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Investissement turc au Portugal : 300 millions pour dynamiser l’économie

par | Actualités
Publié le 27 août 2026

Les relations économiques entre la Turquie et le Portugal entrent dans une nouvelle phase, marquée par une montée en puissance des capitaux turcs dans l’économie portugaise. Historiquement initiée par un premier programme d’environ 300 millions d’euros, cette dynamique d’investissement, centrée sur le tourisme, l’immobilier et les infrastructures portuaires, se décline désormais à une échelle de plusieurs milliards d’euros, alors que les deux pays visent un volume d’échanges bilatéraux de 3,5 milliards de dollars.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un tournant dans les relations économiques entre Ankara et Lisbonne

L’année 2026, qui correspond au centenaire des relations diplomatiques entre la Turquie et le Portugal, constitue un jalon symbolique et économique. Le commerce bilatéral, déjà proche de 3 milliards de dollars en 2024, doit rapidement atteindre 3,5 milliards de dollars selon les objectifs arrêtés par les deux gouvernements. Pour y parvenir, Ankara et Lisbonne misent sur une intensification des investissements croisés, avec une place de choix accordée aux entreprises turques dans les grands projets portugais.

Cette volonté s’est concrétisée lors de la 5e réunion de la commission économique et commerciale conjointe (JETCO), organisée à Lisbonne début avril 2026. Le ministre turc du Commerce, Ömer Bolat, y a rencontré le chef de la diplomatie portugaise, Paulo Rangel, ainsi que le ministre des Infrastructures et du Logement, Miguel Pinto Luz. À cette occasion, un mémorandum d’entente a été signé entre l’Agence portugaise pour l’investissement et le commerce extérieur (AICEP) et le Conseil turc des relations économiques extérieures (DEİK), afin de structurer et faciliter l’implantation d’entreprises de part et d’autre.

Pour Ankara, le Portugal est désormais considéré comme une porte d’entrée vers l’espace euro-atlantique et le monde lusophone, en particulier l’Afrique et le Brésil. De son côté, Lisbonne voit dans la Turquie un relais vers l’Asie centrale, le Caucase et le Moyen-Orient, dans une logique de complémentarité géostratégique.

Ports, logistique et industrie maritime : un pilier consolidé

Le secteur portuaire et logistique demeure l’un des socles les plus solides de la présence turque au Portugal. Le conglomérat Yildirim, par le biais de sa filiale Yilport, gère plusieurs terminaux à conteneurs stratégiques dans le pays, notamment Liscont à Lisbonne, ainsi que les installations de Leixões (Porto) et de Setúbal. L’investissement historique de Yildirim dans l’opérateur Tertir dépasse 335 millions d’euros, conférant au groupe un rôle de premier plan dans le trafic maritime portugais.

Bon à savoir :

En 2026, Yilport se concentre sur la décarbonation des activités portuaires en déployant des portiques de quai hybrides (E-Hybrid RTG) dans ses terminaux portugais. Cette initiative vise à réduire l’empreinte carbone des opérations et à verdir les infrastructures logistiques nationales. La stratégie a été présentée en avril 2026 lors de l’événement « Mediterranean Ports and Logistics » à Porto, en partenariat stratégique avec Yilport, soulignant le rôle du Portugal comme plateforme maritime méditerranéenne modernisée grâce à des solutions turques.

La croisière constitue un autre axe d’investissement turc dans les ports portugais. Le groupe Yildirim, via Yilport, détient déjà la concession du nouveau terminal de croisière de Lisbonne à Santa Apolónia. Parallèlement, la société turque Global Ports Holding (GPH) a annoncé le 14 juillet 2026 un accord d’achat de 10 % supplémentaires du capital de Lisbon Cruise Port auprès de Royal Caribbean. Sous réserve d’approbations réglementaires, la participation indirecte de GPH doit ainsi passer de 50 % à 60 %, lui conférant le contrôle majoritaire et la consolidation intégrale de ce terminal stratégique dans ses comptes.

Attention :

Ces investissements consolident le Portugal en tant que destination croisière majeure en Europe et hub logistique pour les flux maritimes, tout en ancrant durablement la présence turque dans l’économie bleue portugaise.

Infrastructures et transports : les entreprises turques en première ligne

Au-delà des ports, l’un des volets les plus sensibles pour Lisbonne est celui des grandes infrastructures de transport. Le gouvernement portugais a lancé un vaste plan d’investissements estimé à environ 60 milliards d’euros, dont 50 milliards dédiés aux infrastructures de mobilité (extensions de lignes de métro, futur réseau à grande vitesse, ports et aéroports) et 10 milliards à la construction d’environ 123 000 logements.

Exemple :

Fin 2025 et début 2026, sous l’égide de l’Association des entrepreneurs turcs (TMB), une délégation a négocié à Lisbonne et Porto des parts dans de grands projets portugais : le nouvel aéroport de Lisbonne, la modernisation des lignes à grande vitesse, l’extension des métros urbains, la construction de ponts et d’autoroutes, ainsi que la rénovation d’un important hôpital à Lisbonne et d’établissements scolaires.

Cette offensive s’inscrit dans un contexte où le Portugal, frappé par une stagnation de son PIB au premier trimestre 2026 et par des dégâts d’infrastructures liés à un hiver particulièrement rigoureux, cherche à accélérer la modernisation de son territoire. Les partenariats public-privé à l’étude sont évalués à plusieurs dizaines de milliards d’euros, certains scénarios évoquant un total pouvant approcher 100 milliards d’euros sur les prochaines années.

Tourisme haut de gamme : l’héritage des 300 millions et la montée en gamme

Les premiers flux d’environ 300 millions d’euros de capitaux turcs au Portugal avaient ciblé, dès l’origine, le tourisme de luxe, l’immobilier résidentiel et la construction navale. Cette vague initiale a servi de socle à une présence désormais bien installée dans l’hôtellerie haut de gamme.

Astuce :

À Lisbonne et Porto, des groupes familiaux turcs et des investisseurs privés acquièrent et rénovent des immeubles historiques dans les centres urbains pour les convertir en hôtels-boutiques et établissements de charme. Un projet d’hôtel dans le quartier de Campo de Santa Clara, à Lisbonne, illustre cette stratégie de valorisation du patrimoine architectural portugais à des fins touristiques.

Le mouvement ne se limite pas aux grandes villes. Sur la côte de l’Alentejo, la marque franco-turque Ando Living, spécialisée dans les aparthôtels de luxe, a livré en 2026 son programme « Ando Living Comporta Villas », composé de 16 villas de grand standing avec piscine privée, intégrées dans les pinèdes de Comporta. Ce concept hybride associe hébergement touristique et investissement résidentiel géré.

25 millions d’euros

Montant investi dans le resort éco-luxueux « Umay » à Melides, porté par un couple d’investisseurs turcs pour capter le tourisme de nature et de bien-être.

Ces initiatives rejoignent les priorités fixées par le Conseil stratégique pour la promotion du tourisme (CEPT) du Portugal pour 2026, qui mise sur la diversification de l’offre (écotourisme, œnotourisme, tourisme culturel) et sur la réduction de la dépendance à la saison estivale, tout en favorisant une meilleure cohésion territoriale.

Immobilier et fonds d’investissement : adaptation au nouveau cadre portugais

La fin du régime du « Golden Visa » par simple achat immobilier résidentiel, intervenue fin 2023, n’a pas tari l’intérêt des investisseurs turcs pour le marché portugais. Elle a en revanche modifié les canaux d’entrée. Selon un bulletin de l’institut TEPAV publié fin août 2026, les investissements immobiliers des ressortissants turcs à l’étranger ont atteint 2,6 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, soit un niveau dix fois supérieur à la moyenne des cinq années précédentes. Le Portugal figure parmi les destinations européennes privilégiées de ces capitaux.

Investissement touristique turc

Adaptation des acteurs turcs au nouveau contexte réglementaire via des placements ciblés et des rendements garantis.

Placements privilégiés

Les acteurs turcs privilégient désormais des placements d’environ 500 000 euros dans des fonds de capital-investissement dédiés au tourisme et à l’hôtellerie.

Rôle d’Optylon Krea

La coentreprise franco-turque Optylon Krea, à l’origine de la marque Ando Living, joue un rôle de premier plan sur ce créneau.

Campagnes à Istanbul

En mai 2026, Optylon Krea a mené des campagnes ciblées à Istanbul pour promouvoir des solutions de refinancement et des produits d’investissement touristique au Portugal.

Rendements garantis

Ces produits d’investissement au Portugal offrent des rendements garantis de 6 %.

Cette structuration via des fonds permet de canaliser l’épargne turque vers des projets hôteliers et résidentiels au Portugal, tout en respectant la nouvelle législation portugaise et en offrant aux investisseurs une exposition à un marché immobilier jugé stable et attractif.

Entre industrie verte et agriculture d’exportation

En parallèle des secteurs du tourisme et des ports, des capitaux turcs se déploient dans l’industrie lourde et l’agroalimentaire portugais. Dans le ciment, l’entreprise Cimpor, liée historiquement à des intérêts turcs et dont le directeur financier est Eralp Tunçsoy, mène un programme de plus de 300 millions d’euros consacré à la décarbonation de ses activités et au développement de ciments plus durables, principalement sur le territoire portugais. Ces investissements s’inscrivent dans la stratégie nationale de transition énergétique et de réduction des émissions industrielles.

Bon à savoir :

Des investisseurs turcs ont acheté des terres dans l’Alentejo et la région Centre du Portugal pour y créer de grandes exploitations de fruits secs (noix, amandes, pistaches) destinées à l’export. Cette présence dynamise les zones rurales touchées par le vieillissement et l’abandon des terres, tout en intégrant le Portugal dans des chaînes de valeur agroalimentaires mondialisées pilotées depuis la Turquie.

Un partenariat appelé à s’élargir

Les investissements turcs au Portugal, initialement évalués à environ 300 millions d’euros lors des premières vagues ciblant le tourisme de luxe, l’immobilier et la construction navale, se sont progressivement diversifiés et amplifiés. Ils couvrent aujourd’hui un spectre allant des terminaux à conteneurs et croisières aux réseaux ferroviaires, en passant par les programmes de logement, l’hôtellerie haut de gamme, l’industrie cimentière bas carbone et l’agriculture d’exportation.

Alors que le Portugal déploie un plan massif d’investissement public et privé et cherche de nouveaux partenaires pour moderniser son économie, les groupes turcs apparaissent comme des acteurs de plus en plus structurants. Pour Ankara, cette expansion économique accompagne la stratégie d’ouverture internationale de ses entreprises, soutenue par un appareil d’État qui encourage les sièges et les expansions à l’étranger, notamment via le développement du centre financier d’Istanbul.

Analyse géopolitique

Dans ce contexte, l’alliance économique turco-portugaise devrait continuer de se renforcer, portée par des objectifs chiffrés ambitieux, une complémentarité géographique et sectorielle affirmée, et une présence déjà visible sur le terrain, des ports atlantiques aux forêts de pins de Comporta.

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