L’entrée en vigueur, le 1er août 2026, d’une hausse du taux du Livret A à 1,70 % ne s’accompagne d’aucune modification du Livret d’épargne populaire (LEP), maintenu à 2,50 %. Ce choix du gouvernement, annoncé le 15 juillet par le ministre de l’Économie Roland Lescure sur proposition du nouveau gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin, entérine deux logiques distinctes pour ces produits d’épargne pourtant tous deux réglementés.
Le Livret A est ajusté selon une formule légale stricte, tandis que le LEP bénéficie d’un coup de pouce politique pour protéger le pouvoir d’achat des ménages modestes, créant ainsi un écart de rémunération marqué entre les deux livrets.
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Ce qui change au 1er août pour le Livret A, pas pour le LEP
À compter du 1er août, le taux du Livret A passe de 1,50 % à 1,70 %. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) est aligné sur cette même rémunération de 1,70 %. Le Compte épargne logement (CEL) progresse mécaniquement de 1,00 % à 1,25 %, et le minimum réglementaire du Livret Jeune est également remonté à 1,70 %, les banques pouvant proposer davantage.
Le taux du Livret d’Épargne Populaire (LEP) est maintenu à 2,50 % pour protéger les ménages modestes, malgré une formule de calcul qui aurait dû le réduire à environ 2,20 %.
Le plafond de versement du LEP reste fixé à 10 000 euros, inchangé depuis sa revalorisation de fin 2023. Au‑delà de ce montant, seuls les intérêts capitalisés peuvent faire dépasser ce seuil, sans nouveaux dépôts possibles.
Une hausse du Livret A strictement calée sur la formule
La revalorisation du Livret A à 1,70 % découle directement du mécanisme prévu par le décret du 17 janvier 2021. Pour la période de janvier à juin 2026, la Banque de France a retenu une inflation moyenne hors tabac de 1,52 % et un taux interbancaire €STR moyen de 1,95 %. La formule consiste à faire la moyenne de ces deux grandeurs, soit un résultat brut de 1,73 %, arrondi au dixième le plus proche, soit 1,70 %.
L’exécutif a choisi de s’en tenir strictement à ce résultat, sans geste supplémentaire. Certains acteurs, comme la Caisse des Dépôts, espéraient une majoration politique à 1,80 %, qui aurait légèrement amélioré la rémunération des épargnants mais renchéri encore le coût du financement du logement social et de la politique de la ville, massivement adossés aux encours du Livret A et du LDDS.
La Caisse des Dépôts
Cette application stricte tranche avec la période récente : le taux du Livret A avait été gelé à 3,00 % entre février 2023 et janvier 2025, avant d’être fortement abaissé à 1,50 % au 1er février 2026, son plus bas niveau depuis 2022. La hausse à 1,70 % vise notamment à enrayer les sorties de capitaux observées depuis le début de l’année.
Un contexte de retour de l’inflation en 2026
Les décisions sur les taux interviennent dans un environnement d’inflation en redémarrage. Après une année 2025 marquée par une hausse moyenne des prix limitée à 0,9 %, les tensions géopolitiques au Moyen‑Orient au printemps 2026 ont entraîné un renchérissement brutal de l’énergie et des carburants.
Inflation moyenne hors tabac en France de janvier à juin 2026, retenue pour la formule de revalorisation des loyers.
Pour l’ensemble de l’année 2026, les projections d’Insee et de l’OFCE convergent vers une inflation annuelle moyenne comprise entre 1,8 % et 2,0 %. Le gouvernement retient pour ses calculs une estimation autour de 2,00 %, qui sert de référence pour évaluer les rendements réels de l’épargne réglementée.
Livret A : une rémunération toujours inférieure à l’inflation
Avec un taux de 1,70 % à partir d’août, le Livret A offre un rendement nominal légèrement inférieur à l’inflation anticipée pour 2026. En retenant un niveau moyen des prix de 2,00 %, le rendement réel du Livret A ressort autour de -0,30 % sur la période postérieure à la revalorisation, et à environ -0,40 % pour l’ensemble de l’année, une fois prise en compte la moyenne pondérée de 1,60 % (six mois à 1,50 %, six mois à 1,70 %).
Un épargnant qui place 5 000 euros sur un Livret A au taux de 1,70 % perçoit 85 euros d’intérêts bruts par an. Avec 10 000 euros, les intérêts s’élèvent à 170 euros, et au plafond de 22 950 euros, ils atteignent environ 390 euros. Malgré ces gains, ils restent inférieurs à la perte de pouvoir d’achat causée par l’inflation.
Cette érosion de la valeur réelle de l’épargne s’inscrit dans la durée. Les autorités assument ce décalage au nom de l’équilibre entre la protection des épargnants et le maintien de conditions de financement soutenables pour les politiques publiques qu’alimentent les fonds collectés, notamment le logement social.
LEP : un « coup de pouce » pour les ménages modestes
À l’inverse du Livret A, le LEP échappe volontairement à la mécanique stricte de la formule. Sur la base des mêmes paramètres macroéconomiques, son taux aurait mécaniquement dû baisser autour de 2,20 %–2,30 %. Sur recommandation du gouverneur de la Banque de France, le gouvernement a décidé de maintenir le taux à 2,50 %, marquant un choix assumé en faveur des ménages les plus modestes.
Avec un taux de 2,50 % et une inflation annuelle autour de 2,00 %, le rendement réel du LEP est positif, proche de +0,50 %, préservant ainsi légèrement le pouvoir d’achat, contrairement au Livret A. L’écart de rémunération avec le Livret A est de 0,8 point, supérieur au différentiel minimal réglementaire de 0,5 point.
Cette générosité relative s’inscrit dans la vocation du LEP : offrir une épargne garantie, liquide et défiscalisée aux foyers à revenus modestes, de manière plus protectrice que les autres livrets réglementés.
Des conditions d’accès au LEP strictement encadrées
L’accès au LEP reste toutefois conditionné aux revenus. Le maintien du taux à 2,50 % ne s’accompagne d’aucune modification des plafonds de ressources, déjà relevés au printemps 2026 à la suite de la revalorisation du barème de l’impôt sur le revenu.
Le revenu fiscal de référence maximal pour une personne seule éligible au Livret d’épargne populaire (LEP) en métropole est désormais de 23 028 euros.
Les banques vérifient automatiquement l’éligibilité de leurs clients auprès de l’administration fiscale. Une règle de tolérance sur deux ans s’applique : un dépassement ponctuel du plafond n’entraîne pas la fermeture immédiate du compte, mais deux dépassements consécutifs obligent l’établissement à clore le LEP.
Fuite des encours du Livret A et montée en puissance du LEP
La chute brutale des taux intervenue le 1er février 2026, avec le passage du Livret A de 3,00 % à 1,50 %, a profondément modifié le comportement des épargnants. Entre janvier et mai 2026, le Livret A et le LDDS ont enregistré plus de 5 milliards d’euros de retraits nets, un niveau historiquement élevé pour ces supports sans risque.
Nombre de Livrets d’Épargne Populaire ouverts en France fin 2025, en hausse face à l’inflation.
Le maintien du taux de 2,50 % en août renforce encore l’attractivité du LEP par rapport au Livret A. Il répond à un double objectif : soutenir le pouvoir d’achat des ménages les plus fragiles, tout en préservant l’encours global de l’épargne réglementée, dont une part significative demeure collectée via ces livrets.
Derrière l’ajustement technique des taux se joue également l’équilibre du financement public. Les ressources issues du Livret A et du LDDS sont centralisées en grande partie par la Caisse des Dépôts, qui les utilise pour prêter aux organismes de logement social et financer des projets liés à la transition écologique et à la politique de la ville.
Une augmentation trop forte du taux du Livret A renchérit le coût des financements du logement social, ce qui freine le gouvernement malgré les demandes de certains acteurs pour un taux à 1,80 %.
Dans ce cadre, le maintien du LEP à 2,50 % apparaît comme un compromis : la dépense publique implicite est concentrée sur un public ciblé, tandis que le Livret A, massivement diffusé, reste à un niveau de taux plus bas, mais strictement conforme à la formule.
Deux livrets, deux logiques d’arbitrage pour les épargnants
À l’issue de ces arbitrages, le paysage de l’épargne réglementée française se structure autour de deux logiques distinctes. Le Livret A et le LDDS restent des poche de liquidités sécurisées, largement diffusées, mais dont la rémunération ne couvre pas totalement l’inflation attendue pour 2026, entraînant une légère perte de pouvoir d’achat.
Le LEP offre une sécurité, une liquidité et un rendement réel positif supérieurs pour une population ciblée. Avec un taux maintenu à 2,50 % contre 1,70 % pour le Livret A, l’écart d’attractivité se creuse, ce qui influence les arbitrages des ménages entre consommation, épargne de précaution et placements à long terme, surtout en période de hausse de l’inflation.
Pour les 30 millions de Français potentiellement éligibles mais non encore titulaires d’un LEP, les décisions de juillet et août 2026 renforcent l’intérêt de vérifier leur droit à ce livret, qui reste le seul à offrir, dans la gamme des produits réglementés, un pouvoir d’achat préservé, voire légèrement amélioré.
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