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Les destinations francophones pour une retraite paisible

par | Actualités
Publié le 13 septembre 2026

Face à la hausse continue du coût de la dépendance en France et aux critiques récentes visant les EHPAD, de plus en plus de retraités et de familles explorent des solutions dans d’autres pays francophones ou à forte présence francophone. En 2026, plusieurs destinations se distinguent par une offre de structures médicalisées ou de résidences services où la langue française reste un repère central, avec des coûts souvent inférieurs de 30 à 50 % à ceux du secteur privé français.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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La pression en France, moteur des départs vers l’étranger

En France, le tarif moyen d’une chambre en EHPAD toure autour de 2 600 euros par mois, avec des pointes au‑delà de 4 000 euros dans les zones les plus tendues comme Paris. Même après déduction de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) et des aides au logement, le reste à charge dépasse fréquemment 2 000 euros mensuels, alors que la pension nette moyenne avoisine 1 540 euros. L’équation financière devient intenable pour une large partie des ménages.

Bon à savoir :

Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a récemment dénoncé le manque chronique de moyens humains et financiers, le vieillissement des bâtiments et le fort turnover des équipes en EHPAD. Face à cette situation, la retraite dans un pays francophone ou à forte francophonie, où l’encadrement est plus dense et les prix plus contenus, devient une option de plus en plus envisagée.

La France, un référentiel de coûts et d’aides

Même si l’article porte sur les destinations extérieures, la France reste le point de comparaison incontournable pour les familles.

Un séjour en EHPAD se décompose en trois volets : l’hébergement (à la charge du résident), la dépendance (partagée entre le résident et les pouvoirs publics via l’APA) et les soins (pris en charge par l’Assurance maladie). Les tarifs varient fortement selon le territoire, de l’ordre de 2 100 euros par mois dans des départements ruraux comme l’Aveyron à plus de 4 500 euros à Paris.

Astuce :

Plusieurs dispositifs existent pour réduire les coûts : l’APA en établissement, les aides au logement (APL ou ALS), les interventions des caisses de retraite complémentaires pour les profils les plus autonomes, et l’aide sociale à l’hébergement (ASH) versée par les départements pour les personnes aux ressources limitées. Malgré ces soutiens, une part importante des retraités ne peut faire face à la totalité des frais.

Cette situation explique que certains se tournent vers des pays où les coûts, pour un niveau d’encadrement comparable et un environnement francophone ou francophile, sont jugés plus soutenables.

La Belgique, prolongement naturel de l’espace francophone

La Belgique demeure la première porte de sortie pour les familles françaises en quête d’un encadrement médicalisé sans barrière linguistique. On y dénombre environ 1 500 maisons de repos et de soins, accueillant déjà près de 2 000 ressortissants français.

1300

En Wallonie, le tarif moyen observé pour une chambre en secteur public ou associatif s’élève à environ 1 300 euros par mois, avec des fourchettes globales allant généralement de 1 600 à 3 500 euros selon le type d’établissement et la région.

Les frais annexes, comme la blanchisserie, certaines prestations de confort ou des services paramédicaux, viennent toutefois alourdir la note de 150 à 400 euros par mois. La couverture des soins de base est en revanche assurée via l’assurance maladie belge (INAMI), qui rémunère directement les établissements. Une allocation d’aide aux personnes âgées, modulée selon le degré de dépendance, peut aller jusqu’à près de 700 euros mensuels.

Pour les Français, l’accès suppose un montage administratif précis : transfert des droits à l’assurance maladie via le formulaire S1, perte des aides sociales françaises non exportables (comme l’APA et les aides au logement) et éventuelle intervention des CPAS belges en cas d’insuffisance de ressources, sous conditions.

La Tunisie, le modèle « hôtel-médicalisé » francophone

La Tunisie s’impose, en 2026, comme un acteur majeur du « tourisme de soins » pour personnes âgées dépendantes, avec une offre très orientée vers les retraités européens et notamment français. Des analyses sectorielles récentes pointent une multiplication rapide de résidences médicalisées privées dans les grandes zones touristiques : Tunis, Hammamet (et particulièrement Yasmine Hammamet), Sousse, Monastir, Djerba ou Sfax.

Exemple :

Le modèle proposé est souvent hybride, à mi-chemin entre la résidence de standing et l’EHPAD médicalisé : parcs, piscines, restauration hôtelière, animation, mais aussi présence infirmière 24h/24 et suivi médical structuré. Des groupes spécialisés comme Carthagea ou Silver Resorts y développent des unités fortement adaptées à une clientèle française. Les ratios de personnel soignant y sont généralement plus élevés qu’en France, avec des organisations pouvant aller jusqu’à un soignant par résident, voire davantage en rotation sur la journée.

Sur le plan financier, les tarifs oscillent entre 1 200 et 4 000 euros par mois selon le degré de dépendance et la gamme de services. En moyenne, l’économie réalisée par rapport aux EHPAD privés français se situe entre 30 et 50 %. La francophonie y est un atout décisif : une large partie du personnel soignant maîtrise le français, y compris dans les actes courants de la vie quotidienne et les échanges médicaux. Un accord bilatéral de sécurité sociale signé entre la France et la Tunisie permet, dans certains cas, une coordination de la prise en charge des soins, même si la souscription à une assurance santé complémentaire ou à la Caisse des Français de l’Étranger reste vivement recommandée.

Le Maroc, équilibre entre proximité, langue et nouvelles infrastructures

Le Maroc figure parmi les destinations privilégiées des retraités français, avec des villes comme Essaouira régulièrement citées dans les classements des lieux de retraite à l’étranger. L’offre a longtemps reposé sur des résidences services et des villages seniors situés dans des pôles attractifs comme Marrakech, Agadir, Rabat ou Tanger.

Attention :

Une nouvelle génération d’établissements privés plus médicalisés, assimilables à des EHPAD, se développe sous l’impulsion de groupes d’investissement en santé. L’objectif est d’offrir une prise en charge plus complète de la dépendance, tout en conservant le cadre de vie recherché par les retraités européens.

La francophonie constitue un levier clé : plus d’un tiers de la population marocaine parle français, langue largement utilisée dans le secteur médical et dans l’administration. À cela s’ajoute la proximité géographique, avec des liaisons aériennes directes et des temps de vol inférieurs à trois heures vers la plupart des grandes villes françaises, ce qui facilite grandement les visites familiales et les allers‑retours en cas de besoin.

L’île Maurice, entre résidences services et structures médicalisées

L’île Maurice a longtemps attiré surtout des retraités autonomes, séduits par les résidences services de haut standing comme Le Domaine de Grand Baie, opéré par un acteur français bien connu des résidences seniors. Les guides d’expatriation actualisés en 2026 distinguent désormais clairement ces résidences autonomes des structures véritablement médicalisées, encore moins nombreuses mais en développement.

Le projet Royal Green à Moka illustre cette tendance à combiner cadre de vie premium, services hôteliers étendus et accompagnement renforcé du grand âge. Face à cette montée en puissance, les autorités mauriciennes ont durci la régulation. Le ministère de la Sécurité sociale a annoncé un contrôle renforcé des établissements accueillant des personnes âgées, avec des sanctions immédiates prévues pour les structures opérant sans autorisation ou en dehors des normes.

Ministère de la Sécurité sociale

Pour s’installer durablement, les retraités français de plus de 50 ans recourent le plus souvent à un « Retired Residence Permit » d’une durée de dix ans. Les conditions ont été revues : il est désormais requis de transférer chaque année au moins 24 000 dollars américains sur un compte bancaire mauricien, ce qui constitue un filtre financier important et oriente l’offre vers une clientèle disposant d’un patrimoine confortable.

Le Québec, un environnement francophone dans un cadre nord-américain

Au Canada, et plus particulièrement au Québec, les structures équivalentes aux EHPAD sont les centres d’hébergement et de soins de longue durée, ou CHSLD. Ils peuvent être publics, privés conventionnés ou privés à but lucratif, avec dans tous les cas un mandat d’accueil de personnes en perte d’autonomie lourde.

Bon à savoir :

En 2026, le Québec renforce ses programmes de recrutement international pour pallier la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur médico-social. Les accords de mobilité visent notamment les aides-soignants et auxiliaires de vie français, ce qui consolide la présence de professionnels francophones dans les établissements. Pour les retraités francophones, cette densité de personnel parlant français améliore le confort linguistique et la compréhension des soins. Toutefois, l’expatriation au Canada entraîne une rupture plus nette avec le système de protection sociale français et des coûts de la vie sensiblement plus élevés.

Aides, pensions et couverture santé en cas d’expatriation

Pour les retraités envisageant un départ vers l’une de ces destinations, la question des droits sociaux est centrale. Les pensions de base et complémentaires françaises, notamment celles servies par l’Agirc‑Arrco, sont exportables sans limitation de durée. Les caisses exigent en revanche un certificat de vie annuel, désormais dématérialisé via le portail Info‑retraite.

Aides sociales et expatriation

Les prestations de solidarité sont généralement conditionnées à une résidence en France.

Principales aides non exportables

La plupart des prestations de solidarité (ASPA, aides au logement de la CAF, APA) ne sont pas versées hors de France.

Condition de résidence

Le maintien de ces aides est conditionné à une résidence en France au moins neuf mois par an.

Conséquence pour les expatriés

Cette condition exclut de fait les expatriations durables.

Pour la santé, le régime diffère selon la destination. À l’intérieur de l’Union européenne, notamment en Belgique, en Espagne ou au Portugal, le formulaire S1 permet de s’inscrire dans le système de santé local tout en conservant un financement par la Sécurité sociale française. Hors UE, comme en Tunisie, au Maroc ou à l’île Maurice, il est nécessaire d’adhérer à la Caisse des Français de l’Étranger ou de souscrire une assurance privée internationale, les cotisations représentant un pourcentage du revenu (4,2 % pour la CFE dans certains cas).

Entre coût, langue et niveau de soins, un arbitrage complexe

Les destinations francophones ou à forte présence francophone offrent, en 2026, un panel de solutions de plus en plus structuré pour les retraités français en quête de calme, de services adaptés à l’âge avancé et de continuité linguistique. Belgique, Tunisie, Maroc, île Maurice ou Québec se positionnent chacune avec leurs spécificités en termes de prix, de statut juridique des établissements, de densité de personnel soignant et de cadre réglementaire.

Astuce :

Pour les familles, le choix ne peut se réduire au seul coût affiché. Il suppose d’intégrer la perte d’éventuelles aides françaises, les modalités de couverture santé, la stabilité du cadre juridique local, la facilité de visites familiales et, plus largement, la capacité du pays d’accueil à garantir le respect des droits et de la dignité des personnes âgées dépendantes. Dans cet équilibre complexe, la francophonie demeure un facteur de sécurité et de repère majeur pour envisager une retraite paisible loin de l’Hexagone.

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