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Lisbonne : les habitants contestent une exemption environnementale pour un méga-projet immobilier

par | Actualités
Publié le 2 septembre 2026

Un vaste projet immobilier prévu sur l’ancien site militaire d’Artilharia Um, en plein cœur de Lisbonne, fait l’objet d’une vive contestation après avoir été dispensé d’une étude d’impact environnemental. Des collectifs de riverains accusent les autorités portugaises d’avoir contourné le droit européen et ont saisi à la fois la Commission européenne et la justice nationale pour faire annuler l’exemption et exiger une évaluation indépendante.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un projet géant au centre de Lisbonne au cœur de la polémique

Le projet concerne les anciens terrains du Quartel da Artilharia Um, dans le quartier de Campolide, zone des Amoreiras, sur une emprise foncière de près de 5 hectares, soit 49 885 m². Longtemps abandonné, ce site stratégique est entouré par l’avenue Engenheiro Duarte Pacheco, l’avenue Conselheiro Fernando de Sousa, la rue Marquês de Fronteira et la rue de Artilharia 1.

683

Nombre total de logements prévus dans le plan d’urbanisation, soit 113 de plus que le projet initial approuvé en 2016.

Malgré cette ampleur, la Commission de coordination et de développement régional de Lisbonne et de la vallée du Tage (CCDR-LVT) a décidé d’exempter l’opération de la procédure d’Avaliação de Impacte Ambiental (AIA), l’étude d’impact environnemental prévue par la législation portugaise et européenne pour les projets de grande envergure.

Une exemption d’étude d’impact au cœur du conflit juridique

Au cœur du bras de fer se trouve l’interprétation donnée par la CCDR-LVT au cadre légal. Selon les collectifs de riverains, la loi impose un examen environnemental approfondi pour tout projet dépassant notamment un seuil de 500 logements. Avec 683 unités prévues, Artilharia Um franchit nettement cette limite.

Bon à savoir :

Les autorités régionales ont qualifié un nouveau développement de simple « modification » d’un permis de lotissement de 2016, antérieur au renforcement des exigences en matière d’AIA. Cette interprétation a permis d’éviter l’étude d’impact obligatoire, contournant ainsi les règles plus strictes.

Les opposants dénoncent une manœuvre administrative visant à contourner les contrôles écologiques, évoquant une exploitation d’une « faille réglementaire ». Ils affirment que la nature et l’échelle du projet actuel, plus dense et intervenant dans un contexte urbain et environnemental différent de celui de 2016, imposent une nouvelle évaluation complète.

Le mouvement de résidents « Movimento Artilharia Um », qui s’est structuré autour de cette contestation, demande à la Commission européenne de vérifier si la décision de la CCDR-LVT et, plus largement, de l’État portugais est conforme à la directive européenne sur l’évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l’environnement.

Saisine de la Commission européenne et du ministère public portugais

Face au refus des autorités nationales d’imposer une AIA, les riverains ont internationalisé le dossier. Le 30 juillet 2026, le « Movimento Artilharia Um » a déposé une plainte formelle auprès de la Direction générale de l’environnement de la Commission européenne, visant explicitement l’État portugais. Le collectif accuse Lisbonne de ne pas respecter les obligations européennes en matière d’évaluation environnementale.

Attention :

Le mouvement a rendu publique sa démarche à la mi-août 2026 et saisi le ministère public portugais. La requête demande un contrôle de légalité du projet, incluant l’annulation ou la révision du permis de lotissement d’Artilharia Um.

Dans son argumentaire, le collectif met en avant plusieurs axes : validité contestée du permis de 2016 dans le contexte réglementaire actuel, non-respect présumé du Plan directeur municipal (PDM) de Lisbonne, et irrégularités alléguées dans les études techniques ayant soutenu la décision d’exemption.

L’association de défense du patrimoine urbain « Fórum Cidadania LX » appuie également les contestataires. Elle demande formellement à la mairie de Lisbonne de déclarer caduc le lotissement approuvé en 2016, estimant que les conditions urbaines, environnementales et réglementaires ont profondément changé.

Alertes internes sur l’environnement et la mobilité

Les critiques citoyennes se trouvent renforcées par plusieurs avis techniques défavorables émis au sein même de l’administration municipale. La Direction municipale de l’environnement de Lisbonne a ainsi rendu un avis négatif sur le projet, pointant notamment une dégradation significative de la couverture végétale et un non-respect de plusieurs objectifs écologiques du PDM.

Exemple :

Le projet prévoit l’abattage de près de 70 arbres adultes. La surface de végétation pondérée après aménagement serait environ 30 % sous le minimum du Plan directeur municipal, ce que les opposants jugent contraire aux objectifs climatiques de la ville.

Sur le volet de la mobilité, la Direction municipale compétente a qualifié l’impact du projet d’« insoutenable ». Les données fournies par le promoteur reposent sur une étude de trafic réalisée en 2021, à un moment où le Portugal était encore soumis à des mesures strictes de confinement liées à la pandémie de Covid-19. Écoles fermées, télétravail généralisé et restrictions de déplacement avaient alors réduit artificiellement la circulation dans un secteur déjà décrit comme saturé.

Astuce :

Pour les résidents, cette étude ne reflète pas la réalité quotidienne de la zone des Amoreiras en situation normale et minimise l’impact de centaines de logements supplémentaires, de milliers de mètres carrés de bureaux et de commerces sur les axes routiers environnants. Le projet prévoit par ailleurs une diminution d’environ 15 % des places de stationnement public dans le périmètre, alors même que le nombre de logements doit augmenter de l’ordre de 20 % par rapport au plan initial.

Enjeux de logement, spéculation et modèle urbain

Au-delà des aspects strictement procéduraux, la contestation du projet Artilharia Um se nourrit du contexte social et urbain plus large de Lisbonne. La capitale connaît une crise du logement qualifiée d’historique, marquée par la hausse rapide des prix, la difficulté d’accès à un habitat abordable et la pression croissante du tourisme et de la spéculation immobilière.

Le choix de destiner un terrain public stratégique du centre-ville à un programme essentiellement haut de gamme, sans aucun volet de logement social ou abordable, est vivement critiqué. Les opposants dénoncent un projet conçu pour le segment supérieur du marché, déconnecté des besoins des habitants de la ville en matière de logement et d’espaces verts.

Opposants au projet

Les collectifs insistent toutefois sur le fait qu’ils ne s’opposent pas par principe à l’urbanisation de ce vaste terrain, abandonné depuis des décennies. Ils réclament une opération conforme aux règles environnementales et urbanistiques en vigueur en 2026, intégrant une part significative de logements accessibles, un renforcement de la trame verte et une meilleure prise en compte de la mobilité durable.

Mobilisation citoyenne et pression sur la mairie de Lisbonne

La contestation s’est organisée localement avec la création du « Movimento Artilharia Um », qui a multiplié les démarches institutionnelles et les actions publiques. Une pétition citoyenne a recueilli plus de 500 signatures avant d’être remise à l’Assemblée municipale de Lisbonne au printemps 2026. Faute de réponse jugée satisfaisante, les opposants ont ensuite porté l’affaire devant les tribunaux et les instances européennes.

Mobilisation à Lisbonne : logement et écologie

Au printemps 2026, des milliers de Lisboètes manifestent contre la crise du logement et l’impasse écologique, portés par la plateforme citoyenne Casa para Viver.

Crise du logement et financiarisation

Le mouvement dénonce la financiarisation du foncier et l’essor du tourisme qui aggravent la pénurie de logements abordables.

Exigence d’une transition écologique

Les manifestants lient le droit au logement à une transition urbaine respectueuse de l’environnement, refusant l’impasse écologique actuelle.

Une mobilisation citoyenne élargie

À l’appel de la plateforme Casa para Viver, des milliers de personnes défilent dans les grandes avenues de Lisbonne pour porter ces revendications.

Parallèlement, le Plan directeur municipal de Lisbonne est en cours de révision. Les cycles de débats publics organisés autour de ce nouveau PDM ont mis en évidence une demande croissante de résilience climatique, de limitation du « tout béton » spéculatif et de développement d’infrastructures vertes durables. Dans ce contexte, le dossier Artilharia Um est devenu un symbole des tensions entre stratégie immobilière, respect des normes environnementales et aspirations citoyennes.

Une décision désormais entre les mains de Bruxelles et de la justice portugaise

La suite du dossier dépend désormais de la double procédure engagée à Bruxelles et à Lisbonne. La Commission européenne doit examiner la plainte du « Movimento Artilharia Um » et déterminer si les autorités portugaises ont respecté ou non la directive relative à l’évaluation des incidences sur l’environnement. En cas de manquement constaté, l’exécutif européen pourrait ouvrir une procédure d’infraction contre le Portugal.

Sur le plan interne, le ministère public est appelé à se prononcer sur la légalité du permis de lotissement et sur la conformité du projet avec le PDM et la réglementation environnementale nationale. Les opposants demandent au minimum la réalisation d’une étude d’impact complète, indépendante, et mise à jour, intégrant les nouvelles données climatiques, urbaines et sociales.

Dans l’attente, le projet Artilharia Um cristallise le débat sur le modèle de développement de Lisbonne : densification sans filet écologique ni volet social, ou réaménagement d’un site stratégique au service de la ville, compatible avec les objectifs climatiques et le droit européen. Les décisions à venir de la Commission européenne et de la justice portugaise pourraient faire de ce dossier une jurisprudence de référence pour les grands projets urbains dans la capitale portugaise.

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