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Équilibre Retrouvé : Le Marché Industriel Américain en Pleine Reprise

par | Actualités
Publié le 21 juillet 2026

Le marché immobilier industriel américain a nettement changé de cap au premier semestre 2026, passant d’une phase de correction post-pandémie à une dynamique de reprise mieux équilibrée. Les dernières études publiées par Cushman & Wakefield, CBRE, JLL, Hines, CoStar et Yardi Matrix font état d’une hausse marquée de la demande, d’un retournement du taux de vacance et d’une normalisation de la croissance des loyers, sur fond de fortes divergences régionales et de nouvelles contraintes énergétiques.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une demande en nette accélération et un pic de vacance dépassé

Les indicateurs d’occupation confirment que le cycle de montée du taux de vacance est désormais derrière le marché. Au deuxième trimestre 2026, l’absorption nette nationale a atteint 62,1 millions de pieds carrés, soit une progression de 21 % par rapport au trimestre précédent. Sur les six premiers mois de l’année, le total s’élève à 113,6 millions de pieds carrés, la meilleure performance semestrielle depuis 2023.

Bon à savoir :

Le taux de vacance national est passé de plus de 7,5 % en début d’année à 6,9 % au deuxième trimestre, soit une baisse de 10 points de base. Selon les analystes, le marché a dépassé son pic cyclique et entre en phase de stabilisation grâce au rééquilibrage entre l’offre et la demande.

Cette reprise est tirée principalement par les prestataires logistiques tiers (3PL) et par les industriels réorganisant leurs chaînes d’approvisionnement. Ensemble, ces acteurs représentent plus de 55 % de l’activité locative depuis le début de l’année, illustrant l’importance persistante de l’e‑commerce et du reshoring dans la structuration du marché.

Reprise des prises à bail et normalisation des loyers

Les données de JLL confirment le rebond de l’activité locative dès le premier trimestre 2026, avec un volume de 145,2 millions de pieds carrés, en hausse de 17,8 % sur un an. Fait notable, près de 72 % de ces transactions concernent de nouveaux baux, signe d’une expansion réelle des surfaces occupées plutôt que d’un simple mouvement de renégociation.

80

Les prises à bail pour les entrepôts de plus de 500 000 pieds carrés ont bondi de plus de 80 % en glissement annuel au premier trimestre.

Côté prix, le marché sort progressivement de la phase de flambée des loyers observée entre 2021 et 2023. Yardi Matrix signale qu’en avril 2026, le loyer moyen “in place” s’établissait à 9,08 dollars le pied carré, soit une hausse annuelle de 5,3 %, bien inférieure aux rythmes records de la période pandémique. Pour les nouvelles signatures sur des surfaces prime, JLL relève un loyer moyen de 10,34 dollars le pied carré au premier trimestre, en progression modérée de 0,8 % sur un an.

Exemple :

Au premier trimestre, les loyers des grands entrepôts de plus de 50 000 pieds carrés ont baissé de 2,7 % sur un an, à cause d’une offre neuve abondante. En revanche, les bâtiments de moins de 25 000 pieds carrés conservent un pouvoir de négociation élevé, avec une croissance des loyers positive mais limitée à moins de 1 % par an, en raison de l’absence quasi totale de nouveaux développements.

La dynamique est également très contrastée entre loyers de renouvellement et loyers historiques. Pour les très grands entrepôts, les renouvellements de baux affichent des hausses spectaculaires – plus de 80 % dans certains cas – par rapport à des contrats signés plusieurs années auparavant, reflétant l’ajustement à un niveau de marché beaucoup plus élevé qu’avant la pandémie.

Une offre sous contrôle après les excès de la période pandémique

Sur le front de la construction, le marché se trouve dans une situation de nette décélération de l’offre nouvelle, conséquence directe des excès de la période 2020‑2022 et du gel des lancements observé entre 2023 et 2024. Les livraisons du premier semestre 2026 totalisent 119 millions de pieds carrés, soit près de 20 % de moins que sur la même période de 2025. Sur l’ensemble de l’année 2026, les mises sur le marché de nouveaux entrepôts devraient chuter de plus de 70 % par rapport au pic atteint durant la pandémie.

305,1

Le volume en cours de chantier a franchi la barre des 300 millions de pieds carrés pour atteindre 305,1 millions, un plus haut depuis deux ans.

Le rationnement de l’offre nouvelle contribue à la décrue progressive du taux de vacance, surtout dans les zones où la demande reste soutenue. La surface disponible à la sous‑location diminue également, en baisse de 5 % d’un trimestre sur l’autre, pour revenir à son plus bas niveau depuis le troisième trimestre 2024.

Fortes disparités régionales et recomposition géographique

La reprise n’est pas homogène sur le territoire américain. Les plateformes logistiques intérieures et les régions gagnantes du mouvement de relocalisation industrielle tirent particulièrement leur épingle du jeu. Dallas‑Fort Worth s’impose comme le moteur national avec 40,3 millions de pieds carrés de prises à bail sur le seul premier semestre, signant son meilleur début d’année historique. L’Inland Empire en Californie enregistre 28,5 millions de pieds carrés, tandis que Chicago atteint 21,8 millions, confirmant le rôle central des grands carrefours de distribution.

Attention :

Dans l’Inland Empire, le taux de vacance frôle les 10 % et les loyers ont chuté d’environ 17 % par rapport aux sommets. À Los Angeles, le loyer moyen a baissé de 4,5 % sur un an pour atteindre 16,90 $ le pied carré, avec une correction marquée dans les zones portuaires comme Long Beach et Carson.

Dans le Sun Belt et le Sud‑Ouest, la demande reste très dynamique. Phoenix profite d’une poussée des investissements dans les semi‑conducteurs et la fabrication high‑tech, tandis qu’Atlanta domine la progression annuelle des loyers “in place” (8,1 % de hausse en mai 2026). En Floride, Tampa (6,7 %) et Miami (6,9 %) affichent également des hausses soutenues, traduisant un marché toujours tendu.

Évolution des marchés logistiques régionaux

Tensions sur l’offre et dynamiques contrastées entre le Midwest et le Nord‑Est américain

Midwest : marchés tendus

Omaha et Louisville affichent des taux de vacance de 1,7 % à 3,8 %, en raison d’une offre foncière limitée et d’une demande logistique stable.

New Jersey : coûts élevés

Le pipeline de construction a chuté de 42 % par rapport à 2024, maintenant des loyers très élevés du fait de la rareté des surfaces.

Long Island : forte activité

Bond de 54 % de l’activité locative au premier semestre, tiré par l’agroalimentaire et le commerce en ligne.

Polarisation vers les actifs récents et tension énergétique croissante

Les utilisateurs se détournent de plus en plus des bâtiments anciens. Les données de marché montrent une polarisation massive de la demande vers les immeubles dits “Class A”, c’est‑à‑dire livrés depuis 2020, qui offrent des hauteurs libres plus importantes, une meilleure efficacité énergétique et, surtout, une capacité électrique plus élevée. Ces caractéristiques sont devenues décisives dans un contexte de montée en puissance de l’automatisation, des technologies d’intelligence artificielle et des usines à forte intensité technologique.

Astuce :

L’absorption nette des entrepôts construits avant 2020 est devenue négative, signalant un risque d’obsolescence accélérée. En revanche, les espaces modernes à haute performance énergétique se louent rapidement et sont au cœur de la reprise du marché.

Dans l’Ouest américain, la disponibilité d’électricité devient le premier critère de choix de site, devant le coût du foncier ou l’accès à la main‑d’œuvre. Les fabricants avancés, les centres de données et les entrepôts hautement automatisés se heurtent à des réseaux électriques locaux saturés, au point que les délais de raccordement conditionnent la faisabilité même des projets. Ce “power crunch” redistribue la carte des implantations industrielles et favorise les marchés capables de garantir une alimentation fiable et abondante.

Vacance par segment et évolution des conditions financières

L’amélioration des taux de vacance ne touche pas de manière uniforme tous les types d’actifs. Pour les entrepôts “big‑box” de plus de 500 000 pieds carrés, le taux de vacance a reculé de 300 points de base depuis son pic de fin 2024 pour atteindre 8,1 % à mi‑2026. Les petits espaces dits “shallow‑bay” demeurent, eux, très tendus, avec un taux d’inoccupation limité à 4,8 %, malgré une demande soutenue pour ces surfaces proches des tissus urbains.

Bon à savoir :

Les banques américaines ont cessé de durcir leurs conditions de crédit pour l’immobilier commercial. Les actifs industriels et le résidentiel locatif sont redevenus les catégories privilégiées des prêteurs traditionnels en 2026, attirant un nouvel afflux de capitaux institutionnels. Ce soutien financier facilite la reprise sélective des développements neufs, en particulier pour les projets répondant aux nouveaux standards techniques (hauteur, puissance électrique, automatisation).

E‑commerce, relocalisation et stratégie locative à long terme

La solidité structurelle de la demande s’appuie enfin sur deux tendances lourdes : la résilience du commerce en ligne et la réorganisation des chaînes de valeur nord‑américaines. Au premier trimestre 2026, l’e‑commerce représente 16,9 % des ventes de détail aux États‑Unis, un niveau supérieur au pic de 16,3 % observé en pleine pandémie en 2020. Cette part record justifie le maintien d’importants réseaux de distribution et de centres de fulfilment, en dépit de la normalisation de la croissance.

Astuce :

Parallèlement, la mise en place de révisions annuelles de l’accord commercial USA‑Mexique‑Canada incite de nombreux industriels à rapatrier sur le sol américain les activités jugées stratégiques, et à privilégier des hubs régionaux intérieurs pour limiter leur exposition aux aléas douaniers. Ce mouvement se conjugue avec des dispositifs fédéraux de soutien à l’investissement productif, qui encouragent la modernisation des usines et le développement de capacités locales dans des secteurs sensibles comme les semi‑conducteurs ou les métaux rares.

Dans ce contexte, les entreprises cherchent à sécuriser leurs implantations à plus long terme. CBRE anticipe que les renouvellements de baux représenteront plus de 35 % du volume locatif total en 2026, contre une moyenne historique d’environ 24 %. Les durées d’engagement s’allongent, spécialement pour les entrepôts logistiques et les installations énergivores, où les preneurs privilégient désormais des baux de 10 à 15 ans afin de verrouiller à la fois leurs conditions d’occupation et leur accès à l’énergie.

Bon à savoir :

Après la surchauffe pandémique et la correction 2023-2025, le marché industriel américain est désormais plus sain : demande robuste mais sélective, offre maîtrisée, loyers en normalisation, et une profonde recomposition géographique et technologique du paysage logistique et manufacturier.

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