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L’Irak veut plus que doubler sa capacité de production pétrolière

par | Actualités
Publié le 21 août 2026

L’Irak a fixé un objectif ambitieux : porter sa capacité de production de pétrole entre 9 et 10 millions de barils par jour dans les prochaines années, soit plus du double de son niveau d’avant-crise, estimé autour de 4 millions de barils par jour. Cette stratégie, réaffirmée par le Premier ministre Ali al-Zaidi lors d’un forum à Bagdad le 21 août 2026, intervient alors que le pays est encore fragilisé par un choc économique majeur provoqué par la fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations liées au conflit régional au Moyen-Orient.

Bon à savoir :

L’Irak renforce sa position en renégociant son rôle au sein de l’OPEP+ et en modernisant ses infrastructures d’exportation pour diminuer sa dépendance au détroit d’Ormuz, tout en sécurisant de nouveaux débouchés vers la Méditerranée et la mer Rouge.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un pilier économique sous pression

L’économie irakienne repose presque entièrement sur les hydrocarbures. Le secteur pétrolier représente près de 40 % du PIB et fournit environ 90 % des recettes publiques, tandis que les hydrocarbures comptent pour 99 % des revenus d’exportation. Or, ce pilier est aujourd’hui sous forte contrainte. Le Fonds monétaire international anticipe une contraction sévère de l’économie irakienne de 6,8 % en 2026, largement liée aux limitations de production et aux blocages logistiques provoqués par la crise régionale.

66,9

D’ici 2030, l’endettement public irakien pourrait atteindre 66,9 % du PIB en l’absence de réformes structurelles.

Le choc du blocus d’Ormuz et la chute des exportations

Le projet de montée en puissance intervient dans un contexte de crise sans précédent. Le 28 février 2026, le déclenchement d’un conflit régional conduit à la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran. Plus de 90 % des exportations maritimes irakiennes transitaient par ce passage stratégique, via les grands terminaux du sud, autour de Bassora.

En quelques semaines, le pays est contraint de réduire drastiquement sa production. La saturation rapide des capacités de stockage locales oblige à fermer plusieurs champs pétroliers, dont la moitié du géant gisement de Rumaila dès mars 2026. Toujours en mars, la production dans le sud chute d’environ 70 %, tombant d’un niveau supérieur à 4 millions de barils par jour à près de 1,3 million.

2 millions

Exportations irakiennes de pétrole atteignant leur plus haut niveau depuis le début de la crise, en moyenne sur la première moitié d’août 2026.

Dans le nord, au Kurdistan, les compagnies étrangères Gulf Keystone, DNO et HKN reprennent progressivement leurs activités entre mai et juillet, après les avoir suspendues au plus fort des hostilités, notamment en raison d’attaques de drones pro-iraniens contre les infrastructures pétrolières.

Capacité visée et bras de fer avec l’OPEP+

Pour transformer cet épisode de crise en tremplin, Bagdad veut reconfigurer son rôle au sein de l’OPEP+. L’Irak affiche une ambition claire : atteindre une capacité de production comprise entre 8 et 10 millions de barils par jour sur un horizon de six ans. Cette cible, équivalente à plus du double de la production pré-crise, suppose une révision en profondeur de son quota actuel, limité à 4,378 millions de barils par jour en juillet 2026.

Le gouvernement a dépêché une délégation ministérielle, conduite par les ministres du Pétrole et des Finances, en Arabie saoudite afin de plaider pour une augmentation de ce plafond. Ali al-Zaidi met en avant le coût économique de la guerre au Moyen-Orient et l’ampleur des réserves irakiennes – plus de 145 milliards de barils prouvés – pour justifier une « part de marché » plus élevée. Il rappelle également que le pays a mené sur son territoire la lutte contre l’organisation Etat islamique, un argument politique destiné à convaincre ses partenaires.

Ali al-Zaidi

Pour encadrer cette renégociation, l’OPEP+ a mandaté le cabinet indépendant DeGolyer and MacNaughton pour auditer les capacités réelles de production de chaque membre, dont l’Irak. Le rapport attendu fin septembre 2026 doit servir de base aux discussions sur les quotas applicables à partir de 2027.

Diversifier les routes d’exportation pour contourner Ormuz

La dépendance quasi totale au détroit d’Ormuz est désormais perçue à Bagdad comme un risque stratégique majeur. En réaction au blocus, les autorités ont engagé une réorientation accélérée de la logistique pétrolière, misant sur des pipelines terrestres multipliant les voies de sortie vers la Méditerranée et la mer Rouge, ainsi que sur un renforcement du corridor vers la Turquie.

Attention :

Dès juin 2026, l’Irak dépend massivement du transport routier avec environ 1 000 camions-citernes par jour pour acheminer du fioul à forte teneur en soufre via la Syrie vers le port de Baniyas. Parallèlement, les autorités maximisent l’utilisation de l’oléoduc Kirkouk-Ceyhan, avec des travaux de réhabilitation lancés mi-août sur les stations de pompage IT2A et de déchargement IT1, visant une capacité ciblée de 300 000 barils par jour au port turc de Ceyhan.

Le 18 juillet 2026, Bagdad et Damas signent deux mémorandums d’entente pour remettre en service l’oléoduc stratégique Kirkouk-Baniyas vers la Méditerranée. Long de près de 890 kilomètres et inactif depuis 2003, il fait l’objet d’études de faisabilité menées par un consortium mené par Chevron, avec UCC Holding et TI Capital. Le coût du projet est estimé entre 4 et 8 milliards de dollars, pour un délai de réalisation d’environ quatre ans. Sa capacité finale pourrait dépasser 2 millions de barils par jour.

Exemple :

Le 10 août 2026, des discussions à Beyrouth entre le Premier ministre libanais Nawaf Salam et une délégation irakienne portent sur la relance de l’ancien oléoduc Kirkouk-Tripoli. Le Liban pourrait devenir une plateforme de stockage et de réexportation du brut irakien vers l’Europe, des inspections techniques étant déjà lancées par le ministère libanais de l’Énergie.

Au sud, l’Irak relance également les discussions sur le vaste projet de double oléoduc Basra-Aqaba, qui doit acheminer du brut jusqu’au port jordanien sur la mer Rouge. Estimé à 18 milliards de dollars, ce tracé de 1 600 kilomètres afficherait une capacité de transport pouvant aller jusqu’à 2,25 millions de barils par jour. Ali al-Zaidi a qualifié ce corridor via Aqaba de priorité géopolitique de court terme.

Pour alimenter ces nouvelles routes, Bagdad avance sur un oléoduc interne de grande capacité entre Bassora et Haditha, dimensionné à 2,5 millions de barils par jour. Il doit transférer le brut des champs du sud vers le réseau nord et desservir trois points de sortie : Baniyas en Syrie, Ceyhan en Turquie et Aqaba en Jordanie.

Libéralisation partielle des exportations et pouvoirs renforcés au ministère

Cette réorganisation s’accompagne d’une évolution institutionnelle notable. Le 19 août 2026, le Conseil des ministres approuve un nouveau mécanisme permettant à des compagnies nationales et internationales d’exporter du brut irakien via plusieurs points de sortie, rompant avec le monopole historique de la société d’État SOMO.

Astuce :

À partir du 1er septembre 2026, des contrats de trois mois renouvelables seront mis en place. Le ministre du Pétrole, Basim Muhammad Khudhair al-Abadi, obtient des pouvoirs exceptionnels pour créer des corridors de transport supplémentaires et négocier l’élargissement des capacités de chargement. La compagnie publique Oil Pipelines Company devra étendre ses terminaux afin d’accélérer l’acheminement du brut vers la Turquie, puis vers la Méditerranée et la mer Rouge.

Le 18 août 2026, le Conseil des ministres valide par ailleurs des contrats de trois mois avec des entreprises locales et internationales spécialisées, afin de sécuriser l’exportation de brut via plusieurs terminaux en parallèle, signe de la volonté de diversification rapide des débouchés.

Mégaprojets pétroliers et gaziers pour soutenir la montée en capacité

Atteindre une capacité de 9 à 10 millions de barils par jour suppose des investissements massifs dans les champs existants et dans les infrastructures de soutien. L’Irak s’appuie pour cela sur de grands groupes internationaux, notamment occidentaux, encouragés par une série de mémorandums d’entente signés à la suite d’un sommet économique à Washington, pour un montant global évalué entre 60 et 200 milliards de dollars.

460000

La production actuelle du champ géant de West Qurna-2, que Bagdad et Chevron visent à porter rapidement à 750 000–800 000 barils par jour.

Le groupe français TotalEnergies pilote, avec QatarEnergy et Basrah Oil Company, le méga-projet Gas Growth Integrated Project (GGIP) dans le champ de Ratawi (ou Artawi). La première phase de ce programme vise à porter la production de Ratawi de 60 000 à 120 000 barils par jour, avec une mise en service annoncée pour le début de 2026. La deuxième phase, déjà engagée, doit pousser la production à 210 000 barils par jour à l’horizon 2028.

Bon à savoir :

Une unité de traitement de gaz à Artawi, d’une capacité initiale de 50 millions de pieds cubes standard par jour, approche de son achèvement avec une livraison prévue en mai 2026. Ce dispositif réduira le torchage du gaz associé et alimentera le réseau électrique national, un enjeu crucial pour la stabilité intérieure.

Autre pièce maîtresse, une gigantesque unité de traitement d’eau de mer (CSSP) est en construction à Umm Qasr. Elle doit traiter 5 millions de barils d’eau par jour pour injection dans les champs du sud, afin de maintenir la pression des gisements et soutenir la hausse des débits.

Vers une intégration énergétique plus large

Si la priorité affichée reste l’augmentation du brut exportable, Bagdad cherche aussi à ancrer cette stratégie pétrolière dans un cadre énergétique plus large, incluant gaz et renouvelables. Le GGIP illustre cette approche intégrée, combinant développement de production, valorisation du gaz associé et soutien au système électrique.

1 000

Capacité visée en mégawatts de la centrale solaire développée par TotalEnergies dans la région de Bassora, dont la première tranche de 250 MW doit être injectée en 2026.

Un pari risqué mais jugé vital

L’ambition de L’Irak de plus que doubler sa production pétrolière repose sur un pari : celui de pouvoir financer et mener à terme, dans un environnement régional instable, une série de mégaprojets d’infrastructures et de développement de champs, tout en obtenant de l’OPEP+ une marge de manœuvre suffisante.

Bon à savoir :

La stratégie inclut la réhabilitation d’anciens oléoducs vers la Méditerranée, l’ouverture d’un nouveau corridor vers Aqaba et le renforcement du lien avec Ceyhan, afin de réduire la vulnérabilité à un nouveau blocage du détroit d’Ormuz.

Pour le gouvernement irakien, cette course aux volumes n’est pas seulement un enjeu énergétique ou géopolitique. Il s’agit aussi d’une urgence budgétaire et sociale, alors que la contraction prévue du PIB, le poids croissant de la dette et la dépendance extrême aux hydrocarbures rendent d’autant plus cruciale la capacité du pays à maximiser ses revenus pétroliers dans les années à venir.

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