Le taux du Livret A s’apprête à remonter au‑dessus de 1,5 % à compter du 1er août 2026, après l’annonce officielle attendue autour du 15 juillet. Cette revalorisation, décidée par le gouvernement sur proposition du nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, intervient dans un contexte d’inflation modérée mais toujours supérieure au rendement moyen du produit. Si elle marque un tournant après la baisse de février, elle ne suffira toutefois pas à rétablir un rendement réel positif pour les épargnants.
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Une hausse désormais acquise, mais à quel niveau ?
Depuis le 1er février 2026, le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) sont rémunérés à 1,50 % net, contre 1,70 % auparavant. Le 30 juin, le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a confirmé qu’une hausse des taux de l’épargne réglementée interviendrait au 1er août. La Banque de France doit proposer le nouveau taux au gouvernement d’ici la mi‑juillet, sur la base de la formule réglementaire.
Le taux théorique du Livret A pour le premier semestre 2026 est arrondi à 1,70 % selon la règle de calcul basée sur la moyenne semestrielle de l’inflation et du taux €STR.
Plusieurs scénarios sont donc sur la table. Le premier, le plus conforme aux textes, fixe le nouveau taux à 1,70 %. Un second envisage un « coup de pouce » politique porté à 1,80 %, déjà considéré comme probable début juillet avant que le ralentissement de l’inflation de juin ne vienne tempérer cette perspective. Un troisième scénario plus volontariste, évoquant un taux de 2,00 % pour soutenir l’effort d’épargne, reste possible mais plus incertain.
Un rendement réel qui demeure négatif en 2026
Malgré cette remontée, l’année 2026 restera marquée par un rendement réel négatif pour le Livret A. L’Insee anticipe en effet une inflation annuelle moyenne autour de 2,0 %, nourrie notamment par la hausse des prix de l’énergie au printemps, sur fond de tensions géopolitiques au Moyen‑Orient. À l’inverse, le taux du Livret A n’aura été que de 1,50 % sur les six premiers mois de l’année, avant d’être relevé à 1,70 % ou 1,80 % pour le reste de 2026.
En 2024, la rémunération annuelle moyenne du Livret A devrait être comprise entre 1,60 % et 1,65 %. Après déduction de l’inflation, le rendement réel serait négatif, entre -0,30 % et -0,40 %. Cela signifie que les intérêts perçus ne compenseront pas la hausse des prix, une situation inédite depuis 2023.
Pour un livret détenant 10 000 euros, la hausse du taux de 1,50 % à 1,70 % ou 1,80 % à partir du 1er août ne représente qu’un gain additionnel modeste sur les cinq derniers mois de l’année, de l’ordre de 10 à 15 euros. Sur un livret plafonné à 22 950 euros, l’augmentation se traduit par un surplus d’intérêts d’environ 28 euros. L’impact sur le pouvoir d’achat à court terme reste donc limité.
Réactions des épargnants : arbitrages et exode vers des placements concurrents
La baisse du taux à 1,50 % en février a fortement entamé l’attractivité du Livret A. Entre janvier et mai 2026, les particuliers ont retiré plus de 5 milliards d’euros nets des Livrets A et LDDS. Une partie significative de ces montants a été redirigée vers des produits mieux rémunérés, au premier rang desquels les fonds en euros des contrats d’assurance‑vie, dont la performance moyenne s’établissait autour de 2,65 % en début d’année.
Les fonds en euros offrent actuellement des taux moyens bruts compris entre 2,50 % et 3,00 %, supérieurs à ceux du Livret A après fiscalité.
Les « super livrets » et comptes sur livret des banques en ligne multiplient par ailleurs les offres promotionnelles temporaires, avec des taux pouvant atteindre 5,00 % à 6,00 % bruts sur quelques mois. Rapporté à l’ensemble de la première année et après application du prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 %, leur rendement net moyen s’échelonne entre 1,44 % et 1,92 %, là encore dans une fourchette au moins comparable au Livret A, tout en restant plus volatile car dépendant des campagnes commerciales.
La remontée annoncée du taux du Livret A au-dessus de 1,5 % au 1er août devrait enrayer la décollecte et stabiliser l’encours du Livret A et du LDDS, redonnant un signal favorable à l’épargne de précaution liquide et défiscalisée.
Conséquences sur les autres produits réglementés
L’ajustement du Livret A a des répercussions automatiques sur plusieurs autres produits d’épargne réglementée. Le LDDS évolue de concert : son taux passera lui aussi de 1,50 % à 1,70 % ou 1,80 %, pour un produit qui partage les mêmes avantages fiscaux (exonération totale d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux) et la même liquidité immédiate.
Le taux du Livret d’épargne populaire (LEP) pourrait atteindre environ 2,80 % en août si le gouvernement maintient l’écart d’un point par rapport au Livret A.
Les comptes et plans d’épargne logement sont également concernés. Le Compte épargne logement (CEL), actuellement à 1,00 % brut (soit environ 0,70 % net après PFU), sera révisé à la hausse dans le sillage du Livret A. Les Plans d’épargne logement (PEL) ouverts en 2026, eux, conservent un taux garanti de 2,00 % brut, soit environ 1,40 % net compte tenu de la fiscalité forfaitaire de 31,4 %. Leur rendement est stable, mais leur disponibilité réduite — tout retrait avant quatre ans entraînant pénalités ou clôture — les éloigne du rôle de réserve de précaution que joue traditionnellement le Livret A.
Un contexte macroéconomique de désinflation et de taux stables
La décision de revaloriser le Livret A intervient dans un environnement macroéconomique en transition. Après une phase de ralentissement marqué de la hausse des prix, l’inflation en France est revenue à 1,8 % sur un an en juin 2026, essentiellement sous l’effet d’un recul des prix de l’énergie. La Banque centrale européenne a, de son côté, stabilisé ses taux directeurs à 2,25 % à la mi‑juin, sans nouvelle hausse attendue à court terme, face à la combinaison d’une inflation en décélération et d’une croissance atone.
Le taux €STR, qui reflète le coût de l’argent à très court terme dans la zone euro, s’est stabilisé, ce qui limite mécaniquement la progression théorique du Livret A à la marge. Dans ce contexte, la remontée au-dessus de 1,5 % apparaît davantage comme une remise à niveau minimale qu’un véritable rattrapage du pouvoir d’achat de l’épargne.
Malgré cette désinflation, le taux d’épargne des ménages français reste élevé, proche de 18 %, traduisant une forte préférence collective pour la précaution et des arbitrages toujours prudents en matière de consommation et d’investissement.
L’évolution du Livret A ne concerne pas seulement les ménages. Environ 60 % des encours sont centralisés à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et servent à financer des prêts d’intérêt général, notamment à destination des bailleurs sociaux. Les conditions de ces prêts sont directement indexées sur le taux du Livret A. La baisse à 1,50 % en février avait offert un ballon d’oxygène au secteur, permettant à la Banque des Territoires de déployer 41 milliards d’euros de financements pour soutenir la construction et la rénovation de logements sociaux.
La remontée annoncée renchérit mécaniquement le coût de l’endettement des organismes HLM. Au printemps, le directeur adjoint de la CDC, Antoine Saintoyant, a mis en garde contre le risque de gel de certains projets, en particulier les nouvelles opérations de construction et les chantiers de rénovation thermique de bâtiments publics. Un Livret A à 1,70 % ou 1,80 % améliorera certes la rémunération de l’épargne populaire, mais au prix de marges de manœuvre plus réduites pour le secteur du logement social, déjà confronté à la hausse des coûts de construction.
Antoine Saintoyant, directeur adjoint de la CDC
Les banques commerciales sont également touchées. Elles conservent environ 40 % des encours des Livrets A et LDDS dans leurs bilans et versent à ce titre la rémunération réglementaire aux déposants. Chaque hausse du taux accroît donc le coût de cette ressource de financement. Pour préserver leurs marges de transformation, les établissements peuvent être tentés de maintenir des taux relativement élevés sur les crédits à la consommation et les prêts immobiliers. Ce mécanisme pourrait freiner la reprise du marché immobilier et peser sur la consommation des ménages, alors même que la politique monétaire de la BCE commence à se stabiliser.
Quelles perspectives au‑delà de l’été 2026 ?
Les économistes n’excluent pas que la hausse du 1er août ne soit qu’une première étape d’un mouvement plus large. Si la trajectoire actuelle de l’inflation et des taux à court terme se prolonge au second semestre 2026, la formule réglementaire pourrait conduire à une nouvelle revalorisation au 1er février 2027. Les projections avancent alors une fourchette de taux comprise entre 2,00 % et 2,20 %.
L’évolution du taux du Livret A et du LDDS renforce leur attractivité, mais soulève des enjeux entre protection de l’épargne des ménages, financement du logement social et coût du crédit. L’annonce attendue vers le 15 juillet devrait acter une hausse limitée mais symbolique, dans un contexte où les ménages surveillent leur pouvoir d’achat.
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