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Le Livret A en pleine remontée : une revalorisation attendue en juillet

par | Actualités
Publié le 11 juin 2026

Le Livret A devrait voir sa rémunération remonter cet été, après plusieurs mois de baisse et dans un contexte de retour de l’inflation. Selon les estimations issues de l’application stricte de la formule réglementaire, son taux, actuellement fixé à 1,5 % net, pourrait atteindre environ 1,8 % à compter du 1er août 2026. Cette perspective, confirmée publiquement par Olivier Sichel, directeur général délégué de la Caisse des Dépôts, constitue un signal important pour les 58 millions de détenteurs de ce produit d’épargne emblématique, dont l’encours total s’élève à 445,2 milliards d’euros.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une remontée annoncée sur fond de retour de l’inflation

Après une phase de désinflation rapide fin 2025 et au tout début de 2026, la hausse des prix a nettement repris. L’inflation, qui n’était que de 0,3 % en janvier 2026, est montée à 0,9 % en février, puis 1,7 % en mars, pour atteindre 2,4 % sur un an en mai 2026. Cette accélération est principalement liée à la flambée des coûts de l’énergie, en particulier les produits pétroliers et le gaz, renchéris par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Bon à savoir :

Depuis décembre 2025, l’€STR, taux interbancaire de référence de la zone euro, s’est stabilisé autour de 1,93 %. Combinée au rebond de l’inflation, cette stabilité des taux monétaires de court terme entraîne mécaniquement une hausse du taux théorique du Livret A.

C’est dans ce contexte qu’Olivier Sichel a affirmé, lors d’une interview sur Public Sénat le 11 juin 2026, qu’une hausse de la rémunération du Livret A était attendue pour l’été. Il a également laissé entendre qu’au vu de la situation économique, le gouvernement pourrait s’aligner sur le résultat de la formule réglementaire.

Comment est calculée la future rémunération du Livret A

Le taux du Livret A est déterminé deux fois par an sur la base d’une formule fixée par la réglementation. Cette formule prend en compte la moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac et celle du taux interbancaire €STR. En intégrant les chiffres de l’inflation du printemps 2026, notamment ceux de mai et, à venir, de juin, le résultat arithmétique pointerait vers une fourchette comprise entre 1,7 % et 1,8 %.

Attention :

Le Gouverneur de la Banque de France transmet sa recommandation de taux au ministre vers mi-juillet. Le ministre peut suivre le résultat mathématique, arrondir le taux, ou déroger en gelant la rémunération pour limiter le coût du logement social ou inciter à la consommation.

Dans les circonstances actuelles, le scénario jugé le plus probable par plusieurs observateurs consiste en une application assez fidèle de la formule, conduisant à un taux cible proche de 1,8 %. Cette perspective correspond aux indications évoquées par Olivier Sichel, qui anticipe un suivi de la règle de calcul face au retour de l’inflation.

De 3 % à 1,5 % : un an de baisse brutale avant le rebond

La revalorisation attendue intervient après une séquence particulièrement défavorable pour les épargnants. Entre le début de l’année 2025 et le début de l’année 2026, le taux du Livret A a en effet été réduit de moitié : il est passé de 3 % à 1,5 %. La dernière baisse en date, intervenue le 1er février 2026, a ramené la rémunération de 1,7 % à 1,5 %, sur fond de ralentissement marqué de l’inflation en fin d’année 2025, celle-ci étant alors tombée sous le seuil de 1 %.

2,61 milliards

Le Livret A a enregistré une décollecte de 2,61 milliards d’euros entre janvier et mars 2026.

La perspective d’un relèvement à 1,8 % à l’été devrait contribuer à freiner, voire stopper, ces sorties de capitaux. Sans pour autant effacer totalement le différentiel de rendement avec d’autres supports, elle pourrait redonner de l’attractivité à ce produit garanti par l’État, totalement liquide et défiscalisé.

Un impact limité sur le pouvoir d’achat réel des épargnants

Pour les détenteurs du Livret A, la revalorisation envisagée sera avant tout symbolique et psychologique. Elle ne suffira pas à rétablir un rendement réel positif, c’est-à-dire supérieur à l’inflation. Avec un taux actuel de 1,5 % et une hausse des prix mesurée à 2,4 % en mai 2026, la performance réelle du Livret A est aujourd’hui de –0,9 %. Concrètement, un épargnant ayant atteint le plafond de 22 950 euros voit son pouvoir d’achat s’éroder d’environ 207 euros par an.

Exemple :

Si le taux passe à 1,8 % à partir du 1er août 2026, avec une inflation moyenne de 2 % sur l’année, le rendement réel serait d’environ –0,2 %. L’épargnant perdrait encore un peu de pouvoir d’achat, mais moins qu’actuellement.

Les projections publiées par l’OFCE en avril 2026 tablent d’ailleurs sur un recul global du pouvoir d’achat des ménages français de 0,4 % sur l’année. Face à cette situation, nombre de foyers piochent déjà dans leur épargne de précaution pour lisser leurs dépenses quotidiennes, indépendamment des fluctuations de taux des livrets réglementés.

Des arbitrages en chaîne sur l’ensemble de l’épargne réglementée

La revalorisation à venir du Livret A s’inscrira dans un mouvement plus large de révision des produits d’épargne réglementée. Le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS), dont le rendement est calé sur celui du Livret A, suivra automatiquement la même trajectoire. Le Livret d’Épargne Populaire (LEP), actuellement rémunéré à 2,5 % net, pourrait également être ajusté à la hausse, pour atteindre, selon les différents scénarios techniques, jusqu’à 2,7–2,8 %.

Astuce :

Indexé sur l’inflation, le LEP est un des rares supports garantis, liquides et défiscalisés offrant un rendement réel légèrement positif de +0,1% (inflation à 2,4%). Accessible uniquement aux ménages sous certains plafonds de revenus, il agit comme un amortisseur partiel face à la hausse des prix, malgré des budgets toujours contraints par l’énergie et les biens de première nécessité.

Les autres produits sécurisés restent globalement plus rémunérateurs, mais ne bénéficient pas des mêmes avantages en termes de fiscalité et de liquidité. Les fonds en euros des contrats d’assurance-vie, par exemple, ont affiché une performance moyenne comprise entre 2,6 % et 2,65 % en 2025, avec des projections pour 2026 allant de 2,5 % à 2,9 %, voire 3,5 % à 4 % pour certains contrats bonifiés. Ces rendements bruts doivent toutefois être diminués des prélèvements sociaux (17,2 %) et, le cas échéant, de l’impôt sur le revenu.

Comptes à terme : rendement et contraintes

Les comptes à terme offrent des taux bruts jusqu’à 3 % sur trois ans, soit environ 2,1 % nets après flat tax de 30 %. Ce rendement reste légèrement inférieur à l’inflation anticipée, avec un capital bloqué et des pénalités en cas de retrait anticipé.

Taux jusqu’à 3 % sur trois ans

Taux brut atteignant 3 % sur trois ans, soit environ 2,1 % nets après prélèvement forfaitaire unique de 30 %.

Rendement net inférieur à l’inflation

Le gain net est légèrement inférieur à l’inflation anticipée, réduisant le pouvoir d’achat réel de l’épargne.

Blocage du capital et pénalités

Capital bloqué pendant la durée du placement, avec pénalités financières en cas de retrait anticipé.

Le Livret A, toujours pilier de l’épargne de précaution

Malgré l’érosion de son rendement réel, le Livret A demeure présenté par les spécialistes comme un instrument incontournable pour l’épargne de court terme. Trois caractéristiques continuent de le distinguer nettement de la plupart des autres placements : la garantie intégrale du capital par l’État, la disponibilité immédiate des fonds et l’absence totale de fiscalité sur les intérêts.

445,2

L’encours global du livret d’épargne s’élève à 445,2 milliards d’euros répartis sur 58 millions de livrets.

La remontée attendue de son taux devrait renforcer ce positionnement. Elle pourrait aussi ralentir les transferts vers l’assurance-vie et les comptes à terme, sans pour autant les stopper, l’écart de rendement brut restant souvent en faveur de ces produits alternatifs pour les épargnants prêts à accepter une moindre liquidité ou une fiscalité plus lourde.

Une décision éminemment économique et politique

La fixation du futur taux du Livret A, qui sera arbitrée par le ministre de l’Économie et des Finances à la mi-juillet sur la base de la recommandation de la Banque de France, possède à la fois une dimension économique et politique. D’un côté, une remontée significative permettrait de limiter, au moins partiellement, la perte de pouvoir d’achat des ménages épargnants, dans un contexte où beaucoup d’entre eux doivent déjà puiser dans leurs économies pour faire face à la hausse généralisée des prix.

De l’autre, une augmentation trop marquée renchérirait le coût de financement du logement social, massivement adossé aux ressources collectées via le Livret A, et pourrait peser davantage sur les finances des organismes concernés. L’exécutif doit également composer avec l’objectif de soutenir la consommation des ménages, moteur essentiel de l’activité économique, en évitant de trop encourager la thésaurisation.

Entre ces impératifs parfois contradictoires, l’hypothèse d’une revalorisation modérée, proche des 1,8 % suggérés par la formule réglementaire, apparaît comme un compromis probable. Pour les épargnants, cette décision ne suffira pas à protéger pleinement leur pouvoir d’achat, mais elle marquera une inflexion nette par rapport à la séquence de baisse entamée un an plus tôt, et confirmera le retour du Livret A sur une trajectoire de remontée de sa rémunération.

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