Le marché de l’emploi aux États-Unis montre des signes nets de modération à l’été 2023, avec un rythme de créations de postes en recul, une baisse des offres d’emploi et une dynamique salariale toujours robuste. Les derniers indicateurs publiés par le département du Travail et par les enquêtes privées confirment un atterrissage en douceur de l’économie américaine, marqué par un ralentissement des embauches sans flambée du chômage.
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Des créations d’emplois en net repli par rapport à 2022
Selon le rapport officiel publié le 4 août 2023 par le Bureau of Labor Statistics (BLS), les effectifs non agricoles ont augmenté de 187 000 en juillet 2023. Ce chiffre ressort légèrement inférieur aux attentes des économistes, qui tablaient sur environ 200 000 nouvelles embauches.
Le rythme de création d’emplois reste positif, mais il marque une décélération nette par rapport à 2022, où l’économie ajoutait environ 400 000 emplois par mois. Le marché du travail, longtemps résistant face au resserrement monétaire de la Fed, subit désormais l’impact cumulé des hausses de taux.
Les données des mois précédents ont en outre été révisées à la baisse. Le BLS indique que les créations d’emplois de juin 2023 sont passées de 209 000 à 185 000, tandis que celles de mai ont été revues de 306 000 à 281 000. Au total, ces corrections retranchent 49 000 postes aux estimations initiales pour mai et juin, accentuant encore l’impression de refroidissement graduel du marché du travail.
Un chômage toujours très faible et stable
Malgré ce ralentissement, le taux de chômage demeure proche de ses plus bas historiques. En juillet 2023, il s’établit à 3,5 %, contre 3,6 % en juin. Depuis mars 2022, le chômage oscille dans une fourchette étroite de 3,4 % à 3,7 %, témoignant de la solidité de la demande de travail.
En données brutes, environ 5,8 millions de personnes sont recensées comme au chômage en juillet 2023. Ce niveau reste extrêmement faible au regard de la taille de la population active américaine.
Le taux de participation de la population active se maintient à 62,6 % pour le cinquième mois consécutif.
Offres d’emploi en baisse au plus bas depuis 2021
La tendance est plus nette lorsqu’on observe les indicateurs avancés que sont les offres de postes vacants. Le rapport JOLTS (Job Openings and Labor Turnover Survey), publié le 29 août 2023, montre que les offres d’emploi s’élèvent à 8,827 millions à la fin juillet 2023.
Le nombre d’offres est inférieur aux attentes des analystes, atteignant son plus bas niveau depuis mars 2021, marquant une normalisation après le pic post-crise sanitaire où le déséquilibre offre-demande avait fait flamber les opportunités.
Les données de juin 2023 ont aussi été révisées à la baisse : les ouvertures de postes sont ramenées à 9,165 millions, contre 9,582 millions dans l’estimation initiale. Ces ajustements renforcent l’idée que les entreprises réduisent graduellement leurs besoins de recrutement face à un environnement économique plus incertain et à des conditions de financement plus strictes.
Le recul des offres d’emploi, combiné à des créations de postes plus modestes, contribue à desserrer les tensions extrêmes observées sur le marché du travail ces deux dernières années, sans provoquer pour l’instant une montée significative du chômage.
Les salaires continuent de progresser à un rythme soutenu
En parallèle de ce ralentissement de l’emploi, les rémunérations poursuivent leur progression à un rythme soutenu. Le salaire horaire moyen a augmenté de 14 cents en juillet 2023, soit une hausse mensuelle de 0,4 %, pour atteindre 33,74 dollars.
La croissance annuelle du salaire horaire moyen en juillet, identique à celle de juin 2023, reflète des tensions salariales persistantes malgré un refroidissement de la demande de travail.
Cette combinaison de salaires dynamiques et de créations d’emplois en baisse alimente le diagnostic d’un marché du travail en voie de rééquilibrage plutôt que d’un retournement brutal. La persistance d’une progression salariale robuste contribue au pouvoir d’achat des ménages, mais constitue aussi un facteur de vigilance pour la Réserve fédérale dans sa lutte contre l’inflation.
Un contraste entre chiffres officiels et enquête privée ADP
Le tableau dressé par le rapport officiel contraste en partie avec les chiffres publiés par l’enquête privée ADP/Stanford Lab. Selon ce rapport, rendu public le 2 août 2023, l’emploi dans le secteur privé a progressé de 324 000 postes en juillet, bien au-dessus des prévisions des analystes qui anticipaient 175 000 créations.
Ce chiffre correspond au nombre d’emplois privés créés en juin 2023, révisé à la baisse, mais illustrant un marché du travail toujours dynamique, porté par l’hôtellerie-restauration et les loisirs en juillet 2023.
Ces divergences, régulières entre les deux sources de données, montrent que la lecture de la situation du marché du travail nécessite de combiner plusieurs indicateurs. Les statistiques officielles du BLS, plus complètes et ajustées dans le temps, confirment néanmoins la tendance à une modération du rythme des embauches, tandis que l’ADP souligne la résilience de certains segments de l’économie, en particulier les services à forte intensité de main-d’œuvre.
Vers un atterrissage en douceur de l’économie américaine
Pris dans leur ensemble, les indicateurs de juillet 2023 suggèrent que l’économie américaine se dirige vers un scénario de « soft landing ». Les offres d’emploi en baisse et le ralentissement des créations mensuelles indiquent que les hausses successives de taux d’intérêt décidées par la Réserve fédérale refroidissent progressivement l’activité.
Le niveau très faible du chômage, la stabilité de la participation à la population active et la progression soutenue des salaires écartent le risque d’une récession brutale. Le marché du travail ne montre pas de signaux d’effondrement, mais plutôt une normalisation après une phase de surchauffe post-pandémie.
Cette configuration est particulièrement scrutée par la banque centrale américaine. La Fed cherche à contenir l’inflation en réduisant la pression sur la demande, sans provoquer une hausse rapide du chômage. Les données de juillet 2023 laissent penser que, pour l’instant, cet équilibre fragile est préservé : l’économie ralentit, l’emploi se modère, mais la machine à embaucher ne s’est pas arrêtée.
Implications économiques et enjeux pour la politique monétaire
Le ralentissement du marché du travail en juillet 2023 a plusieurs implications majeures. D’un côté, la diminution des offres d’emploi et la normalisation du rythme des embauches constituent un signal que les tensions extrêmes sur le marché de l’emploi commencent à se résorber. Cela pourrait, à terme, atténuer les pressions sur les salaires et donc sur l’inflation.
En juillet 2023, la résilience du chômage et des revenus soutient la demande intérieure, réduisant le risque d’un freinage brutal de la croissance. Cela permet à la Fed de poursuivre sa stratégie d’ajustement monétaire selon les données, visant à ramener l’inflation vers 2 % sans détériorer fortement le marché du travail.
Les prochains mois seront décisifs pour confirmer si cette trajectoire de ralentissement contrôlé peut être maintenue. Une poursuite de la baisse des offres d’emploi sans flambée du chômage renforcerait le scénario d’atterrissage en douceur. À l’inverse, un retournement plus marqué de l’emploi ou un redémarrage des tensions salariales pourrait obliger les autorités monétaires à revoir leur stratégie.
Pour l’heure, le tableau dressé par les statistiques de juillet 2023 est celui d’un marché du travail qui perd de la vitesse, mais reste robuste, au cœur d’une phase de transition sensible pour l’économie américaine.
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