La Banque de Tanzanie a acquis près de 28 tonnes d’or au cours des 18 derniers mois, pour une valeur estimée à 3,68 milliards de dollars, faisant du métal jaune plus de la moitié des réserves internationales du pays. Cette stratégie, présentée début juillet par le gouverneur Emmanuel Tutuba en marge du Caucus africain du FMI et de la Banque mondiale à Banjul, illustre le tournant pris par La Tanzanie vers une gestion plus souveraine et plus diversifiée de ses avoirs extérieurs.
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Un pilier de la nouvelle stratégie de réserves
Selon les chiffres dévoilés par la Banque de Tanzanie, les réserves totales de change du pays s’élèvent à environ 6 milliards de dollars. Le stock d’or, évalué au prix du marché, représente ainsi plus de la moitié de ce montant et assure une couverture d’environ 4,3 mois d’importations, au‑delà du seuil critique national de 4 mois.
La Banque de Tanzanie diversifie ses réserves en métal précieux pour réduire sa dépendance au dollar américain, limiter l’exposition à la volatilité du billet vert, à l’inflation mondiale et aux chocs géopolitiques.
L’accumulation d’or constitue le cœur de cette politique. Entre janvier 2025 et mi‑2026, le stock détenu par la banque centrale est passé à 28 tonnes environ. Pour mémoire, lors des célébrations du 60e anniversaire de l’institution, le 12 juin 2026, le volume annoncé au 10 juin était de 27,5 tonnes, ce qui souligne la dynamique d’achats en cours.
Un programme d’achats domestiques structuré
Cette montée en puissance repose sur le National Domestic Gold Purchase Programme (DGPP), lancé en 2023. Contrairement à de nombreux pays qui importent de l’or en mobilisant leurs devises, La Tanzanie a fait le choix d’acheter le métal directement auprès des producteurs et négociants locaux, et de régler ces transactions en shillings tanzaniens.
La Banque de Tanzanie augmente ses réserves d’or via le ‘sourcing local’ pour se prémunir des chocs externes sans puiser dans ses devises étrangères.
Pour garantir l’alimentation régulière du programme, un dispositif réglementaire a été mis en place à la fin de l’année 2024, puis reconduit dans les budgets 2025/2026. Ce cadre impose à toutes les compagnies minières et aux exportateurs de consacrer au moins 20 % de leur production d’or à la vente directe à la banque centrale. La mesure concerne aussi bien les grands groupes internationaux, tels que Barrick Gold (via Twiga Minerals) et AngloGold Ashanti, que les opérateurs nationaux.
Des incitations financières fortes pour les producteurs
Afin d’assurer l’adhésion du secteur, la Banque de Tanzanie et le gouvernement ont assorti cette obligation d’un ensemble d’avantages financiers. L’or destiné à la banque centrale est acheté au prix de référence quotidien du London Bullion Market Association (LBMA), ce qui garantit aux vendeurs un alignement sur le marché international. Le règlement des transactions est effectué sous 24 heures, un délai particulièrement attractif pour des opérateurs souvent confrontés à des contraintes de liquidité.
Les autorités ont réduit les redevances minières de 6% à 4%, supprimé les frais d’inspection réglementaire (de 1% à 0%) et fixé la TVA à 0% pour les ventes d’or à la Banque de Tanzanie, incitant les producteurs à rejoindre le programme DGPP.
Ces conditions ont eu un impact notable sur le comportement des mineurs, en particulier les artisans et petits exploitants, historiquement très présents dans l’économie informelle. Attirés par la sécurité des paiements, la rapidité des règlements et la transparence des prix, nombre d’entre eux délaissent progressivement les circuits parallèles et les réseaux de contrebande.
Formalisation du secteur minier et inclusion financière
La transformation du secteur aurifère s’accompagne d’une accélération de la formalisation économique. Selon les données communiquées par la banque centrale, plus de 4 000 comptes bancaires ont été ouverts par des mineurs artisanaux et des commerçants de minerais depuis le lancement du programme. Ces acteurs, auparavant largement exclus du système financier formel, accèdent désormais à des services bancaires de base, ce qui renforce l’inclusion financière et la traçabilité des flux.
Cette évolution répond à l’un des objectifs déclarés de la stratégie : moderniser une filière minière longtemps dominée par l’informel. En orientant les ventes vers la Banque de Tanzanie, le programme DGPP contribue à réduire les pertes liées à la contrebande, à améliorer la collecte des recettes publiques et à sécuriser davantage les revenus des petits exploitants.
Développement des capacités de raffinage locales
Pour que l’or acquis puisse être inscrit dans les réserves officielles, il doit être raffiné localement à un niveau de pureté conforme aux standards internationaux. Les autorités tanzaniennes s’appuient pour cela sur plusieurs raffineries certifiées, dont la Mwanza Precious Metals Refinery et Eye of Africa Ltd à Dodoma.
Le dispositif a été renforcé fin mai 2026 avec l’agrément officiel de la raffinerie SABGOLD Limited par la Commission des mines. Située à Kahama, dans la région de Shinyanga, cette installation devient un nouveau centre autorisé pour la réception et le raffinage de l’or destiné aux achats de la Banque de Tanzanie. Cette extension du maillage industriel doit faciliter la logistique pour les producteurs de l’ouest du pays et accroître la valeur ajoutée locale.
En internalisant une partie plus importante de la chaîne de valeur – de l’extraction au raffinage, puis à l’intégration dans les réserves nationales –, La Tanzanie cherche à capter davantage de revenus et d’emplois au niveau domestique, tout en consolidant la qualité et la traçabilité de son or monétaire.
Un secteur aurifère au cœur de la croissance
Le renforcement des réserves en or intervient dans un contexte de forte progression du secteur minier tanzanien. Portée par une hausse de la production et par l’envolée historique des cours mondiaux – l’once se négociant au‑dessus de 4 100 dollars à la mi‑2026 –, l’industrie extractive a franchi un seuil symbolique.
La contribution minière au PIB atteint 10,1 %, dépassant l’objectif de Vision 2025 avec un an d’avance. L’or représente près de la moitié des recettes d’exportation.
La part du secteur minier dans le PIB atteint 10,1 %, dépassant d’un an l’objectif fixé par le plan Vision 2025.
L’or occupe une place centrale : il représente à lui seul près de la moitié des recettes d’exportation de marchandises du pays.
Cette performance économique renforce l’argumentaire des autorités en faveur d’une stratégie de « nationalisation de la valeur » de l’or, consistant à transformer une richesse de sous‑sol en actif financier détenu par l’État. En intégrant directement le métal dans le bilan de la Banque de Tanzanie, le pays cherche à convertir la rente minière en un socle de stabilité macroéconomique.
Un outil contre l’inflation et les chocs externes
Le stock d’or détenu par la Banque de Tanzanie est présenté par ses dirigeants comme un « bouclier » face à l’inflation, aux turbulences des taux de change et aux incertitudes géopolitiques. Dans un environnement marqué par la volatilité des marchés financiers internationaux, l’accumulation de métal précieux est perçue comme une assurance contre les pertes de valeur des actifs libellés en monnaies étrangères.
En augmentant la part de l’or dans son portefeuille de réserves, La Tanzanie renforce également la crédibilité de sa monnaie. Ces avoirs en métal jaune constituent un tampon face aux pressions de dépréciation du shilling tanzanien en cas de choc externe, et offrent à la banque centrale une marge de manœuvre accrue pour intervenir sur le marché des changes si nécessaire.
Tanzanie
Cette approche s’inscrit dans un mouvement plus large observé en Afrique subsaharienne, où plusieurs banques centrales développent des politiques d’« accumulation nationale » de l’or, avec des modalités variées mais un objectif commun : réduire la dépendance exclusive aux devises traditionnelles et consolider la souveraineté monétaire.
Exploration géologique et vision de long terme
Au‑delà de l’achat d’or déjà produit, le gouvernement entend préparer l’avenir de la filière par un effort accru d’exploration géologique. Lors de la présentation de son budget au Parlement le 22 juin 2026, le ministre des Ressources minières, Anthony Mavunde, a annoncé l’affectation de 10 % des revenus bruts du secteur minier au financement d’études et de campagnes d’exploration à haute résolution.
Seulement 16 % des sols du territoire ont fait l’objet d’analyses détaillées à ce jour.
Ce fonds dédié doit bénéficier en particulier aux petits mineurs, en leur donnant accès à des données géologiques fiables pour le forage et l’exploitation, plutôt que de les laisser dépendre de prospections empiriques. Il s’agit de sécuriser la production future d’or, de soutenir la montée en gamme technologique du secteur et, à terme, d’alimenter durablement le programme d’achats de la Banque de Tanzanie.
Une stratégie appelée à se poursuivre
Les informations dévoilées en juillet par le gouverneur Emmanuel Tutuba confirment que la diversification des réserves par l’or est désormais un axe structurant de la politique financière tanzanienne. En combinant obligations de vente, incitations fiscales, renforcement des capacités de raffinage et investissements dans l’exploration, La Tanzanie tente de transformer sa richesse minérale en levier de stabilité macroéconomique et de développement.
La Banque de Tanzanie détient près de 28 tonnes d’or dans le cadre de sa stratégie d’accumulation de métal précieux.
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