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Vietnam : Comment transformer la croissance en atouts d’investissement

par | Actualités
Publié le 26 septembre 2026

Porté par une accélération spectaculaire de sa croissance et une vague de réformes structurelles, Vietnam cherche désormais à convertir cet élan économique en véritables atouts d’investissement, en particulier dans les technologies de pointe, la finance et la transition écologique. La révision à la hausse des prévisions de croissance, la reclassification historique de sa Bourse et la refonte de son cadre réglementaire marquent une nouvelle phase que certains observateurs qualifient déjà de « Doi Moi 2.0 ».

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une croissance robuste mise au service d’une montée en gamme

L’économie vietnamienne enregistre en 2026 une dynamique parmi les plus vigoureuses d’Asie. La Banque asiatique de développement (BAD) a relevé fin septembre sa prévision de croissance du PIB à 7,8 % pour l’année, contre 7,2 % estimés quelques mois plus tôt. Cette révision s’appuie sur une progression de 8,18 % du PIB sur le premier semestre, dont un deuxième trimestre à 8,39 %, le plus élevé pour cette période depuis 2011.

Bon à savoir :

L’accélération est portée par l’industrie manufacturière et de transformation, la solidité de la demande intérieure et la réorganisation des chaînes de valeur mondiales, qui profite au pays. Parallèlement, les autorités misent sur une transition vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée afin de ne plus dépendre uniquement du modèle d’usine à bas coûts.

Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Lê Minh Hưng vise désormais une trajectoire de croissance annuelle pouvant atteindre 10 %, mais avec une exigence : que cette expansion se traduise par des investissements plus qualitatifs, intégrés au tissu productif local et soutenables sur le long terme.

Un marché boursier propulsé au rang de marché émergent

Sur le plan financier, un tournant majeur est intervenu avec la décision de l’agence FTSE Russell de reclassifier Vietnam du statut de « marché frontière » à celui de « marché émergent secondaire ». Cette bascule, effective depuis fin septembre, ouvre l’accès du pays à un volume considérablement accru de capitaux internationaux.

L’intégration de Vietnam dans les grands indices boursiers mondiaux se fera par étapes sur douze mois, avec une pondération progressive de 10 %, 30 %, 65 % puis 100 %. Les analystes anticipent l’afflux de 6 à 10 milliards de dollars d’investissements étrangers, actifs et passifs, sur les prochaines années. Le gestionnaire d’actifs Vanguard prévoit à lui seul environ 2,5 milliards de dollars via ses fonds indiciels adossés aux indices de FTSE.

Attention :

Le pays a mis en place le modèle « Global Broker » et supprimé l’obligation de préfinancement intégral pour les grands investisseurs étrangers, ce qui a permis à vingt-sept valeurs vietnamiennes, principalement des grandes capitalisations bancaires, financières et immobilières telles que VCB, VIC, VHM, BID, HPG ou VPB, d’être validées pour l’indice FTSE Global All Cap.

Les autorités y voient un levier pour diversifier les sources de financement, alléger la dépendance au crédit bancaire et structurer un marché obligataire et financier domestique plus profond, jugé indispensable pour soutenir l’effort d’infrastructures.

Des flux d’IDE records et une stratégie de « sélection » des projets

Cette transformation du marché financier s’accompagne d’une forte poussée des investissements directs étrangers (IDE). Entre janvier et fin août 2026, les décaissements d’IDE ont atteint 17,25 milliards de dollars, en hausse de 12 % sur un an, niveau le plus élevé pour cette période depuis cinq ans. Les engagements d’IDE (projets enregistrés) se sont élevés à 40,63 milliards de dollars, soit une progression de 55,4 %.

14,24

Le secteur de la transformation et de la fabrication concentre plus de 80 % des capitaux effectivement investis, avec 14,24 milliards de dollars, tandis que les zones industrielles de Hô Chi Minh-Ville ont attiré 4,27 milliards de dollars d’IDE en neuf mois, dont un centre de données dédié à l’intelligence artificielle de 2,1 milliards de dollars et le port international de transbordement de Can Gio de plus de 4,9 milliards de dollars.

Au-delà des nouveaux projets, la montée en puissance des opérations de fusions-acquisitions est notable. L’Indonésie, par exemple, a bondi du 36ᵉ au 6ᵉ rang des investisseurs au Vietnam durant l’été 2026, avec plus de 1,74 milliard de dollars injectés presque exclusivement via des prises de participation.

Bon à savoir :

La résolution n° 10-NQ/TW du Bureau politique, signée par le secrétaire général et président Tô Lâm, fixe pour l’horizon 2030–2045 une feuille de route remplaçant la logique d’accumulation quantitative des flux d’IDE par une approche de « sélection » qualitative, axée sur le transfert de technologie, la montée en compétences de la main-d’œuvre vietnamienne, la R&D et la transition verte.

Pour la période 2026–2030, les objectifs fixés sont d’attirer entre 200 et 300 milliards de dollars d’IDE enregistrés (40 à 50 milliards par an), dont 150 à 200 milliards effectivement décaissés. Environ 75 % de ces capitaux sont censés provenir de pays développés disposant de technologies avancées et de standards de gouvernance élevés. Les autorités ambitionnent d’attirer plusieurs grandes multinationales classées dans le Fortune 500 et au moins trois leaders mondiaux de la technologie, qui implanteraient sièges, bureaux ou centres de R&D dans le pays. À l’horizon 2045, la contribution du secteur à capitaux étrangers devrait atteindre 30 % du PIB.

Un tournant réglementaire pour fluidifier l’environnement des affaires

Pour mettre en œuvre cette nouvelle ligne, le gouvernement a engagé une refonte rapide du cadre réglementaire. En septembre 2026, le Premier ministre a adopté une série de huit résolutions visant à alléger le fardeau administratif pesant sur les entreprises.

30

Les textes fixent une réduction d’au moins 30 % du nombre de procédures, avec une division par deux des délais de traitement des dossiers d’investissement et une baisse marquée des coûts de conformité, encourageant l’administration à passer d’un contrôle préalable systématique à davantage de vérifications a posteriori.

Parallèlement, le ministère des Finances et celui du Plan et de l’Investissement préparent une révision de la loi sur l’investissement afin de rendre le droit d’entrée plus flexible. Dans certains secteurs, les investisseurs étrangers peuvent déjà créer une entité juridique au Vietnam avant d’obtenir définitivement leur certificat d’enregistrement d’investissement, ce qui raccourcit l’installation. Le gouvernement souhaite également étendre les procédures dites de « voie verte », permettant un traitement ultra-rapide des projets jugés stratégiques, au-delà des seules zones franches ou technologiques.

Bon à savoir :

Face à l’impôt minimum mondial, le Vietnam ajuste sa politique d’incitation : les avantages ne sont plus automatiques en amont, mais conditionnés à des résultats concrets (dépenses en R&D, recours à des fournisseurs locaux, formation de la main-d’œuvre vietnamienne). Des dispositifs de reprise des avantages sont prévus en cas de non-respect des engagements. Le ministère des Finances étudie aussi des subventions directes pour couvrir les coûts de formation professionnelle des salariés vietnamiens employés par des entreprises à capitaux étrangers.

Des priorités sectorielles : technologie, énergie verte et hubs financiers

Dans ce nouveau cadre, Vietnam cherche à sortir du rôle de simple atelier d’assemblage pour gravir la chaîne de valeur industrielle. Les autorités encouragent les projets en conception de puces, tests et packaging de semi-conducteurs, R&D et électronique avancée. De grands groupes internationaux comme Nvidia, Intel, Foxconn ou Samsung renforcent progressivement leur présence, dans un contexte où la stratégie dite « China plus one » pousse de nombreuses multinationales à diversifier leur base de production.

Exemple :

Les besoins en capacités industrielles et logistiques stimulent le développement de parcs éco-industriels, comme la zone DEEP C à Haiphong, qui cible les usines à haute intensité technologique et les entrepôts modernes. Dans le domaine de l’énergie, le plan directeur PDP8 oriente les investissements vers l’éolien offshore, le solaire et l’efficacité énergétique, des éléments jugés cruciaux pour limiter la dépendance du pays aux importations d’énergie et éviter des goulets d’étranglement structurels.

La transformation numérique et la fintech constituent une autre priorité. L’essor rapide du commerce électronique et la numérisation de l’administration favorisent l’émergence de nouvelles solutions de paiement, de gestion des données et d’automatisation. Dans le même temps, des cadres réglementaires spécifiques sont déployés pour faire de Hô Chi Minh-Ville et Da Nang des centres financiers régionaux, appuyés par des mesures d’attraction des talents internationaux, incluant des allègements d’impôt sur le revenu et des procédures d’immigration simplifiées pour les experts et leurs familles.

Diplomatie économique et garanties pour les investisseurs

Sur la scène internationale, les dirigeants vietnamiens multiplient les signaux de continuité et d’ouverture. Lors de rencontres avec des dirigeants d’entreprises américaines et dans un entretien avec Bloomberg, le secrétaire général et président Tô Lâm a réaffirmé la volonté de poursuivre les réformes institutionnelles afin d’offrir un environnement plus transparent aux grandes institutions financières étrangères.

Renforce l’ancrage multilatéral du pays, notamment à travers sa participation en tant que partenaire à des sommets comme celui des BRICS. L’objectif est de présenter Vietnam comme un pôle de stabilité dans un contexte géopolitique incertain, capable d’absorber durablement des flux massifs de capitaux.

Premier ministre Lê Minh Hưng

Le renforcement du cadre légal, avec la mise en œuvre des lois foncières et d’investissement adoptées en 2024–2025 et la résolution n° 10-NQ/TW, vise à améliorer la transparence, la protection des investisseurs étrangers et l’intégration profonde des entreprises locales aux chaînes de valeur mondiales.

Des défis persistants pour ancrer la croissance dans le tissu local

Malgré ces avancées, les rapports récents de la BAD et de l’AMRO soulignent plusieurs fragilités. Les entreprises à capitaux étrangers représentent encore près de 77 % des exportations totales du pays (chiffre 2025), signe d’un décalage entre la performance du secteur d’IDE et celle des entreprises domestiques dont la productivité reste inférieure. Le défi majeur consiste à renforcer les liens et les transferts de technologie entre multinationales et PME locales, condition essentielle pour que la croissance et les investissements profitent plus largement à l’économie nationale.

Astuce :

En tant qu’importateur net d’énergie, le pays fait face à des coûts de production élevés qui peuvent peser sur la compétitivité à long terme. Les projets de modernisation du réseau électrique et le déploiement massif des énergies renouvelables sont donc au cœur de la stratégie de transformation des atouts de croissance en actifs d’investissement durables.

Enfin, la dépendance importante au financement bancaire pour les grands projets d’infrastructures est identifiée comme un risque. Le développement d’un marché financier domestique plus mature, capable de canaliser l’épargne vers des obligations et instruments de long terme, apparaît comme l’un des chantiers centraux des réformes engagées fin 2026.

Dans ce contexte, Vietnam tente de capitaliser sur une fenêtre d’opportunité où croissance, réformes et réorganisation des chaînes de valeur globales convergent. La réussite de sa stratégie dépendra de sa capacité à faire de cette conjoncture favorable un socle d’investissements plus technologiques, plus verts et mieux enracinés dans son tissu productif.

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