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Investissements commerciaux en Asie-Pacifique en forte accélération

par | Actualités
Publié le 8 août 2026

Les investissements dans l’immobilier commercial de la région Asie-Pacifique ont progressé de 27 % en glissement annuel au premier semestre 2026, malgré un contexte de tensions géopolitiques et de remontée des taux d’intérêt. Selon les rapports semestriels publiés début août par CBRE, Colliers et JLL, cette hausse s’inscrit dans un mouvement plus large de réorganisation des flux de capitaux autour de secteurs jugés stratégiques, de la technologie à la transition énergétique.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un record d’activité malgré les hausses de taux

Les données convergentes des trois grands cabinets de conseil immobilier montrent une reprise marquée de l’appétit des investisseurs pour l’immobilier commercial dans la région. CBRE chiffre la progression de l’activité à 27 % sur un an au premier semestre, tandis que JLL, avec une méthodologie différente, évoque une hausse de 35 % pour un volume de 92,5 milliards de dollars. Colliers, de son côté, estime les montants investis à 105 milliards de dollars, soit le meilleur premier semestre depuis quatre ans.

Bon à savoir :

Plusieurs banques centrales de la région (Australie, Corée du Sud, Inde) ont relevé leurs taux sur les six premiers mois de l’année pour freiner une inflation portée par les coûts de l’énergie. Bien que ce resserrement monétaire soit en théorie défavorable à l’investissement immobilier, il n’a pas stoppé les flux de capitaux vers les actifs commerciaux jugés les plus résilients.

La part des investisseurs transfrontaliers illustre ce regain d’intérêt international : ils ont représenté 35,9 % des acquisitions au premier semestre, contre 26 % en 2023. Cette progression s’inscrit dans une tendance plus large de diversification géographique des portefeuilles face aux risques géopolitiques.

Croissance économique révisée et rôle des nouvelles technologies

Le contexte macroéconomique régional reste contrasté. Pour l’ensemble de 2026, les prévisions de croissance de l’Asie-Pacifique ont été relevées de 3,9 % à 4,3 %, principalement grâce à une demande mondiale soutenue en semi-conducteurs et en produits liés à l’intelligence artificielle. Dans le même temps, la Banque asiatique de développement (BAD) a abaissé à 4,9 % sa projection de croissance pour les économies en développement de la région, contre 5,5 % en 2025, en raison des tensions au Moyen-Orient et de la hausse durable des coûts énergétiques et du fret maritime.

Astuce :

La croissance soutenue, les tensions sur les prix et la recomposition industrielle accélérée par la rivalité technologique États-Unis-Chine poussent les investisseurs vers des actifs à revenus prévisibles, notamment l’immobilier commercial dans les métropoles les plus transparentes et réglementées de la région.

Bureaux, commerce, logistique et data centers en première ligne

Le segment des bureaux domine toujours le paysage régional. Colliers estime à 40,2 milliards de dollars les capitaux alloués à ce secteur au premier semestre 2026, tandis que CBRE fait état d’une progression de 29 % des volumes investis sur un an. Cette hausse survient alors que la livraison de nouveaux bureaux de catégorie A dans les marchés arrivés à maturité recule de 38 % par rapport à l’an dernier.

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Croissance anticipée à deux chiffres pour les loyers de bureaux de premier ordre à Tokyo, Hong Kong et Sydney.

Le secteur du commerce de détail affiche également une performance solide, avec 26,7 milliards de dollars d’investissements. La limitation de l’offre de nouveaux espaces commerciaux et la résilience de la consommation dans nombre de marchés asiatiques expliquent ce regain d’intérêt, malgré le développement du e‑commerce.

Attention :

L’immobilier industriel et logistique a attiré 22,8 milliards de dollars, mais avec une divergence marquée : les entrepôts bien situés et adaptés à la logistique moderne captent la majorité des capitaux, tandis que les actifs secondaires subissent une décote croissante.

En parallèle, les data centers s’imposent comme une classe d’actifs à part entière : 6,7 milliards de dollars de transactions ont été enregistrés au premier semestre. Cette montée en puissance s’inscrit dans un mouvement plus large identifié par la CNUCED et la BAD, selon lequel l’infrastructure numérique — data centers et télécommunications — est devenue un pilier structurel de l’investissement, porté par le boom de l’intelligence artificielle et du cloud.

Chine, Japon, Australie, Singapour et Inde en tête des flux

La Chine demeure le plus grand marché de la région en volume, avec 27,5 milliards de dollars de transactions immobilières commerciales au premier semestre. Cette activité est majoritairement animée par des capitaux domestiques, les investisseurs étrangers adoptant plutôt un rôle de vendeurs dans un contexte de risques réglementaires et politiques perçus comme élevés. Parallèlement, Pékin déploie des mesures budgétaires ciblées pour stabiliser son secteur immobilier et engager une transition vers un modèle de croissance moins dépendant de la construction.

Exemple :

Le Japon attire 25,3 milliards de dollars d’investissements, juste derrière un autre pays. Tokyo enregistre de fortes hausses de loyers, soutenues par des anticipations de croissance à deux chiffres dans l’immobilier de bureaux. Le cadre « Sanaenomics », centré sur l’IA et la libéralisation de l’industrie de défense, ainsi que les réformes de gouvernance d’entreprise, séduisent les capitaux étrangers. Certains investisseurs réallouent leurs positions, quittant des marchés jugés surévalués comme Taïwan ou la Corée du Sud, pour se repositionner sur le Japon.

L’Australie enregistre 15,8 milliards de dollars d’investissements. Les investisseurs s’y orientent davantage vers des stratégies « value-add » ou « core-plus », visant à générer des rendements supérieurs via des rénovations, une amélioration énergétique ou une gestion plus active des actifs plutôt que par de simples acquisitions patrimoniales.

14,1

Singapour a enregistré 14,1 milliards de dollars de transactions à la mi-année, dépassant déjà son volume total pour l’ensemble de 2025.

L’Inde, enfin, affiche une croissance particulièrement marquée : les bureaux représentent plus de 40 % des investissements immobiliers commerciaux, tandis que le capital domestique bondit de 80 % sur un an pour atteindre 57 % des flux entrants. Ce renforcement des investisseurs locaux intervient dans un contexte de croissance robuste, soutenue par une demande intérieure vigoureuse et une prévision de progression du PIB portée à 6,5 % par le Fonds monétaire international pour 2026.

Réorganisation globale des flux de capitaux et “rhéopolitique”

Au-delà de l’immobilier, la CNUCED souligne dans son « World Investment Report 2026 » que les flux mondiaux d’investissements directs étrangers ont atteint 1 600 milliards de dollars en 2025, en hausse de 6 %. Les économies en développement d’Asie ont capté 644 milliards de dollars, soit environ 40 % du total, confirmant le rôle central de la région dans la nouvelle géographie mondiale du capital.

L’Asie du Sud-Est, nouveau pôle d’attraction des investissements

Pour la première fois, l’Asie du Sud-Est dépasse l’Asie de l’Est comme principale sous-région bénéficiaire, grâce aux stratégies de friend-shoring et China + 1.

Friend-shoring et China + 1

Les multinationales adoptent ces stratégies pour diversifier leurs chaînes d’approvisionnement, faisant de l’Asie du Sud-Est une destination privilégiée.

Vietnam et Malaisie en tête

Ces pays captent une part significative des investissements dans l’assemblage électronique, la logistique et la production à plus forte valeur ajoutée.

Atouts clés : compétences et infrastructures

La montée en compétences locales et l’amélioration des infrastructures soutiennent cette dynamique et renforcent l’attractivité de la sous-région.

Selon les analystes, cette redistribution des flux répond à ce qu’ils qualifient de « rhéopolitique » : une politique des flux et des dépendances dans laquelle la sécurité économique, la souveraineté technologique et la résilience des chaînes de valeur priment sur la seule logique de coûts. Les tensions persistantes au Moyen-Orient, avec les perturbations durables du détroit d’Ormuz ayant fait grimper puis maintenir à un niveau élevé le prix du pétrole et des frets maritimes, renforcent cette approche axée sur la gestion des risques.

Marchés refuges et montée des actifs régulés

Dans ce contexte de fragmentation géopolitique, les investisseurs internationaux privilégient des marchés perçus comme stables, transparents et régulés. Les rapports de PwC et de l’Urban Land Institute sur les tendances de l’immobilier en Asie-Pacifique montrent une concentration croissante des capitaux sur le Japon, Singapour, l’Australie, mais aussi sur des villes comme Tokyo, Sydney et Brisbane, désormais considérées comme des refuges au sein de la région.

Bon à savoir :

Les actifs comme l’infrastructure numérique et les énergies de transition (data centers, réseaux télécoms, véhicules électriques, batteries lithium-ion, solaire) attirent une part croissante de l’investissement privé car ils sont moins exposés à la volatilité macroéconomique. Cependant, en Chine, la surcapacité industrielle due aux subventions massives a déclenché une guerre des prix appelée « néijuan » (involution). Les autorités chinoises déploient des mesures « anti-involution » pour limiter l’offre et stabiliser les marges des entreprises.

Parallèlement, le système financier international se reconfigure : d’après le rapport « Global Family Office » d’UBS, les grands patrimoines citent le risque géopolitique comme première préoccupation et réduisent leur exposition aux actifs libellés en dollars américains, tout en augmentant leurs allocations vers l’Europe occidentale et l’Asie-Pacifique.

Perspectives pour le second semestre : sélectivité et vigilance

Les prévisions pour la seconde partie de l’année font état d’un possible ralentissement du rythme des transactions dans l’immobilier commercial régional. CBRE, parmi d’autres experts, anticipe une modération après un premier semestre très dynamique. Les investisseurs devraient se montrer plus sélectifs, en ciblant les marchés présentant les meilleures perspectives de croissance des loyers et les cadres réglementaires les plus fiables, comme Tokyo, Sydney, Brisbane ou Singapour.

La décarbonation et l’intégration technologique des bâtiments deviennent des prérequis pour accéder aux financements institutionnels, ce qui devrait accentuer la prime accordée aux actifs les plus performants en matière environnementale et numérique. Ce mouvement risque de creuser encore l’écart entre les biens prime et les actifs secondaires, notamment dans l’industrie et la logistique.

Expert immobilier

Les risques ne manquent pas : flambée des valorisations dans certaines valeurs technologiques liées à l’IA, possibilité de nouveaux chocs tarifaires venus des États-Unis, volatilité persistante des coûts de l’énergie et du fret. Pour l’heure, cependant, la région Asie-Pacifique continue de s’imposer comme le principal moteur de l’économie mondiale et un pôle d’attraction majeur pour les capitaux en quête de diversification, de rendement et de sécurité relative.

La progression de 27 % des investissements commerciaux au premier semestre 2026 illustre cette recomposition : loin d’être freinés par les tensions géopolitiques et les hausses de taux, les flux de capitaux se redéploient vers les marchés et les actifs jugés les plus stratégiques, confirmant le rôle central de l’Asie-Pacifique dans la nouvelle carte mondiale de l’investissement.

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