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Modifications de MaPrimeRénov’ : nouveaux critères pour les travaux éligibles

par | Actualités
Publié le 28 juin 2026

La refonte de MaPrimeRénov’ engagée en 2026 bouleverse en profondeur les règles d’accès aux aides à la rénovation énergétique. Entre recentrage du dispositif sur les rénovations globales, fin progressive des subventions pour de nombreux « gestes » isolés et interdiction programmée du chauffage au gaz dans les parcours accompagnés, les critères d’éligibilité aux travaux sont profondément remaniés, avec des effets immédiats pour les ménages comme pour les professionnels du bâtiment.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un tournant budgétaire et stratégique pour la rénovation énergétique

L’année 2026 marque un virage majeur pour la politique publique de rénovation énergétique des logements. Le dispositif MaPrimeRénov’ fait l’objet d’une révision d’ampleur, motivée à la fois par des contraintes budgétaires et par la volonté d’accélérer la décarbonation du chauffage résidentiel.

3,6

Le budget alloué à MaPrimeRénov’ en 2026 s’élève à 3,6 milliards d’euros

Parallèlement, le financement de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), qui gère le dispositif, a été réduit de 500 millions d’euros par rapport à l’année précédente, et les crédits de paiement spécifiques évoqués pour MaPrimeRénov’ reculent de 2 milliards d’euros à 1,5 milliard. Dans ce contexte resserré, l’État concentre les aides sur les opérations jugées les plus efficaces en termes de baisse durable des consommations et des émissions.

Deux parcours distincts, des règles d’entrée resserrées

MaPrimeRénov’ repose désormais sur deux grands parcours, aux logiques et publics cibles distincts, avec des critères techniques plus stricts pour les travaux éligibles.

Parcours « par geste » : des aides ciblées et réservées aux revenus modestes

Le « parcours par geste » propose des montants forfaitaires pour des travaux ciblés, principalement en chauffage et en isolation, sans exigence de rénovation globale. Il est désormais strictement réservé aux ménages aux revenus très modestes, modestes ou intermédiaires, classés selon des plafonds de revenus par couleur (Bleu, Jaune, Violet). Les foyers à revenus élevés (profil Rose) sont exclus de ce parcours.

Le logement doit être la résidence principale du demandeur et avoir plus de 15 ans. Les travaux doivent être réalisés par des artisans labellisés RGE (Reconnu garant de l’environnement). Les aides peuvent se cumuler avec les certificats d’économies d’énergie (CEE), et le reste à charge peut être financé par un éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) pouvant atteindre 50 000 euros, remboursable sur 20 ans.

Bon à savoir :

Les aides financent désormais uniquement les pompes à chaleur (air-eau, hybrides, géothermiques ou solaires), poêles/inserts à bois, chauffe-eau thermodynamiques ou solaires, et le raccordement à un réseau de chaleur. En isolation, seules la toiture/combles, rampants/toitures-terrasses et le remplacement de simple vitrage par double vitrage sont éligibles.

Dès le 1er janvier 2026, l’isolation des murs (intérieure comme extérieure) et les chaudières biomasse (granulés ou bûches) ont été définitivement sorties de ce parcours. Ces travaux ne peuvent plus bénéficier d’aides MaPrimeRénov’ que s’ils s’inscrivent dans une rénovation d’ampleur.

Parcours « accompagné » : la rénovation d’ampleur recentrée sur la performance

Le « parcours accompagné » vise les rénovations globales, avec un objectif de saut significatif de performance énergétique. Il est ouvert à l’ensemble des ménages, y compris les plus aisés (profil Rose), mais avec des taux de prise en charge modulés selon les ressources.

Attention :

Les logements doivent être des passoires thermiques classés E, F ou G avant travaux. Le projet doit permettre un gain d’au moins deux classes DPE et inclure au minimum deux actions d’isolation thermique (murs, toiture, planchers ou fenêtres). Tous les gestes d’isolation et équipements peuvent être subventionnés sous réserve de cohérence globale du bouquet de travaux.

Pour ce parcours, le recours à un opérateur agréé « Mon Accompagnateur Rénov’ » est obligatoire sur toute la durée du projet. Ce professionnel réalise un audit énergétique préalable (systématique pour les logements construits avant 2001), aide à définir le programme de travaux, monte le dossier d’aide et contrôle la conformité et la performance à l’issue du chantier. Depuis février 2026, un entretien personnalisé avec un conseiller public France Rénov’ est imposé avant tout dépôt de dossier, afin de sécuriser les choix techniques et de limiter les fraudes.

Les taux de prise en charge peuvent atteindre jusqu’à 80 %, voire 90 % pour les ménages très modestes, avec un plafond d’aide pouvant monter jusqu’à 32 000 euros pour ce profil. Les dépenses éligibles sont désormais plafonnées en fonction du gain de classes DPE obtenu : 30 000 euros hors taxes maximum pour un gain de deux classes, 40 000 euros pour un gain de trois classes ou plus. Pour les ménages les plus aisés, le taux de couverture peut descendre autour de 20 à 30 %, incitant à un cofinancement privé plus important.

Fin progressive des aides au « geste » et recentrage sur le chauffage décarboné

Au-delà du recentrage déjà engagé au 1er janvier 2026, une nouvelle étape a été annoncée par le ministère du Logement fin juin 2026 : à compter de septembre, une large partie des travaux dits « par geste » ne seront plus subventionnés en tant qu’actions isolées.

Dans le parcours par geste, les aides pour l’isolation de toitures et de combles, le remplacement des fenêtres, l’installation de poêles à bois ou à granulés, les chauffe-eau solaires et systèmes de chauffage solaire (hors outre-mer), les chauffe-eau thermodynamiques dédiés à l’eau chaude sanitaire ainsi que les systèmes de ventilation (type VMC double flux) doivent sortir de la liste des travaux éligibles en tant que gestes individuels.

Astuce :

À la même échéance, les dernières aides « par geste » seront quasiment entièrement concentrées sur le déploiement de systèmes de chauffage électriques performants : installation de pompes à chaleur (principalement air-eau et géothermiques), raccordement à un réseau de chaleur ou de froid, et opérations de retrait de cuves à fioul. Cette orientation s’inscrit dans un plan plus large d’électrification des usages de chauffage, présenté par le gouvernement au printemps.

Tous les travaux retirés du parcours par geste restent en revanche finançables à condition d’être intégrés dans une rénovation d’ampleur, dans le cadre du parcours accompagné. Cette bascule vise à éviter le saupoudrage de petits travaux isolés jugés peu efficaces sur la performance globale du logement, et à orienter les ménages vers des projets plus complets.

Interdiction progressive du chauffage fossile dans les rénovations globales

Parallèlement au recentrage sur les équipements électriques et réseaux de chaleur, le dispositif durcit ses exigences à l’égard des systèmes fonctionnant aux énergies fossiles, en particulier le gaz.

Bon à savoir :

À partir du 1er septembre 2026, les rénovations d’ampleur en maison individuelle ne pourront plus bénéficier de MaPrimeRénov’ si le logement conserve un chauffage au gaz, au fioul ou au charbon. Les projets devront obligatoirement installer un système décarboné comme une pompe à chaleur, une chaudière biomasse ou un raccordement à un réseau de chaleur.

Cette mesure découle de la stratégie de sortie progressive des combustibles fossiles et vise à éviter que l’argent public finance des rénovations globales qui maintiendraient durablement la dépendance des ménages aux fluctuations des prix du gaz et du pétrole.

Trajectoire spécifique pour les « passoires thermiques »

Les propriétaires de logements très énergivores, classés F ou G, bénéficient d’un régime transitoire. Ils peuvent encore mobiliser le parcours par geste jusqu’au 31 décembre 2026, mais uniquement pour les quelques travaux qui resteront encore éligibles à cette date. À compter du 1er janvier 2027, cette possibilité disparaîtra pour eux : l’accès aux aides publiques sera conditionné à la mise en œuvre d’une rénovation d’ampleur via le parcours accompagné.

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Suppression de la bonification de 10 % qui récompensait le passage d’une classe F ou G à une classe E ou mieux à partir de début 2026

Des conséquences lourdes pour les ménages et les professionnels

Ces nouvelles règles modifiant les travaux éligibles à MaPrimeRénov’ ne sont pas sans effet sur le terrain. Pour les ménages ne pouvant assumer le coût d’une rénovation globale, chiffrée à plusieurs dizaines de milliers d’euros, l’augmentation immédiate du reste à charge est redoutée. La fin progressive de l’aide pour des gestes isolés comme l’isolation des combles ou le changement de fenêtres pourrait bloquer de nombreux projets à un stade intermédiaire.

Attention :

Le parcours de demande d’aides se complexifie : rendez-vous préalable obligatoire avec un conseiller France Rénov’, recours imposé à un Mon Accompagnateur Rénov’, audits énergétiques avant et après travaux, et délais de traitement des dossiers par l’Anah pouvant atteindre plusieurs mois.

Du côté des professionnels, les principales organisations du bâtiment, comme la Fédération française du bâtiment (FFB) et la CAPEB, ont fait part de leurs fortes inquiétudes. Elles craignent une chute d’activité pour les artisans spécialisés dans l’isolation, la menuiserie ou l’installation de poêles, directement impactés par la réduction de la liste des travaux éligibles « par geste ». Certains acteurs mettent aussi en garde contre un risque technique : déployer massivement des pompes à chaleur dans des logements insuffisamment isolés pourrait conduire à une surconsommation d’électricité et à des performances réelles en deçà des objectifs.

Bon à savoir :

La combinaison de MaPrimeRénov’, des certificats d’économies d’énergie (CEE) et de l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) est cruciale pour réduire le reste à charge, surtout pour les ménages modestes. La nouvelle réforme des aides impose un changement rapide d’échelle et de pratiques pour tous les acteurs (propriétaires, artisans, accompagnateurs) en se recentrant sur les rénovations globales et le chauffage décarboné.

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