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Assurance Vie : Les épargnants se tournent vers les fonds euros en mai 2026

par | Actualités
Publié le 5 juillet 2026

L’assurance vie a confirmé en mai 2026 son rôle de placement central pour l’épargne des ménages français, avec une collecte nette élevée et un retour marqué vers la sécurité des fonds en euros. Selon les données publiées début juillet par France Assureurs, les versements sur les contrats ont atteint 14 milliards d’euros sur le mois, pour une collecte nette de 4 milliards, un niveau record pour un mois de mai et nettement supérieur à la moyenne de la dernière décennie. Les fonds en euros ont concentré près des deux tiers des flux, illustrant une préférence accrue pour les supports garantis dans un contexte de taux réglementés en repli et d’incertitudes géopolitiques récentes.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un mois de mai très dynamique après les turbulences d’avril

Les chiffres de mai 2026 s’inscrivent dans la continuité d’un début d’année très favorable à l’assurance vie, tout en marquant une normalisation progressive après le « trou d’air » d’avril lié aux tensions au Moyen-Orient. En avril, la montée du risque géopolitique, déclenchée par un conflit armé et la fermeture du détroit d’Ormuz, avait provoqué une forte volatilité des marchés actions, avec un recul de 7,8 % du S&P 500 et des corrections dépassant 11 % sur certains autres indices mondiaux entre fin février et fin mars.

5,2 milliards d’euros

La collecte nette d’assurance vie a atteint un record historique pour un mois d’avril.

L’annonce d’une trêve temporaire au Moyen-Orient et le rebond rapide des marchés ont permis un retour partiel de la confiance dès mai. La part des unités de compte dans les cotisations est ainsi remontée à 34,71 %, soit 4,86 milliards d’euros sur les 14 milliards versés. Mais ce regain n’a pas empêché la poursuite d’un mouvement de fond : la montée en puissance des fonds en euros.

Les fonds euros raflent la majorité des versements

En mai 2026, les fonds en euros ont largement dominé la collecte. Les épargnants y ont dirigé 9,14 milliards d’euros, soit 65,29 % des cotisations du mois. Ce montant progresse d’environ 0,1 milliard d’euros par rapport à mai 2025, soit une hausse de l’ordre de 1 % sur un an, alors que les apports en unités de compte reculent d’un montant équivalent, soit environ −3 %.

Bon à savoir :

Selon les données du premier semestre 2026, le rendement moyen des fonds euros a atteint 2,60 % à 2,63 % net de frais de gestion, dépassant le Livret A à 1,5 %. Pour 2026, les performances sont projetées entre 2,5 % et 2,9 %, soutenues par des OAT 10 ans entre 3,8 % et 4,2 %.

D’autre part, les assureurs disposent encore d’importantes marges de manœuvre grâce à la provision pour participation aux bénéfices (PPB), qui dépasse 50 milliards d’euros. Cette réserve leur permet de lisser les rendements dans le temps et de soutenir les taux servis, en particulier sur les contrats les plus compétitifs. Plusieurs acteurs ont ainsi proposé, pour attirer les liquidités, des « fonds euros boostés » avec des rendements pouvant grimper jusqu’à 4,5 % voire 5 % bruts, sous conditions (montant minimal, proportion d’unités de compte, durée de détention).

Attention :

En 2025, les performances des fonds euros varient fortement : certains contrats comme Corum l’Épargne affichent 3,15% à plus de 4%, souvent avec des contraintes d’allocation, tandis que les réseaux bancaires traditionnels oscillent entre 1,6% et 2%, voire moins de 1% pour certaines offres.

Des unités de compte en repli relatif mais toujours portées par la collecte

Si la part des unités de compte a reculé par rapport aux niveaux observés avant la crise d’avril, ces supports restent un moteur important de la collecte. En mai, ils ont capté 4,86 milliards d’euros, soit un peu plus d’un tiers des versements. La baisse par rapport à mai 2025 est modérée en valeur (−0,1 milliard d’euro), et les rachats sur ces supports demeurent stables.

21,6

Sur les cinq premiers mois de l’année, la collecte nette cumulée des unités de compte atteint 21,6 milliards d’euros, représentant l’essentiel de la collecte totale de 28,7 milliards.

Cette configuration reflète un arbitrage progressif des épargnants : une partie de leurs nouveaux versements privilégie désormais la sécurité, mais les encours existants en unités de compte continuent de croître grâce à des souscriptions soutenues et à un niveau de rachats maîtrisé. La part des unités de compte dans les cotisations depuis le début de l’année se maintient d’ailleurs à un niveau élevé, autour de 38 %, en hausse de 11 % sur un an, contre +9 % pour les fonds euros.

Un premier semestre porté par la décollecte du Livret A et les PEL arrivant à maturité

Les flux exceptionnels observés sur l’assurance vie en 2026 s’expliquent en grande partie par l’évolution de l’épargne réglementée. Depuis le 1er février, le taux du Livret A a été abaissé à 1,5 %, un niveau jugé peu attractif dans un contexte de retour de l’inflation et de remontée des taux d’intérêt de marché. Cette baisse a entraîné une décollecte marquée : sur les quatre premiers mois de 2026, les sorties nettes du Livret A ont atteint environ 4,4 milliards d’euros, et sur les cinq premiers mois, la décollecte avoisine 5 milliards d’euros.

Astuce :

Une partie significative des capitaux se redéploie vers l’assurance vie, via des versements sur des contrats avec fonds euros bonifiés ou une combinaison de supports garantis et d’unités de compte. La légère remontée attendue du taux du Livret A (1,7% à 1,8% selon l’Insee) ne suffit pas à inverser la tendance, tandis que la fiscalité avantageuse de l’assurance vie renforce son attractivité.

Parallèlement, la vague de Plans d’Épargne Logement (PEL) arrivant à échéance ouvre un autre gisement important de capitaux. Entre 2026 et 2030, quelque 3,2 millions de PEL doivent atteindre leur maturité, représentant environ 93 milliards d’euros d’encours à replacer. Une partie non négligeable de ces montants est orientée vers l’assurance vie, perçue comme une enveloppe fiscalement efficiente et flexible pour gérer un capital à long terme.

Un cadre fiscal stable et désormais plus favorable que les autres enveloppes

Au-delà des considérations de rendement, la stabilité du cadre fiscal de l’assurance vie joue un rôle clé dans la dynamique actuelle. La loi de finances pour 2026 a relevé les prélèvements sociaux sur la plupart des revenus du capital, faisant passer la contribution globale (PFU inclus) de 30 % à 31,4 % sur les comptes-titres, PEA ou PER. L’assurance vie a été explicitement exclue de cette hausse : les prélèvements sociaux restent fixés à 17,2 %, préservant ainsi une fiscalité inchangée pour les souscripteurs.

Cette exception renforce l’écart de compétitivité de l’assurance vie par rapport aux autres enveloppes d’investissement et conforte sa place dans la stratégie patrimoniale des ménages. Paul Esmein souligne que cette stabilité réglementaire et fiscale permet de canaliser l’épargne de long terme vers le financement de l’économie productive, en particulier des entreprises en croissance.

Paul Esmein, directeur général de France Assureurs

Des encours au plus haut et un rôle accru dans le financement de l’économie

À la fin mai 2026, l’encours total de l’assurance vie en France a atteint 2 162 milliards d’euros, un nouveau record historique. Sur un an, la progression est de 5,7 %, soit 117 milliards d’euros supplémentaires. Ce stock considérable d’épargne de long terme est au cœur des politiques publiques visant à soutenir l’investissement, notamment dans les secteurs technologiques stratégiques.

5,3

Les assureurs se sont engagés à orienter 5,3 milliards d’euros vers des véhicules de capital-investissement dédiés aux technologies européennes clés lors de la troisième phase de l’initiative Tibi.

Une collecte solide malgré un léger ralentissement par rapport à avril

Si la collecte nette de mai (4 milliards d’euros) reste très élevée, elle se situe néanmoins en retrait par rapport au record d’avril (5,2 milliards). Ce léger fléchissement apparaît toutefois logique au regard du contexte. Les prestations (rachats, arbitrages sortants, versements en cas de décès) se sont établies à 10 milliards d’euros en mai, en léger recul sur un an, notamment en raison d’une baisse d’environ 5 % des retraits sur les fonds en euros. Les prestations liées aux unités de compte ont, elles, été globalement stables.

28,7

La collecte nette s’élève à 28,7 milliards d’euros, soit une progression de 7,3 milliards sur un an.

Dans ce contexte, le mouvement observé en mai – retour marqué vers les fonds en euros, maintien d’un flux significatif vers les unités de compte, et encours globaux au plus haut – confirme la capacité de l’assurance vie à absorber les chocs de marché tout en continuant d’attirer l’épargne des ménages. Les prochains mois diront si cette préférence pour la sécurité se prolonge, ou si la part des supports risqués remontera à mesure que l’environnement géopolitique et financier se stabilise.

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