Malgré un net tassement du rythme de progression, les défaillances d’entreprises ont atteint en 2025 un niveau inédit en France, avant de se maintenir sur un « plateau haut » au premier semestre 2026. Les derniers chiffres d’Altares, de la Banque de France, d’Allianz Trade et du Conseil national des administrateurs judiciaires et des mandataires judiciaires (CNAJMJ) confirment une situation durablement dégradée, avec un impact social en forte aggravation.
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Un volume de défaillances record, mais une dynamique moins explosive
Pour l’ensemble de l’année 2025, Altares recense 69 957 procédures collectives ouvertes (sauvegardes, redressements judiciaires et liquidations), soit une progression annuelle de 3,1 % par rapport à 2024. La Banque de France et Allianz Trade aboutissent à un niveau très proche, autour de 68 600 défaillances, en hausse de 3,5 % sur un an. Le CNAJMJ, de son côté, dénombre 68 057 procédures, également en progression de 3,5 %.
Augmentation modérée des défaillances d’entreprises en France en 2025, après une hausse de 17,7 % en 2024 et de 38 % en 2023.
Au total, le nombre de défaillances en 2025 se situe environ 15 % au-dessus de la moyenne annuelle observée entre 2010 et 2019, et 32,6 % au-dessus du niveau de 2019, avant la crise sanitaire. Le volume dépasse même celui atteint au plus fort de la crise financière de 2008.
2026 confirme l’installation sur un « plateau haut »
Les données publiées par le CNAJMJ le 10 juillet 2026 montrent qu’aucune décrue nette ne s’est amorcée. Près de 37 000 entreprises ont été placées en procédure collective au premier semestre 2026, soit une hausse de 4,1 % par rapport à la même période de 2025. Sur douze mois glissants, la Banque de France comptabilise 70 077 défaillances fin mai 2026, franchissant le seuil symbolique des 70 000 dossiers.
Les projections pour 2026 indiquent un maintien des défaillances autour du niveau actuel, avec une hausse de 8 % anticipée par Coface. Plus de 106 000 emplois sont menacés au premier semestre 2026, et le remboursement massif des PGE prévu à l’été 2026 suscite des craintes d’emballement.
Le CNAJMJ détaille 44 908 liquidations judiciaires directes ouvertes en 2025, 21 581 redressements judiciaires et 1 568 procédures de sauvegarde. Si la liquidation reste majoritaire, la montée progressive des sauvegardes et des redressements est interprétée comme un signe d’anticipation accrue des difficultés par les dirigeants, qui saisissent la justice plus tôt pour tenter de préserver l’activité.
En 2025, la taille moyenne des entreprises en défaillance augmente, renforçant l’impact social. Le CNAJMJ recense 202 751 emplois menacés, tandis qu’Altares évalue à 267 200 le nombre de personnes concernées (incluant les fonctions de direction), soit 11 000 de plus qu’en 2024, principalement en raison de la montée en puissance des grands dossiers.
Deux cas emblématiques ont marqué l’année : le plan de sauvegarde de SFR, ouvert en août 2025, qui concerne 5 723 salariés, et celui du verrier Arc, placé sous sauvegarde au printemps 2025 puis converti en redressement judiciaire début janvier 2026, impliquant 3 758 employés.
Les très petites structures en première ligne, mais les grandes entreprises de plus en plus touchées
La crise touche en priorité les extrémités du tissu productif. D’un côté, les très petites structures demeurent les plus exposées. Altares indique que les microentreprises et TPE de moins de trois salariés concentrent près des trois quarts des défaillances, et plus largement 92 % des procédures concernent des microstructures. Ces dernières restent extrêmement vulnérables au recul de la demande des ménages et aux tensions de trésorerie.
Les entrepreneurs du transport de personnes, notamment les taxis, voient les procédures bondir de 137 %, tandis que la livraison à domicile enregistre une hausse de 255 %.
À l’autre extrémité de l’échelle, les PME de plus de 100 salariés et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont soumises à de fortes pressions. Altares relève 236 défaillances d’entreprises d’au moins 100 salariés en 2025, un record pour cette catégorie de taille et une augmentation de 18,6 % sur un an. L’industrie manufacturière représente près de 21 % de ces grandes défaillances, et le secteur social environ 12 %. La multiplication de ces dossiers de grande taille se répercute directement sur l’emploi.
Des contrastes sectoriels marqués
L’analyse sectorielle montre des écarts importants selon les branches. Plusieurs secteurs restent sous tension ou voient les défaillances progresser sensiblement en 2025.
Agriculture, hôtellerie-restauration, transports : les plus fragilisés
L’agriculture, la sylviculture et la pêche enregistrent 1 647 défaillances en 2025, contre 1 455 en 2024, soit une hausse d’environ 13,2 %. Certaines filières agricoles affichent même, selon Allianz Trade, des progressions proches de 16 %. La dégradation des revenus, la volatilité des prix et le poids des charges continuent d’y fragiliser les exploitations.
Le nombre de défaillances d’entreprises dans l’hébergement et la restauration en 2025, en hausse d’environ 9,1 % par rapport à l’année précédente.
Le transport et l’entreposage comptabilisent 3 201 procédures, contre 2 995 en 2024, soit une progression d’environ 6,9 %. La hausse des coûts logistiques et des carburants, combinée au ralentissement de la demande globale, pèse directement sur la rentabilité de ces entreprises.
Industrie, commerce et services : entre stabilisation et poches de crise
Dans l’industrie, 4 404 procédures ont été ouvertes en 2025, contre 4 259 en 2024, soit une progression de 3,4 %. Derrière ce chiffre modéré se cachent de fortes disparités : les défaillances explosent, par exemple, de 68 % au quatrième trimestre dans la mécanique industrielle, et de 20 % dans l’habillement et le textile.
Hausse des défaillances dans les services d’information et de communication en 2025 par rapport à 2024.
Les services aux particuliers figurent aussi parmi les secteurs en difficulté, avec un accroissement d’environ 14 % des défaillances. Là encore, la contraction ou la reconfiguration de la consommation des ménages affecte directement ces activités.
Le bâtiment recule, mais demeure le premier contributeur
Après une envolée des défaillances de 25,1 % en 2024, la construction amorce un reflux en 2025. Le secteur enregistre 14 383 procédures contre 14 842 l’année précédente, soit une baisse de 3,1 % selon Altares. Malgré ce repli, le bâtiment et les travaux publics restent, de loin, le premier contributeur au volume national de défaillances, représentant environ 21 % des procédures ouvertes.
D’autres segments, comme le transport routier de fret, montrent également une certaine résistance, avec un recul des défaillances de 16 % fin 2025 selon Altares.
Une crise désormais structurelle, nourrie par plusieurs facteurs
Les principaux acteurs s’accordent sur un diagnostic : l’effet de rattrapage post-Covid, lié à la sortie progressive des dispositifs exceptionnels de soutien, est désormais derrière nous. Les défaillances sont désormais largement pilotées par des facteurs structurels, qui pèsent sur la trésorerie des entreprises.
Premièrement, la fin des aides massives (« quoi qu’il en coûte », moratoires URSSAF, reports de charges) et l’arrêt du maintien artificiel d’entreprises non viables ramènent l’économie à une logique de marché plus stricte, comme le souligne la Banque de France. Les dirigeants sont davantage exposés à la réalité de leur niveau d’activité et de rentabilité.
Le contexte macroéconomique actuel combine une croissance atone, des coûts de l’énergie et de la logistique durablement élevés, ainsi que des taux d’intérêt hauts. Cette situation renchérit le crédit et pèse sur la trésorerie des entreprises endettées, réduisant leurs marges et leur capacité d’investissement.
Troisièmement, les délais de paiement entre entreprises s’allongent. En 2025, ils dépassent en moyenne 14 jours de retard, atteignant un pic depuis la crise sanitaire. Cette dérive du besoin en fonds de roulement fragilise particulièrement les PME les plus dépendantes de leur trésorerie courante, en les privant de liquidités à court terme.
À ces facteurs économiques s’ajoutent des incertitudes géopolitiques persistantes, qui alimentent la volatilité des coûts de production et renforcent l’aversion au risque d’investissement.
Une « mobilisation générale » contre les défaillances et les retards de paiement
Face à cette dégradation durable, les pouvoirs publics ont cherché à renforcer les dispositifs de prévention. En février 2026, le gouvernement a annoncé une « mobilisation générale » pour mieux détecter et accompagner les difficultés financières des entreprises. Une « charte de confiance » a été signée entre l’État, les médiateurs du crédit et les organisations économiques.
Cette initiative vise à détecter rapidement les difficultés de trésorerie pour engager plus tôt des actions de prévention et de restructuration, tout en renforçant la lutte contre les retards de paiement, qui fragilisent particulièrement les PME.
Dans ce contexte, la trajectoire des défaillances en 2026 dépendra largement de la capacité des entreprises à absorber la fin définitive des soutiens publics, le choc du remboursement des PGE et la normalisation progressive des conditions de crédit. Les premiers chiffres de l’année montrent toutefois que la crise des entreprises, loin de se résorber, tend à s’installer dans la durée.
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