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Augmentation des franchises médicales : le plafond annuel porté à 200 euros

par | Actualités
Publié le 24 juillet 2026

Le gouvernement a confirmé une réforme majeure du reste à charge des assurés en décidant de doubler le plafond annuel des franchises médicales et participations forfaitaires, qui passera de 100 à 200 euros par personne. Cette mesure, préparée par décret, doit s’appliquer rapidement et vise à générer environ 750 millions d’euros d’économies pour l’Assurance maladie, dans un contexte de déficit massif de la Sécurité sociale. Elle fera surtout peser un coût supplémentaire sur les patients atteints de maladies chroniques, tandis que près de 18 millions de personnes resteront exonérées.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un plafond global doublé sans hausse du montant unitaire des actes

La réforme ne modifie pas le montant prélevé à chaque acte, mais relève le total annuel que l’assuré peut être amené à payer de sa poche.

Actuellement, le dispositif repose sur deux enveloppes distinctes de reste à charge non remboursable ni par la Sécurité sociale ni par les complémentaires « responsables » : d’un côté les franchises médicales, de l’autre les participations forfaitaires. Chacune de ces enveloppes est assortie d’un plafond annuel, qui va être doublé.

100

Le plafond annuel des franchises médicales sera doublé pour passer de 50 à 100 euros.

Les participations forfaitaires concernent les consultations, certains examens de radiologie et les analyses de biologie. Le prélèvement unitaire demeure à 2 euros par acte. Mais la limite annuelle passe elle aussi de 50 à 100 euros.

Concrètement, la somme maximale qu’un assuré peut supporter en une année au titre de ces deux dispositifs cumulés sera relevée de 100 à 200 euros. L’architecture du système est donc inchangée, mais la protection apportée par le plafonnement est amoindrie.

Une réforme imposée par décret pour contourner le blocage parlementaire

Cette évolution avait déjà été évoquée lors des discussions budgétaires de l’automne 2025, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Face à l’opposition des parlementaires et des associations, la mesure avait alors été retirée en décembre 2025.

Bon à savoir :

Le nouvel exécutif dirigé par le Premier ministre Sébastien Lecornu a relancé le projet via un décret en préparation. Ce décret est consulté par le Conseil d’État et les caisses d’Assurance maladie, mais n’exige pas un vote du Parlement.

Le gouvernement souhaite une entrée en vigueur rapide, annoncée « dès cet été » ou en cours d’année 2026. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a détaillé le dispositif et insisté sur le fait que les montants unitaires des franchises et participations restaient gelés, le changement portant uniquement sur les plafonds annuels.

Un effort ciblé sur les « gros consommateurs » de soins

L’exécutif présente cette réforme comme un effort demandé aux « gros consommateurs » de soins. Le discours officiel insiste sur le fait qu’un assuré ne sera concerné que si « il dépasse un certain volume d’actes » : plus de 50 consultations ou examens, ou plus de 50 boîtes de médicaments, paramédicaux et transports sanitaires cumulés dans l’année.

Attention :

Pour les patients ayant un recours ponctuel, l’impact est nul ou marginal car ils ne dépassaient pas l’ancien plafond de 100 euros. En revanche, ceux qui atteignaient régulièrement ce plafond verront leur facture augmenter jusqu’à la nouvelle limite de 200 euros.

Selon les chiffres avancés par la ministre de la Santé, un patient en affection de longue durée ou souffrant d’une maladie chronique débourse actuellement en moyenne 78 euros par an au titre des franchises et participations. Avec le nouveau dispositif, cette moyenne grimperait autour de 150 euros. Pour ceux qui atteignaient déjà chaque année le maximum de 100 euros, la dépense pourrait désormais culminer à 200 euros.

Des exemptions maintenues pour 18 millions de personnes

Le gouvernement insiste aussi sur le maintien du régime d’exonération pour certaines catégories, présenté comme un « bouclier » pour les plus fragiles. Au total, environ 18 millions de personnes ne sont pas concernées par ces prélèvements.

Astuce :

Restent notamment exemptés les mineurs de moins de 18 ans, les femmes enceintes (à partir du sixième mois de grossesse et jusqu’à douze jours après l’accouchement), ainsi que les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S) et de l’Aide médicale d’État (AME).

Pour ces publics, ni les franchises ni les participations forfaitaires ne sont appliquées. Le gouvernement affirme ainsi vouloir concilier la recherche d’économies avec la protection des personnes les plus vulnérables financièrement.

Un levier budgétaire pour une Sécurité sociale en déficit

La réforme s’inscrit dans un contexte de comptes sociaux très dégradés. Pour 2025, le déficit de l’ensemble des régimes de base et du Fonds de solidarité vieillesse a été estimé à 21,6 milliards d’euros, dont près de 15,9 milliards pour la seule branche maladie. Les projections pour 2026 tablent sur un déficit encore plus important, de l’ordre de 23,2 milliards d’euros.

750 millions

Le doublement des plafonds de franchises et participations doit permettre de dégager environ 750 millions d’euros d’économies par an pour l’Assurance maladie.

Stéphanie Rist justifie ce choix par la volonté de préserver le financement de l’hôpital public, de sécuriser l’accès aux soins et de continuer à rembourser des traitements innovants et coûteux. Le gouvernement insiste sur le caractère « ciblé » de l’effort, concentré sur les assurés recourant souvent au système de soins.

Un reste à charge non couvert par les complémentaires

Les sommes prélevées au titre des franchises médicales et des participations forfaitaires présentent une particularité importante pour les assurés : elles ne peuvent pas être remboursées par les contrats de complémentaire santé dits « responsables », qui représentent la grande majorité du marché.

Exemple :

La hausse du plafond à 200 euros entraîne un surcoût net pour les ménages concernés, car les mutuelles et assureurs complémentaires ne peuvent légalement pas compenser ce reste à charge. Par ailleurs, ces organismes subissent un transfert croissant de dépenses liées à la baisse des taux de remboursement de la Sécurité sociale sur d’autres postes comme les consultations et les médicaments.

Dans ce contexte global de désengagement progressif de l’Assurance maladie, les acteurs de la complémentaire redoutent un effet en chaîne sur le coût des contrats et évoquent une pression à la hausse sur les primes, ce qui renchérit encore le budget santé des foyers.

Les patients chroniques en première ligne

L’impact concret de la mesure dépendra étroitement du profil de santé de chaque assuré. Les personnes atteintes de maladies chroniques ou en affection de longue durée sont les premières concernées, car elles cumulent un grand nombre de consultations, d’examens et de traitements médicamenteux.

200

Le plafond annuel des dépenses pour ces patients est désormais fixé à 200 euros.

Les retraités, les personnes en situation de handicap et les malades chroniques sont ainsi considérés par les associations comme les « perdants » de la réforme. Du côté des assurés qui consultent peu et prennent peu de médicaments, le gouvernement s’attend à un impact quasi nul, les plafonds annuels n’étant généralement pas atteints.

Vives critiques des associations et des professionnels de santé

L’annonce a suscité une levée de boucliers parmi les associations de patients et de consommateurs, comme France Assos Santé et CLCV, qui dénoncent une forme de « taxe sur la maladie ». Selon elles, la mesure pénalise directement des soins qui ne résultent pas d’un choix, mais de prescriptions médicales.

Plusieurs organisations pointent un dispositif jugé socialement injuste, qui frappe en priorité les publics déjà fragilisés par l’âge, le handicap ou des pathologies lourdes. Elles soulignent qu’un nombre croissant de personnes renoncent déjà à certains soins pour des raisons financières et craignent que le relèvement du plafond n’aggrave ce phénomène.

Les patients ne décident pas d’être malades et la fréquence des consultations ou des examens découle de besoins médicaux réels, pas d’abus du système.

Syndicats de médecins et d’infirmiers

Les études de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) montrent par ailleurs que l’augmentation des restes à charge non remboursables accroît le risque de renoncement ou de retard dans la prise en charge, en particulier pour les ménages modestes. Un tel report de soins peut, à terme, aggraver l’état de santé des patients et se traduire par des hospitalisations plus lourdes et plus coûteuses pour la collectivité.

Une réforme emblématique du tournant budgétaire de la santé

Le doublement du plafond des franchises médicales et des participations forfaitaires apparaît ainsi comme un levier central de la stratégie de redressement financier de la Sécurité sociale, mais aussi comme un symbole du rééquilibrage en cours entre solidarité collective et contribution individuelle.

Bon à savoir :

Le gouvernement gèle les montants unitaires et élargit le reste à charge potentiel, visant des économies significatives peu visibles pour les usagers occasionnels. Les opposants y voient un transfert accru du coût de la santé vers les malades, surtout ceux nécessitant le plus de soins.

La publication du décret, attendue rapidement, et ses premières applications concrètes seront scrutées de près par les associations, les professionnels et les organismes complémentaires, qui alertent déjà sur les conséquences possibles pour l’accès aux soins et le budget des ménages.

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