Électricité de France (EDF) a franchi une nouvelle étape majeure dans la réorientation de son portefeuille d’activités en annonçant la cession de l’ensemble de ses actifs renouvelables en Amérique du Nord au fonds d’investissement américain KKR. L’accord, officialisé le 26 juin 2026, porte sur une plateforme de 5,6 gigawatts (GW) de capacités nettes et s’inscrit au cœur de la stratégie financière et industrielle pilotée par le PDG Bernard Fontana.
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Une plateforme de 5,6 GW cédée à l’issue d’un processus concurrentiel
L’opération concerne la totalité des activités de la filiale EDF Power Solutions, qui regroupe les anciennes activités d’EDF Renouvelables en Amérique du Nord. Sont ainsi vendues EDF Power Solutions Inc. aux États-Unis et EDF Power Solutions Canada Inc. au Canada, issues du changement de nom intervenu en juin 2025.
Capacité nette totale des actifs d’énergie renouvelable cédés au 31 mars 2026, principalement composée de centrales solaires, parcs éoliens et systèmes de stockage.
L’accord a été conclu à l’issue d’un processus de mise en concurrence, durant lequel EDF avait également mené des discussions avancées avec l’américain LS Power au début du mois de juin 2026. C’est finalement KKR qui a été retenu, avec un engagement d’acquisition qualifié d’irrévocable. EDF bénéficie parallèlement d’une option de vente (put) prévue dans les termes contractuels, renforçant la sécurité de réalisation de l’opération.
Ni EDF ni KKR n’ont rendu public le montant officiel de la transaction. Toutefois, les estimations de marché et les rumeurs de négociation ont évalué la valeur de la plateforme à près de 4 milliards d’euros, soit environ 4,56 milliards de dollars, un niveau qui avait déjà servi de base lors des discussions avec LS Power.
Un désengagement total d’Amérique du Nord sous le signe de la discipline financière
Cette vente marque un tournant dans la présence internationale d’EDF, qui choisit de se retirer totalement du marché nord-américain des renouvelables. L’opération s’inscrit dans une feuille de route financière stricte, mise en avant par Bernard Fontana depuis son arrivée à la tête du groupe en mai 2025.
EDF cumule une dette nette d’environ 50 milliards d’euros et doit faire face à des besoins d’investissements majeurs : maintenance et prolongement de ses 57 réacteurs, ainsi que la construction de six EPR2 pour un coût estimé à 72,8 milliards d’euros, dans le cadre d’un programme qualifié de souverain.
Dans ce contexte, la cession des actifs renouvelables nord-américains vise à générer de la liquidité immédiate sans accroître l’endettement, alors même que la baisse des prix de l’électricité en Europe pèse sur les marges du groupe. Elle s’ajoute à d’autres mouvements de portefeuille, comme la vente en mars 2026 de la centrale thermique à gaz de Norte Fluminense au Brésil pour environ 230 millions d’euros, première étape du désengagement progressif d’EDF de ce pays.
La « stratégie Fontana » : recentrage sur le nucléaire et l’hydroélectricité
Depuis sa nomination, Bernard Fontana défend une stratégie de recentrage sur le marché domestique français et les activités jugées stratégiques pour la souveraineté énergétique et industrielle de l’Europe. Cette « stratégie Fontana » donne la priorité aux investissements dans le nucléaire et l’hydroélectricité, et prévoit des « ouvertures de capital » ciblées ainsi qu’une rationalisation des actifs internationaux.
EDF se concentre désormais sur les grands projets nucléaires prioritaires en France et dans le nord de l’Europe (ex. Pays-Bas), se retire des projets secondaires ou risqués hors d’Europe, et réduit ses forces de vente internationales d’environ soixante postes.
Parallèlement, le groupe investit dans l’outil industriel nécessaire au programme EPR2. Le 6 mai 2026, EDF a annoncé près de 100 millions d’euros d’investissements dans une nouvelle usine de sa filiale Arabelle Solutions à Chalon-sur-Saône, dédiée à la fabrication d’échangeurs thermiques pour les futurs réacteurs. Cette décision illustre la volonté d’ancrer les retombées industrielles de la relance nucléaire sur le territoire national.
Les revers américains et « Project Lafayette » : du réajustement à la sortie totale
La décision de quitter le marché nord-américain ne résulte pas uniquement de considérations financières globales. Elle a été accélérée par une série de revers rencontrés par EDF dans la région, en particulier dans l’éolien en mer au large de la côte est des États-Unis.
EDF a enregistré une dépréciation d’actifs entre 900 et 934 millions d’euros après le retrait de Shell du projet offshore Atlantic Shores.
Ces difficultés ont été accentuées par un environnement réglementaire jugé plus incertain pour l’éolien en mer aux États-Unis, dans un contexte de durcissement de la politique fédérale sous l’administration Trump. Alors qu’EDF envisageait initialement de céder des participations minoritaires dans certains projets, cette conjoncture l’a conduit à privilégier une stratégie de retrait complet de la région.
C’est dans ce cadre que le processus de cession des activités nord-américaines a pris forme sous le nom de code interne « Project Lafayette », débouchant sur l’accord signé avec KKR.
Pour KKR, une plateforme clé face à l’explosion de la demande électrique liée à l’IA
Du point de vue de l’acheteur, l’acquisition d’EDF Power Solutions illustre une dynamique de fond sur le marché nord-américain de l’énergie. Les grands fonds d’investissement se livrent une compétition intense pour prendre le contrôle d’infrastructures de production et de stockage d’électricité bas carbone, portées par la montée en puissance de la numérisation et de l’intelligence artificielle.
La demande mondiale d’électricité pourrait augmenter d’environ 40 % au cours de la prochaine décennie, principalement due à la prolifération des centres de données pour l’IA.
En mettant la main sur 5,6 GW de capacités renouvelables opérationnelles ou prêtes à être déployées, largement diversifiées entre solaire, éolien terrestre, stockage par batteries, microgrids et recharge intelligente, KKR se dote d’un avantage concurrentiel significatif. L’acquisition lui permet également de s’appuyer sur une plateforme intégrée disposant de compétences sur toute la chaîne de valeur, de la phase de développement à l’exploitation commerciale des installations.
En septembre 2025, KKR a investi 10 milliards de dollars pour acquérir 45 % de la branche infrastructures de Sempra, puis s’est renforcé dans le solaire nord-américain en rachetant des parcs à TotalEnergies pour 1,25 milliard de dollars. L’intégration d’EDF Power Solutions complète cette stratégie pour accroître son rôle dans la transition énergétique.
Si l’accord signé entre EDF et KKR constitue une étape décisive, la transaction n’est pas encore juridiquement finalisée. Sa conclusion reste soumise à plusieurs conditions habituelles de clôture.
Au sein d’EDF, le projet doit faire l’objet d’une procédure d’information-consultation des instances représentatives du personnel. Les organes de gouvernance du groupe, et en particulier le conseil d’administration, doivent ensuite valider formellement l’opération. Sur le plan extérieur, la cession devra recevoir l’aval des autorités de concurrence et des régulateurs de l’énergie compétents aux États-Unis et au Canada avant de pouvoir être bouclée.
Pour EDF, la réussite de ce désengagement en Amérique du Nord constituerait un apport de trésorerie significatif. Dans un contexte de pression financière et de besoins d’investissement massifs dans le nucléaire et l’hydroélectricité, cette opération apparaît comme un levier clé de la trajectoire de redressement et de recentrage du groupe.
Pour KKR, elle représente l’opportunité de consolider un portefeuille d’actifs renouvelables stratégiques répondant directement aux exigences croissantes en énergie bas carbone des marchés nord-américains, notamment celles des centres de données et des infrastructures numériques liées à l’intelligence artificielle.
Ainsi, la « Vente stratégique de ses actifs verts en Amérique du Nord à KKR » illustre à la fois la réorientation profonde d’EDF autour de ses missions souveraines en Europe et l’appétit croissant des grands fonds pour les infrastructures énergétiques au cœur de la transition numérique et climatique.
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