2025, publiée début janvier 2025, a supprimé la base légale de la résidence par investissement en abrogeant les articles clés de la Loi 14/2013. Depuis, ni l’achat d’un bien immobilier (même au-delà de 500 000 €), ni les investissements financiers (1 M€ en actions ou dépôts bancaires, 2 M€ en dette publique) ne donnent plus droit automatiquement à un titre de séjour.

Les autorités espagnoles justifient cette rupture par la nécessité de répondre à la crise du logement et à la flambée des prix dans les grandes métropoles comme Madrid, Barcelone, Malaga ou Alicante, où la pression spéculative et la financiarisation de l’immobilier ont été dénoncées de longue date.

Les droits acquis des Marocains déjà titulaires

Pour les Marocains qui ont obtenu leur visa doré avant la date de suppression officielle, ou qui ont déposé un dossier complet avant cette échéance, le cadre demeure toutefois sécurisé. Ces bénéficiaires conservent le droit de renouveler leur permis, par périodes de cinq ans, à condition de maintenir l’investissement initial qui a permis l’octroi du titre.

Attention :

Les familles installées légalement en Espagne via ce dispositif ne sont pas remises en cause, sauf en cas de vente ou de réduction substantielle de leurs investissements. Elles conservent la mobilité intra-Schengen et l’accès au marché du travail espagnol.

Ce maintien des droits acquis limite les effets de rupture pour une partie de la diaspora marocaine à haut revenu. En revanche, il ferme durablement la voie à de nouveaux candidats marocains souhaitant reproduire ce schéma à partir du territoire national.

Les Marocains, acteurs majeurs du marché immobilier espagnol

La fermeture du visa doré n’a pas tari l’appétit des Marocains pour la pierre espagnole. Selon les données notariales espagnoles, ils se maintiennent parmi les premiers acheteurs étrangers. En 2025, plus de 10 800 acquisitions ont été réalisées par des ressortissants marocains. Sur le deuxième semestre, ils représentaient 7,7 % des transactions étrangères, juste derrière les Britanniques (7,8 %), devant les Italiens et les Allemands.

6,2

Part des logements achetés par les Marocains en Espagne au premier trimestre 2026, les plaçant au troisième rang des nationalités étrangères acheteuses.

Ces chiffres indiquent que l’attrait pour l’immobilier espagnol ne repose pas uniquement sur l’accès au visa doré. Il s’explique aussi par la présence ancienne et nombreuse de la communauté marocaine sur place, ainsi que par une perception de l’Espagne comme marché plus accessible, en prix et en financement, que certains autres pays européens.

Deux profils marocains face à la fin du visa doré

L’impact de la décision espagnole varie fortement selon le profil des acheteurs marocains. Les données disponibles permettent de distinguer deux grands groupes.

Exemple :

Le premier groupe concerne les Marocains déjà installés en Espagne avec des titres de séjour ou de travail de longue durée. Au second semestre 2025, ils représentaient plus de 12 % des achats immobiliers des étrangers résidents, principalement des logements principaux dans des régions intérieures ou agricoles comme Murcie, la Navarre, La Rioja, l’Aragon ou l’Estrémadure, à des prix moyens de 768 euros le mètre carré. La fin du visa doré n’a pas d’impact direct pour eux, car ils n’en dépendaient pas pour leur statut administratif.

Le second groupe rassemble des Marocains à hauts revenus demeurant au Maroc, qui utilisaient l’Espagne comme destination de placement et de résidence secondaire, avec à la clé une carte de séjour de type investisseur. Pour eux, le visa doré constituait une porte d’entrée simple et peu contraignante vers la libre circulation en Europe, sans obligation de présence minimale prolongée sur le territoire espagnol. C’est ce public, composé d’entrepreneurs, de professions libérales et de grandes fortunes, qui subit le choc le plus brutal de la réforme.

Privés de ce canal, ces investisseurs doivent désormais envisager des alternatives plus coûteuses ou plus complexes, comme de lourds placements financiers, ou renoncer à l’objectif de résidence européenne adossée à l’investissement immobilier.

Pression accrue sur les flux financiers Maroc–Espagne

L’abolition du visa doré s’articule avec un autre mouvement de fond : le resserrement des contrôles sur les sorties de capitaux au Maroc. L’Office des Changes, autorité marocaine de régulation des transactions extérieures, surveillait de près la montée en puissance des investissements immobiliers des résidents marocains en Espagne, parfois réalisés en dehors des circuits déclarés.

Des études économiques ont mis en évidence l’existence de réseaux parallèles permettant de financer des achats en Andalousie ou sur la Costa del Sol en contournant les limitations de transferts imposées par la réglementation de change marocaine. Une partie de ces flux répondait explicitement à la perspective d’obtenir un visa doré.

2 milliards

Montant total des actifs détenus à l’étranger déclarés par les résidents marocains lors des opérations de régularisation, dont 43 % en biens immobiliers.

Pour l’Office des Changes, la disparition du visa doré supprime un puissant incitatif à l’exportation illégale de capitaux vers le marché espagnol. En l’absence de contrepartie en termes de résidence, l’intérêt à contourner la législation marocaine pour acheter un bien en Espagne se réduit, ce qui facilite le travail de dissuasion et de régularisation fiscale. Plusieurs investisseurs, privés de la perspective de titres de séjour faciles, choisissent désormais de mettre leurs avoirs en conformité avec la réglementation marocaine.

Nouvelles voies d’accès légales : un paysage plus sélectif

La fin de la résidence par investissement ne signifie pas la fermeture de l’Espagne aux Marocains, mais elle recompose le paysage des voies d’accès, désormais davantage orientées vers l’activité économique, l’innovation ou le travail à distance.

Bon à savoir :

Le visa pour travailleurs à distance s’adresse aux professionnels travaillant exclusivement pour des entreprises hors d’Espagne. Exigences : revenu mensuel d’au moins 200 % du salaire minimum interprofessionnel espagnol, soit environ 2 520 euros au départ, puis 2 849 euros après la hausse de 2026. Avantage fiscal possible : taux forfaitaire de 24 % sur les revenus espagnols pendant six ans, inspiré de la loi Beckham.

Le visa non lucratif constitue une autre option, principalement destinée aux retraités ou aux personnes vivant de revenus passifs (pensions, dividendes, loyers perçus hors d’Espagne) qui n’entendent pas travailler sur le territoire. L’administration exige des ressources égales à 400 % de l’indicateur public IPREM, soit environ 28 800 euros par an pour le demandeur principal, et un supplément d’environ 7 200 euros par an pour chaque membre de la famille. Cette formule implique en contrepartie de devenir résident fiscal en Espagne, avec imposition sur les revenus mondiaux, et interdit l’exercice d’une activité professionnelle pendant la première année.

Astuce :

Le visa pour étudiants a été assoupli : les Marocains inscrits dans des formations en présentiel reconnues peuvent désormais travailler jusqu’à 30 heures par semaine (contre 20 auparavant) et convertir plus facilement leur statut étudiant en permis de travail après leurs études, renforçant ainsi l’attractivité de la voie académique comme canal de mobilité durable.

Enfin, le visa pour entrepreneurs reste accessible au titre de la législation sur les startups. Il ne fixe pas de montant minimal d’investissement, mais exige un projet jugé innovant et d’intérêt général pour l’économie espagnole. Le plan d’affaires doit être validé par ENISA, l’organisme public chargé de l’innovation. Les autorités mettent en avant les projets créateurs d’emplois, liés à la transition écologique ou aux nouvelles technologies. Pour des profils marocains porteurs de projets structurés, cette option peut se substituer, au prix d’un contrôle accru, à la logique purement patrimoniale de l’ancien visa doré.

Détournement vers d’autres programmes européens

Face au verrouillage espagnol, certains investisseurs marocains à hauts revenus se tournent vers d’autres États européens qui maintiennent, au moins partiellement, des dispositifs de résidence par investissement. La Grèce et Malte figurent parmi les destinations les plus citées. Ces pays ont toutefois, eux aussi, engagé un durcissement progressif de leurs programmes, en relevant les seuils d’investissement immobilier ou en limitant l’accès aux zones en tension.

Bon à savoir :

Le déplacement géographique de l’investissement marocain montre une forte demande de sécurisation de patrimoine et de mobilité internationale, mais celle-ci se heurte à un environnement européen de plus en plus hostile aux visas contre investissement, jugés inflationnistes et socialement inéquitables.

Une nouvelle donne pour les relations Maroc–Espagne

La fin du visa doré en Espagne, conjuguée à la vigilance accrue de l’Office des Changes, redessine les flux économiques et humains entre les deux rives du détroit. Pour les Marocains déjà insérés dans le tissu social et économique espagnol, l’impact est limité, voire neutre. Pour les élites économiques qui utilisaient l’immobilier comme sésame migratoire, la page est en revanche tournée.

Bon à savoir :

Les nouvelles options de visa pour les Marocains (nomade digital, non lucratif, étudiant, entrepreneur) privilégient la valeur ajoutée, la transparence fiscale et la conformité nationale. Elles remplacent le principe du « passeport contre capital » par une sélection rigoureuse, avec des exigences administratives et financières nettement plus élevées qu’auparavant.

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