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Trump impose une taxe de 20 % sur les cargaisons du détroit d’Ormuz

par | Actualités
Publié le 13 juillet 2026

L’administration de Donald Trump a annoncé l’instauration immédiate d’une taxe de 20 % sur la valeur de toutes les cargaisons transitant par le détroit d’Ormuz, en pleine flambée des tensions militaires avec l’Iran. Présentée comme une contribution obligatoire au financement de la protection assurée par l’US Navy, cette mesure unilatérale provoque une onde de choc sur les marchés de l’énergie, ravive les craintes d’inflation mondiale et ouvre un nouveau front juridique et géopolitique autour de la liberté de navigation.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une taxe unilatérale liée au contrôle militaire du détroit

Sur son réseau Truth Social puis lors d’un entretien à Fox News, Donald Trump a annoncé le rétablissement d’un blocus naval ciblant exclusivement les navires iraniens et ceux considérés comme leurs clients, tout en promettant un passage « libre » aux autres pavillons, à condition qu’ils s’acquittent d’un prélèvement de 20 % sur la valeur de leur cargaison.

Les États-Unis prennent de facto le contrôle opérationnel de la zone, se présentant comme le « Guardian of the Strait of Hormuz ». Cette taxe constitue une forme de « remboursement » des coûts engagés pour sécuriser ce passage maritime stratégique, redevenu un théâtre d’affrontements directs entre Washington et Téhéran.

Président américain

Ce dispositif s’ajoute à un blocus naval déjà renforcé par le commandement central américain (CENTCOM), qui a mené, dans les heures précédant l’annonce, une vaste campagne de frappes contre des cibles militaires iraniennes, notamment autour du port de Bandar Abbas et de l’île de Farur, afin de réduire les capacités iraniennes de déni d’accès à la zone.

Un détroit au cœur d’une crise militaire majeure

La décision américaine intervient dans un contexte d’escalade continuelle depuis le déclenchement, le 28 février 2026, d’un conflit opposant l’Iran à un axe américano-israélien. Cette confrontation a débuté après des frappes aériennes israélo-américaines ayant coûté la vie à l’ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, remplacé début mars par son fils Mojtaba Khamenei.

En réaction, Téhéran a progressivement restreint l’accès au détroit d’Ormuz et tenté de le transformer en « voie à péage souveraine », exigeant des droits de passage proches de 2 millions de dollars pour les navires jugés hostiles, payables en yuan. Ces mesures, combinées à des attaques contre des navires, ont paralysé plus de 94 % du trafic commercial dans le détroit.

Bon à savoir :

Un cessez-le-feu de 60 jours encadré par le G7 a été conclu mi-juin pour faciliter des négociations, mais les discussions ont échoué en raison de l’exigence iranienne d’imposer des ‘redevances de services maritimes’ pour la navigation et la protection de l’environnement, ce que Washington a refusé d’accepter.

La situation s’est brutalement détériorée au début de juillet. Donald Trump a déclaré la trêve « caduque », assortissant cette rupture d’une menace de représailles massives en cas de tentative d’assassinat contre sa personne. En retour, Mojtaba Khamenei a promis de venger la mort de son père et les forces iraniennes ont annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz « jusqu’à nouvel ordre », avant de frapper des navires marchands et des installations dans plusieurs pays du Golfe.

140

Les États-Unis ont mené 140 frappes aériennes contre des sites militaires iraniens, incluant des drones de surface kamikazes.

Parallèlement, le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) a officialisé la fermeture du détroit et menacé les États du Golfe, leur indiquant que toute coopération avec Washington serait considérée comme un acte de guerre. Des attaques ont également visé des bases américaines au Koweït, à Bahreïn, au Qatar et à Oman, tandis que la Jordanie annonçait intercepter plusieurs missiles iraniens ayant violé son espace aérien.

Un couloir énergétique vital quasi paralysé

Le détroit d’Ormuz constitue l’un des goulots d’étranglement les plus sensibles du commerce mondial d’hydrocarbures. Entre 20 % et 21 % des flux internationaux de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié y transitent en temps normal.

Exemple :

En juillet, la combinaison du blocus iranien, des frappes américaines et de l’insécurité a réduit le trafic à presque zéro : seuls six navires ont traversé le 12 juillet. Au port de Jebel Ali à Dubaï, l’activité a chuté de 90 % à 95 % au plus fort du blocage.

Cette asphyxie du trafic alimente directement la volatilité des marchés de l’énergie et fragilise l’ensemble des chaînes logistiques liées au commerce mondial, dans un contexte où les capacités de contournement demeurent limitées.

Choc immédiat sur les marchés pétroliers et financiers

L’annonce de la taxe américaine de 20 % sur les cargaisons, combinée à la reprise des hostilités, a déclenché un sursaut marqué des prix du pétrole. Le Brent de mer du Nord a grimpé d’environ 4,35 %, frôlant les 80 dollars le baril, tandis que le WTI américain progressait d’un peu plus de 4,4 %. Selon d’autres cotations, le Brent pour livraison en septembre s’échangeait autour de 79 à 79,75 dollars, quand le WTI évoluait entre 73,89 et 74,56 dollars.

Ces niveaux restent inférieurs au pic de 120 dollars atteint en avril, au plus fort de la guerre, mais la hausse soudaine ravive les craintes d’une nouvelle poussée inflationniste sur les produits énergétiques, puis sur l’ensemble des biens de consommation, via une augmentation des coûts de transport maritime.

Attention :

Les marchés actions ont fortement réagi négativement : en Asie, le Kospi sud-coréen a chuté de près de 8 % à 10 % et le Nikkei japonais a nettement reculé ; en Europe et à Wall Street, les grands indices comme le S&P 500 et le Nasdaq ont débuté en territoire négatif.

Dans un mouvement contre-intuitif au regard de l’escalade géopolitique, l’or et l’argent ont enregistré des replis prononcés en début de semaine. Le métal jaune est retombé vers 4 000 dollars l’once, une évolution attribuée davantage aux anticipations sur les prochains chiffres d’inflation aux États‑Unis et à l’audition annoncée du nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, qu’à la seule situation au Moyen-Orient.

Contestation juridique et fronde diplomatique

Sur le plan du droit international, la taxe américaine se heurte à une opposition frontale. L’Organisation maritime internationale (OMI), agence spécialisée des Nations unies, a rappelé qu’aucune base juridique ne permettait d’instaurer un péage obligatoire dans un détroit international pour le simple droit de passage.

Aucun pays n’est autorisé à prélever des droits ou péages sur une voie d’eau internationale

Secrétaire d’État américain Marco Rubio

En Europe, les réactions politiques sont particulièrement virulentes. Des responsables britanniques ont qualifié le projet de Donald Trump d’« extorsion économique » et de « violation flagrante du droit international », redoutant qu’une telle taxe ne déclenche une nouvelle vague d’inflation mondiale sur les biens de consommation courante.

L’Iran rejette catégoriquement la prétention américaine à gérer le détroit d’Ormuz ou à imposer un « tribut » aux navires étrangers. Le commandement militaire iranien, en particulier via le quartier général Khatam al-Anbiya, affirme qu’aucune ingérence de Washington ne sera tolérée et accuse les États-Unis de mettre en péril l’approvisionnement énergétique global.

Les États du Golfe pris en étau entre Washington et Téhéran

Les pays du Golfe, regroupés au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG), se retrouvent au cœur de cette confrontation. Dépendants de la protection militaire américaine mais directement exposés aux représailles iraniennes, ils rejettent tout autant les projets de péage de Téhéran que la nouvelle taxe américaine.

Lors d’une réunion ministérielle extraordinaire tenue fin juin à Manama, en présence de Marco Rubio, le CCG a publié un communiqué réaffirmant le principe de liberté inconditionnelle de navigation et rejetant « tout péage, taxe ou tentative de revendication de contrôle » sur le détroit d’Ormuz. Le Qatar a dénoncé l’utilisation du détroit comme « arme politique » ou « monnaie d’échange », prévenant que laisser l’Iran dominer le transit maritime reviendrait à placer la communauté internationale « en otage » des décisions de Téhéran.

Conseil de coopération du Golfe

Le sultanat d’Oman, qui partage avec l’Iran la souveraineté géographique sur le détroit, a lui aussi repoussé l’idée de droits de passage obligatoires. En coordination avec l’OMI, Mascate a proposé la création de couloirs de navigation temporaires et gratuits le long de ses côtes, afin de sécuriser un minimum de flux tant que la crise perdure.

Les États du Golfe dénoncent désormais avec la même vigueur la taxe américaine de 20 %, qu’ils jugent contraire à leurs intérêts économiques vitaux. Ils craignent que ce prélèvement ne renchérisse considérablement le coût de transport de leur propre pétrole et gaz, tout en « étranglant » l’économie mondiale.

Attaques ciblant les navires du Golfe et invocation de la défense collective

Les tensions se sont encore aggravées lorsque plusieurs navires du CCG ont été directement visés par les forces iraniennes. Parmi eux figurent le méthanier saoudien Wadiyan et le navire qatari Al Rekayyat, attaqués début juillet dans la zone du détroit.

Astuce :

Les capitales du Golfe ont condamné les actions, rappelé leur traité de défense commune et affirmé leur droit à la légitime défense collective. L’état-major iranien a prévenu que toute coopération avec le dispositif militaire américain, notamment pour un blocus ou une taxe, serait considérée comme une participation active contre l’Iran.

Cette situation place les monarchies du Golfe dans une position particulièrement délicate, prises entre la menace militaire iranienne et la pression politique et économique américaine.

Stratégies de contournement et limites structurelles

Face à la double pression de Téhéran et de Washington, les pays riverains tentent d’accélérer leurs projets de contournement du détroit d’Ormuz. Les Émirats arabes unis misent notamment sur le développement d’infrastructures portuaires et de pipelines vers la mer d’Arabie. L’oléoduc Habshan-Fujairah permet déjà de transporter du brut émirati vers la côte est du pays, sans transiter par le détroit.

DP World lance un port stratégique à Fujairah

Le géant portuaire de Dubaï a officiellement lancé la construction d’un nouveau port polyvalent et terminal à conteneurs sur la côte orientale des Émirats, face au golfe d’Oman. L’objectif est de débarquer les marchandises destinées à la péninsule avant de les redistribuer par route et rail (projet ferroviaire du CCG) vers Dubaï, Abou Dhabi et le reste de la région. L’installation pourrait être opérationnelle d’ici 18 mois.

Nouveau port multifonction

Vaste projet de port polyvalent et terminal à conteneurs à Fujairah, sur la côte orientale des Émirats, face au golfe d’Oman.

Redistribution régionale

Les marchandises débarquées seront redistribuées par la route et le rail (projet ferroviaire du CCG) vers Dubaï, Abou Dhabi et le reste de la péninsule.

Mise en service rapide

Selon DP World, l’installation pourrait être opérationnelle d’ici 18 mois seulement.

L’Arabie saoudite, de son côté, augmente le recours à son oléoduc Est‑Ouest pour acheminer le brut vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge. Mais malgré ces efforts, les experts soulignent que la capacité cumulée des infrastructures de contournement reste très inférieure aux flux habituels du détroit. Le déficit structurel est évalué à environ 12 millions de barils par jour en cas de fermeture totale d’Ormuz, ce qui signifie que le monde resterait fortement dépendant de ce passage, même en cas de montée en puissance rapide de ces itinéraires alternatifs.

Un nouveau précédent dans la politisation des routes maritimes

La taxe de 20 % imposée par Washington sur les cargaisons du détroit d’Ormuz marque un tournant dans la militarisation et la politisation des voies maritimes stratégiques. Elle prolonge et amplifie la tentative iranienne de faire du détroit un « péage souverain », tout en se heurtant aux mêmes objections juridiques, désormais reprises à la fois par l’OMI, les pays du Golfe et plusieurs capitales occidentales.

Au‑delà du bras de fer entre les États-Unis et l’Iran, l’épisode interroge la capacité du droit international de la mer à encadrer les crises dans les détroits stratégiques, ainsi que la résilience de l’économie mondiale face à la remise en cause, par les grandes puissances elles‑mêmes, du principe de liberté de navigation qui sous-tend le commerce global depuis des décennies.

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