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Baisse continue des prix à la production en France : mai 2023 en revue

par | Actualités
Publié le 30 juin 2026

La dynamique des prix à la production en France a connu un tournant décisif au printemps 2023. En mai, les tarifs sortant des usines et des exploitations agricoles ont reculé nettement, marquant une rupture avec le choc inflationniste de 2022 et ouvrant une phase de désinflation durable. Cette inflexion, détaillée par plusieurs publications de l’Insee et réévaluée par un rapport du Sénat publié en 2026, éclaire à la fois l’amélioration du contexte énergétique, les tensions sur les marges industrielles et les limites de la transmission des baisses de coûts aux consommateurs.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Recul marqué des prix industriels en mai

En mai 2023, les prix de production de l’industrie pour le marché français ont diminué de 1,4 % sur un mois, selon l’Insee. Ce repli intervient après une chute déjà qualifiée d’historique de 4,1 % en avril. Sur un an, la hausse des prix industriels, qui restait positive, a nettement ralenti pour s’établir à 3,4 %, contre 5,0 % en avril et près de 15 % en janvier.

Bon à savoir :

L’envolée des prix de l’énergie due à la guerre en Ukraine a provoqué une hausse annuelle de plus de 20 % des prix à la production fin 2022. La tendance s’est inversée au printemps 2023 grâce au reflux des cours de l’énergie et des matières premières.

La forte contribution de l’énergie à cette correction apparaît clairement dans les données détaillées. Si l’on exclut ce poste, le recul mensuel des prix industriels en mai se limite à 0,5 %, après -0,3 % en avril, montrant que la phase de détente reste d’abord tirée par les composantes énergétiques.

L’énergie et le raffinage au cœur de l’inflexion

La principale source de baisse observée en mai 2023 provient des secteurs liés à l’énergie. Pour le bloc « industries extractives, énergie, eau », les prix sur le marché intérieur reculent de 2,2 % sur un mois, après un effondrement de 13,9 % en avril. L’électricité, en particulier, joue un rôle déterminant : les prix de production et de commercialisation chutent de 2,1 % en mai, après une contraction de 15,1 % le mois précédent.

100

Le prix moyen de l’électricité pour les clients professionnels repasse sous les 100 euros par mégawattheure sur le marché de gros, un seuil inédit depuis août 2021.

Le raffinage et la cokéfaction accentuent le mouvement. Sur le marché intérieur, les prix des produits pétroliers raffinés diminuent de 7,8 % en mai, après -4,8 % en avril, dans le sillage du recul des cours mondiaux du Brent. Sur les marchés à l’exportation, la baisse est encore plus marquée : -11,0 % sur un mois, après -1,5 % en avril. Sur un an, les prix du raffinage pour le marché domestique plongent de 36,7 %, illustrant la brutalité du retournement par rapport aux sommets de 2022.

Cette normalisation progressive des prix du gaz, de l’électricité et des produits pétroliers constitue l’un des ressorts majeurs de la décrue des coûts de production en France.

Matières premières agricoles et produits chimiques en net repli

Au-delà de l’énergie, les prix des matières premières agricoles se détendent rapidement. En mai 2023, l’Insee mesure une baisse de 9,4 % sur un an des prix de la production agricole, après une diminution déjà marquée de 6,1 % en avril. Il s’agit de la plus forte contraction annuelle depuis octobre 2009, où le recul avait atteint 10,5 %. Cette correction s’explique notamment par la chute des cours mondiaux des céréales (blé, maïs) et des oléagineux, portée par des perspectives de récoltes abondantes pour la campagne 2023‑2024.

16,4

Les prix des engrais, composés azotés et produits chimiques inorganiques de base ont baissé de 16,4 % en mai 2024.

Le secteur des industries agroalimentaires enregistre lui aussi un premier fléchissement : les prix de production des produits alimentaires et des boissons reculent de 0,4 % sur un mois en mai. C’est la première contraction mensuelle depuis janvier 2021. Ce mouvement est tiré notamment par une baisse de 2,1 % des prix des viandes de boucherie et des produits d’abattage.

Importations moins chères et allègement du déficit commercial

La baisse des prix à la production en France s’accompagne d’un recul marqué des prix à l’importation. En mai 2023, les prix des produits industriels importés diminuent de 2,4 % sur un mois, après -0,9 % en avril, et affichent une chute de 10,4 % sur un an. La correction des coûts des matières premières importées, des produits énergétiques et des produits chimiques de base contribue directement à cette évolution.

Attention :

La baisse du coût de l’énergie importée réduit le déficit commercial français en 2023 par rapport au record de 2022, mais cela reflète une normalisation des prix plutôt qu’un gain structurel de compétitivité. Les parts de marché à l’exportation ne sont pas totalement regagnées.

Sur le plan macroéconomique, la décrue des prix à la production joue un rôle central dans le ralentissement de l’inflation. En mai 2023, l’inflation annuelle ressort à 5,1 %, après 5,9 % en avril, marquant le début d’une trajectoire de désinflation qui se poursuit par la suite. Globalement, les prix à la production reculent plus rapidement que les prix de vente finaux, permettant aux entreprises industrielles de reconstituer leurs marges après la pression exercée par le choc de 2022.

Un contexte industriel en mutation, entre désinflation et demande affaiblie

Si la baisse des coûts de production apporte un soutien aux entreprises, le climat conjoncturel reste fragilisé. En mai 2023, l’indicateur du climat des affaires dans l’industrie recule à 99 points, repassant pour la première fois depuis mars 2021 en dessous de sa moyenne de long terme (100). Cette détérioration signale un changement de régime : les contraintes d’offre, dominantes en 2021‑2022, s’estompent au profit de difficultés désormais liées à la demande.

Astuce :

Le ralentissement économique est en partie dû au resserrement monétaire de la Banque centrale européenne, qui augmente le coût du crédit et freine l’investissement ainsi que la consommation. Dans ce contexte, la baisse des prix à la production n’entraîne pas automatiquement une accélération de l’activité.

Parallèlement, la structure sectorielle de la baisse des prix demeure hétérogène. En 2023, les branches liées au raffinage, à la chimie et à certains intrants industriels tirent la moyenne vers le bas, tandis que des segments comme les équipements de transport et les machines restent plus rigides, en raison du décalage dans la répercussion des coûts de 2022 et des hausses salariales. À l’été 2023, les prix de production des équipements de transport progressent encore d’environ 7,3 % sur un an.

Transmission incomplète aux prix de détail et débat sur les marges

Face à la détente des prix de l’énergie et des matières premières, le gouvernement français demande dès le printemps 2023 aux industriels de répercuter plus rapidement ces baisses dans les rayons. Le 17 mai 2023, le ministère de l’Économie annonce un accord avec les 75 plus grands fournisseurs de l’agroalimentaire, les engageant à rouvrir les négociations commerciales avec la grande distribution. Les petites et moyennes entreprises sont explicitement exclues du dispositif afin de ne pas fragiliser leur situation financière.

Exemple :

Selon l’Insee, le taux de marge des industries agroalimentaires atteint un record de 48,5 % au deuxième trimestre 2023, contre environ 28 % fin 2021, illustrant une transmission asymétrique de la baisse des coûts où les grands groupes retardent l’ajustement tarifaire pour maximiser leurs marges. Pour l’ensemble de l’industrie manufacturière, l’excédent brut d’exploitation a progressé de près de 28 % en 2023 par rapport à 2019, soit un gain de plus de 22 milliards d’euros.

Cette captation de valeur alimente en France un débat nourdi sur la « profit‑inflation » ou « greedflation », l’idée selon laquelle une partie de l’inflation observée proviendrait de stratégies de prix visant à accroître les marges plutôt qu’à couvrir uniquement les surcoûts.

Bon à savoir :

Un rapport du Sénat de mai 2026 confirme que la hausse des taux de marge de grands industriels entre fin 2021 et mi-2023 résulte de comportements anticipant les chocs énergétiques, selon la DGCCRF. Cette sur-rentabilité temporaire se corrige à partir de 2024, mais des déséquilibres persistent dans les négociations commerciales, au détriment des producteurs agricoles.

Un cycle de baisse prolongé au-delà de 2023

Le mouvement enclenché au printemps 2023 ne s’arrête pas à la seule séquence de mai. Dès juillet 2023, les prix de production de l’industrie pour le marché intérieur basculent en territoire négatif sur un an (-1,5 %), une première depuis décembre 2020. La baisse se prolonge ensuite sur l’ensemble de l’année 2023, pour aboutir en décembre à un recul annuel de 1,8 % des prix de production industriels, et de 0,9 % pour les seuls produits manufacturés.

5,8

En septembre 2024, les prix industriels en France ont enregistré un repli historique de 5,8 % sur un an, marquant leur quinzième mois consécutif de baisse.

Les données publiées en juin 2026 montrent que la phase de forte instabilité des prix amorcée en 2022 est alors en voie de résorption. En mai 2026, les prix de production industriels se redressent légèrement, avec une hausse mensuelle de 0,2 % et une progression de 3,3 % sur un an, portée par un léger rebond de l’électricité et des produits raffinés. Ce retour à une évolution plus modérée des prix de production confirme la sortie progressive du cycle exceptionnel ouvert par le choc énergétique de 2022 et la rupture de tendance observée en mai 2023.

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