Le Parlement européen a donné son aval à la relance des discussions sur L’euro numérique, ouvrant une nouvelle phase décisive pour la future monnaie numérique de banque centrale de la zone euro. En séance plénière, les eurodéputés ont validé à une large majorité le mandat de négociation qui permettra d’engager les trilogues avec le Conseil de l’Union européenne, étape clé avant l’adoption du cadre juridique définitif.
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Un mandat de négociation largement approuvé
Réunis en session plénière à Strasbourg, les députés européens ont approuvé l’ouverture des négociations interinstitutionnelles avec 416 voix pour, 169 contre et 22 abstentions. Ce vote confirme la position arrêtée quelques semaines plus tôt par la commission des affaires économiques et monétaires (ECON), qui avait déjà adopté le texte définissant l’ossature légale de L’euro numérique.
Au sein de la commission ECON, la proposition a été adoptée par 43 voix contre 14 et 1 abstention, malgré l’opposition des groupes conservateurs et souverainistes (ECR, PfE, ESN). Ceux-ci ont demandé un vote en plénière, ce qui a eu lieu.
Le mandat de négociation adopté confie la conduite des discussions au rapporteur Fernando Navarrete Rojas, eurodéputé espagnol du groupe PPE. Son équipe doit désormais entamer les pourparlers avec la présidence irlandaise du Conseil de l’UE. Une première réunion de trilogue a été programmée, marquant l’entrée officielle des institutions dans la phase de compromis législatif.
Un calendrier resserré pour un projet jugé stratégique
L’euro numérique est désormais engagé dans une course contre la montre politique et technique. Les co‑législateurs et la Banque centrale européenne (BCE) visent une adoption définitive du règlement d’ici la fin de l’année 2026. Si cet objectif est tenu, la BCE prévoit de lancer une phase pilote en conditions réelles à partir du second semestre 2027, sur une durée d’environ douze mois.
L’expérimentation débutera au printemps 2026 avec un appel à candidatures auprès de banques et prestataires de paiement. Après plusieurs années de tests techniques, de vérifications de sécurité, de robustesse opérationnelle et de protection des données, une mise à disposition du grand public est prévue autour de 2029.
Ce calendrier marque une accélération nette d’un dossier longtemps enlisé après près de trois ans de blocages politiques et de discussions techniques. Les votes de l’été 2026 sont présentés, dans les institutions européennes, comme un tournant historique pour l’architecture monétaire et de paiement de la zone euro.
Souveraineté monétaire et réduction des dépendances externes
Au cœur du projet se trouve un enjeu de souveraineté économique et géopolitique. Aujourd’hui, les paiements électroniques en Europe reposent largement sur des infrastructures et solutions non européennes, dominées par de grands groupes américains comme Visa, Mastercard, American Express, mais aussi des services tels qu’Apple Pay, Google Pay ou PayPal.
L’euro numérique est une monnaie électronique émise et garantie par la Banque centrale européenne. Il vise à réduire la dépendance du marché intérieur aux décisions étrangères et à renforcer la résilience du système de paiement face aux crises géopolitiques.
L’enjeu est également économique : en fournissant un réseau public à but non lucratif, l’UE espère faire baisser les coûts d’intermédiation supportés par les commerçants, aujourd’hui soumis aux commissions des émetteurs de cartes privés. Les futures règles imposeront en outre l’acceptation généralisée de L’euro numérique dans quasiment tous les points de vente physiques et en ligne de la zone euro, sauf dérogations pour les très petites structures n’acceptant aucun paiement dématérialisé.
Un complément à l’argent liquide, pas un substitut
Les responsables politiques insistent sur le caractère complémentaire de L’euro numérique par rapport aux billets et pièces. Le rapporteur Fernando Navarrete Rojas a souligné que la nouvelle monnaie ne doit pas remplacer le numéraire, mais offrir une version électronique de la monnaie de banque centrale adaptée à la digitalisation croissante des échanges.
En parallèle du règlement sur l’euro numérique, un texte législatif est négocié pour renforcer le statut de cours légal des espèces et garantir l’accès et l’acceptation des billets et pièces dans toute la zone euro. Les deux volets sont présentés comme indissociables : ils doivent assurer à la fois la continuité de l’usage du cash et l’émergence d’un équivalent numérique public.
La BCE avance que, alors que les paiements en espèces reculent, il devient impératif de maintenir pour les citoyens un accès direct, gratuit et garanti à la monnaie publique, qui ne soit pas cantonné aux seules solutions des banques commerciales ou à des instruments privés comme les stablecoins ou les crypto‑actifs émis par de grands acteurs étrangers.
Limiter les risques pour la stabilité financière
L’un des principaux points de vigilance pour les décideurs européens concerne l’impact potentiel de L’euro numérique sur le secteur bancaire et la stabilité financière. Les banques redoutent qu’en période de tension, les déposants ne transfèrent massivement leurs avoirs des comptes bancaires vers des portefeuilles détenus en monnaie de banque centrale, ce qui fragiliserait le financement de l’économie réelle.
La BCE a proposé un plafond de détention individuelle de 3 000 euros par personne pour l’euro numérique.
Ensuite, un mécanisme dit de « cascade » est prévu : les portefeuilles en euro numérique seront automatiquement reliés aux comptes bancaires traditionnels. En cas de réception d’un paiement dépassant le plafond autorisé, l’excédent serait transféré d’office sur le compte bancaire classique. De même, si le solde en euro numérique est insuffisant pour régler un achat, le complément serait directement prélevé sur le compte de dépôt.
Les entreprises ne peuvent conserver des euros numériques que 24 heures maximum, après quoi les fonds doivent être transférés vers un compte bancaire ordinaire, afin d’éviter qu’ils ne servent de réserve de trésorerie au détriment des comptes bancaires traditionnels.
L’euro numérique ne sera par ailleurs pas rémunéré : aucun intérêt ne sera versé sur les montants détenus, ce qui doit empêcher qu’il devienne un instrument d’épargne concurrent des dépôts bancaires traditionnels.
Coûts d’adaptation pour les banques et gains attendus pour les commerçants
La mise en place de L’euro numérique exigera des investissements importants de la part des établissements bancaires et des prestataires de paiement, qui devront adapter leurs systèmes informatiques, leurs applications et leurs infrastructures d’acceptation. Pour limiter cette charge, la BCE prévoit de s’appuyer au maximum sur les dispositifs existants : cartes, terminaux de paiement, applications bancaires ou solutions mobiles déjà déployées.
Pour les commerçants, un réseau public de paiement réduirait les frais de transaction actuellement imposés par les systèmes privés, entraînant une baisse des coûts d’acceptation des paiements pour le commerce de détail et les plateformes en ligne.
Gratuité pour les particuliers et obligation d’acceptation
Du point de vue des utilisateurs, le mandat voté par le Parlement impose que l’ouverture d’un portefeuille en euro numérique, sa gestion et les opérations courantes soient entièrement gratuites pour les particuliers. L’objectif est d’en faire un service universel, accessible à tous les résidents de la zone euro sans frais d’entrée ni coûts récurrents.
Quasi‑totalité des commerçants en zone euro devra accepter l’euro numérique en magasin et en ligne, sauf micro‑entreprises et indépendants sans paiement numérique. Ce principe d’acceptation généralisée garantit l’utilité pratique de la monnaie dès son lancement.
Fonctionnement en ligne et hors ligne, avec un accent sur l’inclusion
L’euro numérique devra fonctionner aussi bien en ligne qu’hors ligne. Le texte prévoit la possibilité de réaliser des paiements de proximité sans connexion internet ni réseau mobile, par exemple via des cartes intelligentes ou des smartphones communiquant directement entre eux.
Cette fonctionnalité hors ligne est pensée pour se rapprocher de l’usage du cash et favoriser l’inclusion financière, notamment pour les personnes peu connectées ou vulnérables. Elle permettrait d’utiliser l’euro numérique dans des zones mal couvertes par les réseaux, ou en cas de panne temporaire des infrastructures de communication.
Des garanties renforcées en matière de confidentialité
La protection de la vie privée constitue l’un des sujets les plus sensibles du dossier. Les opposants au projet craignent qu’une monnaie numérique de banque centrale puisse servir d’outil de surveillance de masse ou permettre de programmer l’usage de la monnaie.
Pour répondre à ces inquiétudes, le mandat adopté par le Parlement impose des garde‑fous stricts. Les transactions devront intégrer des technologies de type « preuves à divulgation nulle de connaissance » (zero‑knowledge proofs), permettant de vérifier la validité d’un paiement sans exposer les données d’identité de l’utilisateur.
La BCE n’aura pas accès aux données personnelles liant les paiements aux individus. Seules les banques et prestataires de services de paiement pourront accéder à ces informations pour les opérations en ligne, dans un cadre similaire à celui de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
Pour les transactions hors ligne, un niveau d’anonymat équivalent à celui des paiements en espèces est annoncé. Les données de ces paiements de proximité ne seraient pas enregistrées sur des serveurs centraux, ce qui limiterait la traçabilité des échanges et rapprocherait l’usage de L’euro numérique de celui du cash.
Un chantier parallèle pour les paiements interbancaires
En parallèle de L’euro numérique destiné au grand public, l’Eurosystème mène plusieurs projets pour moderniser les règlements entre institutions financières. Le projet « Pontes », basé sur la technologie des registres distribués (DLT), doit permettre le règlement immédiat et sécurisé de transactions de gros en monnaie de banque centrale tokenisée. Son lancement est prévu au troisième trimestre 2026.
Un programme stratégique nommé « Appia » est en cours, avec une feuille de route publiée par la BCE. Il vise à structurer d’ici 2028 un écosystème européen intégré de finance tokenisée, où la monnaie de banque centrale reste l’ancrage des marchés financiers face au développement rapide des technologies de blockchain et de finance décentralisée.
Ces chantiers « de gros » complètent le projet de L’euro numérique pour le détail, dessinant une transformation d’ensemble de la manière dont la monnaie publique circule, tant entre institutions qu’entre citoyens et entreprises.
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