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L’euro grimpe à 1,16 dollar : la Fed influence le marché des devises

par | Actualités
Publié le 18 août 2026

L’euro s’est apprécié jusqu’aux alentours de 1,16 dollar à la mi-août 2026, atteignant son plus haut niveau depuis deux mois face au billet vert. Ce mouvement s’explique principalement par un changement de perception des investisseurs sur la trajectoire de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque centrale européenne (BCE), avec des conséquences directes pour les stratégies de couverture et d’allocation d’actifs.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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La Fed sous pression après une série de statistiques américaines décevantes

Le rebond de l’euro intervient dans un contexte de nette révision à la baisse des anticipations de resserrement monétaire aux États‑Unis. Les derniers indicateurs macroéconomiques publiés en août montrent un essoufflement plus marqué que prévu de l’économie américaine.

3,4

Taux d’inflation américain en juillet, en baisse par rapport aux 3,5 % du mois précédent.

Les ventes au détail américaines ont, elles aussi, reculé de 0,6 % en juillet, enregistrant leur première baisse en neuf mois. L’ensemble de ces données a convaincu une large part du marché que la Fed dispose désormais de moins d’arguments pour relever encore ses taux à court terme.

70

Probabilité estimée par les opérateurs de marché que la Fed opte pour un statu quo lors de sa prochaine réunion de septembre.

Cette détente des anticipations sur les taux américains a pesé sur le dollar, dont la récente vigueur reposait en grande partie sur la robustesse relative de l’économie américaine et sur des rendements obligataires supérieurs à ceux de la zone euro. À mesure que le scénario de hausses supplémentaires de la Fed s’estompe, les flux se réorientent partiellement au détriment du billet vert.

Une BCE sous biais restrictif face à une inflation de la zone euro tenace

À l’inverse, la BCE se retrouve confrontée à une dynamique d’inflation plus soutenue. En juillet, la hausse des prix à la consommation dans la zone euro a atteint 2,9 % sur un an, après 2,8 % en juin. Cette légère accélération est largement imputée à la progression des coûts de l’énergie, dans un contexte de tensions persistantes au Moyen‑Orient.

Bon à savoir :

Le 11 juin, la BCE a relevé son taux de dépôt de 25 points de base, à 2,25 %. Le 23 juillet, elle a opté pour un statu quo, précisant que ses futures décisions dépendront des données économiques. La remontée de l’inflation en juillet suggère toutefois un biais plus restrictif.

Les marchés intègrent désormais une probabilité élevée — évaluée entre 78 % et plus de 80 % selon les estimations — d’une nouvelle hausse de 25 points de base en septembre. Ce scénario contraste fortement avec les perspectives beaucoup plus prudentes attribuées à la Fed sur la même période.

Cette divergence de trajectoires entre les deux grandes banques centrales est au cœur du recentrage du marché des changes. Alors que le cycle de resserrement américain semble proche de son point haut, l’euro bénéficie de l’idée que la BCE pourrait encore relever son taux directeur pour combattre une inflation jugée tenace.

Réduction de l’écart de taux et soutien mécanique à l’euro

Le moteur principal de la hausse de l’euro tient à la réduction anticipée du différentiel de taux entre les États‑Unis et la zone euro. Si la Fed maintient ses taux inchangés en septembre tandis que la BCE procède à un resserrement supplémentaire, l’écart de rémunération entre les deux blocs se contracterait sensiblement.

Exemple :

Les analystes estiment que le différentiel de taux courts, actuellement de 137,5 points de base en faveur du dollar, pourrait se réduire à environ 112,5 points de base si la BCE ajuste sa politique sans que la Fed ne bouge. Cette compression rendrait théoriquement l’euro plus attractif pour les investisseurs en quête de rendement, au détriment du billet vert.

Ce réalignement des anticipations se traduit déjà sur le marché des changes. Le taux euro/dollar évoluait autour de 1,1580 à 1,1600, frôlant des niveaux plus observés depuis deux mois. D’un point de vue technique, la paire a franchi sa moyenne mobile exponentielle à 200 jours, ce qui est souvent interprété par les intervenants comme un signal haussier de moyen terme.

Le marché surveille désormais une zone de résistance clé autour de 1,1600 à 1,1620 dollar. Une clôture quotidienne nettement au‑dessus de ce seuil ouvrirait, selon les stratèges, la voie à des objectifs situés d’abord vers 1,1650, puis potentiellement autour de 1,1700 si la tendance se prolonge jusqu’à la fin du mois.

Anticipations de marché : banques et investisseurs révisent leurs scénarios

L’évolution récente de la paire EUR/USD amène plusieurs grandes institutions financières à revoir leurs prévisions. BNP Paribas Wealth Management a ainsi relevé son objectif à trois mois à 1,15 dollar, contre des niveaux plus bas auparavant, et vise désormais 1,20 à horizon douze mois.

D’autres banques se montrent encore plus optimistes sur la monnaie unique. J.P. Morgan anticipe que l’euro puisse atteindre 1,20 dollar d’ici la fin de l’année, tandis que le consensus de recherche de Goldman Sachs envisage une progression plus marquée, avec un objectif à 1,25.

La paire euro/dollar pourrait se rapprocher de la borne haute d’une large fourchette comprise entre 1,14 et 1,18 d’ici la fin 2026, pariant sur une Fed moins agressive que ce qui était anticipé quelques mois plus tôt.

MUFG

Pour les investisseurs, l’enjeu est de savoir si la récente appréciation de l’euro marque un tournant durable après une longue période de domination du dollar, ou s’il s’agit essentiellement d’un mouvement correctif. La réponse dépendra en grande partie des signaux envoyés par les banques centrales dans les prochaines semaines.

Jackson Hole et Kevin Warsh au centre de l’attention

Les regards se tournent désormais vers le symposium économique de Jackson Hole, programmé à la fin août. La première intervention en ouverture de Kevin Warsh, nouveau président de la Fed entré en fonction au mois de mai, est particulièrement attendue.

Attention :

Depuis la prise de fonctions de Warsh, la Fed a abandonné sa stratégie traditionnelle de « forward guidance » pour une approche réforme, avec des décisions prises réunion par réunion sans engagement sur l’avenir. Ce changement accroît la volatilité des anticipations de taux et complique la tâche des gérants de portefeuille.

Dans ce contexte de communication plus parcimonieuse, tout discours majeur de la Fed prend une importance accrue. Les marchés redoutent que les propos de Warsh à Jackson Hole puissent provoquer de fortes oscillations sur les taux et les devises, en redessinant le scénario monétaire pour l’automne. Toute indication d’un durcissement à venir pourrait freiner l’élan de l’euro, tandis qu’un ton jugé accommodant conforterait son avancée au‑delà de 1,16.

Géopolitique et énergie : un risque de double tranchant pour l’euro

La progression de l’euro ne s’explique pas uniquement par la mécanique des taux. La devise européenne reste fortement sensible aux cours du pétrole brut, dans un environnement géopolitique tendu.

Astuce :

La situation au Moyen‑Orient, notamment les tensions impliquant l’Iran et les menaces sur le détroit d’Ormuz, maintient le Brent entre 85 et 88 dollars le baril. Tout nouveau blocage ou choc d’offre pourrait alimenter une nouvelle poussée d’inflation importée en Europe.

Un tel scénario placerait la BCE face à un dilemme. D’un côté, la banque centrale serait incitée à garder des taux durablement élevés, voire à resserrer davantage, pour contenir la hausse des prix. De l’autre, cette fermeté monétaire pèserait sur la croissance déjà fragile de la zone euro. Pour l’euro, l’impact serait ambigu : l’anticipation de taux plus élevés soutiendrait la devise, mais la dégradation potentielle de la conjoncture pourrait, à terme, entamer la confiance des investisseurs.

Stratégies des investisseurs : réallocation, couverture et recherche de refuges

Le mouvement de l’euro face au dollar s’accompagne d’ajustements dans les portefeuilles institutionnels. Après des mois de domination du billet vert, soutenue par la vigueur relative de l’économie américaine, des arbitrages se mettent en place en faveur de la monnaie unique, dans une logique de « divergence trading ».

Attention :

Les grandes maisons observent un début de réallocation hors des actifs américains, alors que les rendements des bons du Trésor à long terme se stabilisent ou s’infléchissent. La remise en cause partielle de « l’exceptionnalisme » américain, les interrogations sur l’indépendance de la Fed et le débat budgétaire aux États-Unis pèsent sur l’attrait des placements en dollars. Parmi les facteurs cités figure l’hypothèse d’une taxe de 20 % sur les actifs financiers détenus par les investisseurs étrangers, une proposition qui inquiète les détenteurs internationaux de titres américains.

Sur le marché des devises, la volatilité implicite reste élevée à l’approche des réunions cruciales des banques centrales. Les analystes recommandent aux gérants, entreprises et exportateurs comme importateurs, de renforcer leurs dispositifs de couverture de change sur un horizon de un à trois mois afin de protéger leurs marges contre d’éventuels retournements brusques de tendance.

Bon à savoir :

À court terme, les cambistes surveillent les niveaux au-dessus de 1,1600 pour détecter des surachats via les bandes de Bollinger ou le RSI. Des corrections vers la zone 1,1450-1,1500, voire un support plus lointain à 1,1325-1,1350, sont possibles si le dollar se renforce.

Certains investisseurs, inquiets des risques d’inflation durablement alimentée par les matières premières, réduisent en parallèle leur exposition pure aux devises fiduciaires au profit d’actifs tangibles. L’or physique, qui évolue à des niveaux historiquement élevés autour de 4 400 dollars l’once, bénéficie de cette quête de valeur refuge et de diversification.

Une nouvelle phase pour l’euro, entre soutien monétaire et incertitudes

L’appréciation de l’euro à proximité de 1,16 dollar symbolise une phase de rééquilibrage sur le marché des changes, après une longue séquence dominée par le billet vert. La combinaison d’une Fed perçue comme plus prudente et d’une BCE encore contrainte à la fermeté offre un soutien tangible à la monnaie unique.

Gestion des risques dans un environnement volatil

Face aux décisions des banques centrales, à l’inflation et aux tensions géopolitiques, la gestion active des risques de change et l’anticipation des signaux monétaires sont essentielles pour préserver la performance des portefeuilles.

Surveillance des politiques monétaires

Anticiper les décisions des banques centrales pour ajuster les positions en devises et réduire l’impact des surprises de taux.

Gestion active des risques de change

Mettre en place des stratégies de couverture dynamiques face à la volatilité accrue des marchés des changes.

Analyse des tensions géopolitiques

Intégrer les événements géopolitiques dans l’évaluation des risques pour ajuster rapidement les allocations et protéger les actifs.

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