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Justice italienne : le gel de 1,3 milliard d’euros d’actions Campari qui bouscule la planète des spiritueux

par | Actualités, Fiscalité en France, Pays à fiscalité avantageuse
Publié le 10 septembre 2026

L’Italie s’est invitée de façon spectaculaire dans la gouvernance de l’un de ses fleurons historiques. En ordonnant le gel de 1,3 milliard d’euros d’actions Campari, la justice italienne a ouvert un bras de fer fiscal qui dépasse de loin le seul destin d’un groupe de spiritueux. Au cœur du dossier, un holding luxembourgeois, Lagfin, une querelle d’« exit tax » sur plus de 5 milliards d’euros de plus‑values, et une question lourde de conséquences : jusqu’où un État peut‑il aller pour rattraper des impôts qu’il estime indûment évités, sans déstabiliser une entreprise cotée et son marché ?

Bon à savoir :

Ce dossier illustre la nouvelle offensive des autorités européennes contre l’optimisation fiscale agressive des groupes internationaux. Particularité : il intervient alors que Campari affiche encore une solide dynamique commerciale et une stratégie de recentrage de son portefeuille de marques.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un gel préventif de 1,3 milliard d’euros : ce que la justice a réellement décidé

Un gel préventif de 1,3 milliard d’euros : ce que la justice a réellement décidé

Au centre de l’affaire se trouve un décret de « sequestro preventivo » signé par un juge d’instruction de Monza, saisi par le parquet local après un long travail de la Guardia di Finanza de Milan. L’ordonnance vise de façon très précise les actions ordinaires de Davide Campari‑Milano détenues par Lagfin, le holding luxembourgeois contrôlé par la famille Garavoglia.

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Montant d’impôt sur les plus-values qui n’aurait pas été acquitté par le groupe lors d’une vaste opération de restructuration transfrontalière, selon la justice italienne.

Ce gel représente environ 17 % des actions ordinaires de Campari, soit grosso modo un sixième de la valeur boursière du groupe, évaluée autour de 7,4 milliards d’euros. Concrètement, les actions saisies restent comptablement la propriété de Lagfin, mais elles sont grevées d’un lien juridique qui empêche le holding de les aliéner librement tant que la procédure n’est pas tranchée.

Saisie préventive de 1,29 milliard d’euros dans l’enquête fiscale visant Lagfin

Afin de mieux saisir l’ampleur chiffrée du dossier, il est utile de résumer les ordres de grandeur en jeu.

Élément cléMontant / Pourcentage
Valeur des actions gelées1 291 758 703,34 € (≈ 1,3 Md€)
Part des actions ordinaires≈ 17 %
Capitalisation boursière Campari≈ 7,4 Md€
Plus‑values présumées non déclarées> 5,3 Md€
Base imposable estimée≈ 5 Md€
Impôt supposé éludé / dommage État≈ 1 à 1,29 Md€

Cette saisie n’intervient pas dans le vide : elle fait suite à un long dossier de vérification fiscale, dont les conclusions ont alimenté un volumineux « procès‑verbal de constatation » transmis à l’Agenzia delle Entrate, l’administration fiscale italienne, puis au parquet, qui a ouvert une procédure pénale pour fraude fiscale présumée.

Qui est Lagfin, le discret pivot luxembourgeois de l’empire Campari ?

Qui est Lagfin, le discret pivot luxembourgeois de l’empire Campari ?

Pour comprendre le dossier, il faut s’éloigner un instant des bouteilles d’Aperol ou de Grand Marnier pour remonter la chaîne capitalistique. À la racine, on trouve Lagfin S.C.A., un holding de droit luxembourgeois, contrôlé par la famille italienne Garavoglia, qui détient la majorité absolue de Davide Campari‑Milano.

Les chiffres illustrent parfaitement ce contrôle. Lagfin possède environ 51,8 % du capital de Campari, mais, grâce à un système de droits de vote multiples, ce bloc représente plus de 80 % des droits de vote en assemblée générale. Autrement dit, le holding luxembourgeois est le maître quasi incontesté des décisions stratégiques du groupe, même s’il ne détient « que » la moitié des actions.

Paramètre de contrôleDonnée principale
Participation de Lagfin au capital≈ 51,8 % des actions Campari
Droits de vote contrôlés> 80 % des droits de vote
Forme juridique de LagfinHolding luxembourgeois (Lagfin S.C.A.)
Famille de contrôleFamille italienne Garavoglia

Côté opérationnel, Campari reste profondément italien dans son ADN, avec un siège historique près de Milan et un portefeuille qui va du bitter Campari à l’apéritif Aperol, en passant par des marques prestigieuses comme Grand Marnier ou le cognac Courvoisier. Mais le centre de gravité juridique de la société mère, lui, a glissé hors d’Italie à travers une série d’opérations de restructuration, au premier rang desquelles figure la fusion avec Alicros, l’ancienne holding italienne de la famille.

Attention :

Le transfert du contrôle vers le Luxembourg via Lagfin aurait dû déclencher le paiement d’une exit tax en Italie sur les plus‑values latentes d’Alicros.

La fusion Lagfin–Alicros, point de départ du soupçon fiscal

La fusion Lagfin–Alicros, point de départ du soupçon fiscal

L’opération au cœur de l’enquête est une fusion transfrontalière par absorption. Alicros, ancienne holding italienne située près de Milan, détenait le bloc majoritaire de Davide Campari‑Milano. Lagfin, situé au Luxembourg, a absorbé cette filiale italienne dans le cadre d’une « fusion par incorporation ». Au terme de l’opération, la participation de contrôle dans Campari a été juridiquement transférée d’une société italienne à une société de droit luxembourgeois.

5,3

Les plus-values latentes estimées dans ce dossier s’élèvent à plus de 5,3 milliards d’euros, constituant une base imposable d’environ 5 milliards.

En appliquant un taux d’« exit tax » de l’ordre de 24 %, l’administration et la Guardia di Finanza aboutissent à un impôt théoriquement dû d’un peu plus de 1 milliard d’euros. C’est ce montant qui fonde, côté pénal, le chiffrage du « profit » présumé de l’infraction et, côté civil, la notion de dommage subi par le Trésor italien à hauteur de 1,29 milliard d’euros.

Bon à savoir :

Les enquêteurs estiment que la création d’une « branche italienne » de Lagfin n’était qu’un montage visant à donner l’apparence d’un maintien de l’activité en Italie, tout en transférant la substance économique au Luxembourg. L’expression clé du dossier est celle de « stabile organizzazione occulta », soit une « installation stable cachée » : un établissement permanent italien camouflé, permettant de ne pas déclarer en Italie des revenus et plus-values pourtant rattachables au territoire.

Les faits reprochés s’inscrivent dans une période bien délimitée, entre 2018 et 2020, années sur lesquelles se concentrent les plus‑values présumées non déclarées et l’absence de paiement de l’impôt correspondant. La Guardia di Finanza évoque une omission de déclaration de revenus, une omission de versement d’impôts, mais aussi, sur le plan pénal, une « déclaration frauduleuse par moyens artificieux ».

Des accusations lourdes : fraude fiscale, établissement caché et responsabilité pénale des personnes morales

Des accusations lourdes : fraude fiscale, établissement caché et responsabilité pénale des personnes morales

La qualification pénale retenue par le parquet italien est particulièrement sévère. Lagfin et certains de ses dirigeants sont visés pour « dichiarazione fraudolenta mediante altri artifici », littéralement une déclaration frauduleuse par d’autres artifices, l’une des incriminations les plus graves en matière de fraude fiscale en droit italien. S’y ajoute la mise en cause au titre de la « responsabilité administrative des personnes morales », un régime qui permet de sanctionner financièrement une société pour des délits commis dans son intérêt par ses dirigeants.

Deux figures émergent du dossier : Luca Garavoglia, président de Campari et figure de proue de la famille, et Giovanni Berto, responsable de la branche italienne et représentant légal de Lagfin. Tous deux sont formellement mis en cause comme représentants légaux du holding luxembourgeois pour la période visée.

Bon à savoir :

Les enquêteurs reprochent à Lagfin et ses dirigeants d’avoir éludé l’impôt sur les plus-values générées en Italie par Alicros, puis transférées au Luxembourg via la fusion, tout en conservant une part substantielle de la gestion en Italie. Selon les autorités, ce transfert juridique accompagné du maintien économique en Italie constitue un établissement permanent caché, ce qui obligerait à déclarer les revenus correspondants en Italie.

Pour la justice, la logique est simple : si l’on considère qu’il y a eu une sortie du patrimoine italien, l’« exit tax » est due ; si l’on soutient qu’en réalité l’activité est restée en Italie via une « branche cachée », alors l’impôt courant doit aussi être acquitté en Italie. Dans les deux cas, l’État estime que des recettes fiscales lui ont échappé à tort.

a toujours agi dans le respect le plus scrupuleux de toutes les lois et réglementations applicables, y compris la législation fiscale italienne. Il qualifie l’affaire de simple litige fiscal en cours depuis environ deux ans, affirme que toute observation des autorités est dénuée de tout fondement et annonce sa volonté de se défendre vigoureusement et sereinement devant toutes les instances compétentes.

Lagfin

Le holding insiste aussi sur un point très politique : le litige « n’a impliqué en aucune façon Campari Group », qui, selon Lagfin, serait totalement extérieur à cette querelle fiscale entre la famille actionnaire et l’administration. C’est là un des axes majeurs de défense : circonscrire le problème à la sphère du holding luxembourgeois et protéger l’image, et la valorisation, de la société opérationnelle cotée.

Campari en première ligne sur les marchés, mais officiellement en dehors de la procédure

Campari en première ligne sur les marchés, mais officiellement en dehors de la procédure

Du point de vue juridique, la ligne de démarcation est nette. La procédure pénale vise Lagfin, certains de ses représentants et, indirectement, l’ancienne Alicros. Campari, en tant que groupe opérationnel, n’est pas mis en examen. La société l’a répété à plusieurs reprises : ni elle ni aucune de ses filiales ne sont visées par les investigations.

Dans un communiqué officiel, Davide Campari‑Milano N.V. a tenu à « clarifier que le litige ne concerne ni Davide Campari‑Milano N.V. ni Campari Group » et qu’« aucune conséquence n’est attendue » pour la société cotée ou ses filiales. Le groupe rappelle aussi qu’il a « toujours respecté » la réglementation fiscale. Cette mise au point, diffusée très rapidement après les premières fuites sur la saisie, s’adresse autant aux régulateurs qu’aux investisseurs inquiets.

Réaction du titre Campari après l'annonce du gel d'actions
Le graphique illustre la chute initiale d’environ 5 % du titre Campari à Milan au lendemain de la décision judiciaire, suivie d’une réduction des pertes pour se stabiliser autour de 2,2 % de repli, avec un cours variant entre 5,90 et 5,88 euros selon les relevés.

Au fil des séances, la volatilité est restée marquée. Des données de Borsa Italiana montrent par exemple un cours autour de 5,72 euros avec un recul intraday de près de 0,8 %, tandis que des informations de CBOE situent le titre autour de 5,78 euros, quasiment stable mais en léger repli sur cinq jours. À plus long terme, sur le premier semestre 2026, l’action Campari affiche un recul modéré de 1,6 % en absolu, une performance toutefois meilleure que la moyenne de ses pairs de la boisson en Europe, mais inférieure aux grands indices boursiers.

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Une vente forcée d’actions Campari par la famille Garavoglia pourrait être nécessaire pour payer une facture fiscale de plus d’un milliard d’euros, pesant sur le cours en augmentant le flottant.

Pour l’instant, cette hypothèse reste théorique, d’autant que Lagfin martèle que la saisie « n’affecte absolument pas » sa position de contrôlant. Avec plus de 80 % des droits de vote, même amputé de 17 % de ses titres immobilisés, le holding conserverait une emprise très solide sur les décisions de Campari.

Une négociation fiscale à 400 millions d’euros en coulisse

Une négociation fiscale à 400 millions d’euros en coulisse

Parallèlement à la bataille judiciaire, une partie plus discrète mais décisive se joue à Rome entre Lagfin et l’Agenzia delle Entrate. Selon plusieurs sources ayant connaissance directe du dossier, relayées notamment par Reuters, le holding luxembourgeois est engagé dans des discussions avancées avec l’administration fiscale italienne pour solder le litige par une transaction.

Échéancier des versements de Lagfin
Lagfin verserait environ 400 millions du2019euros sur 1,29 milliard gelés. Une première tranche de 150 millions serait payable du2019ici la fin de lu2019année, et le solde de 250 millions serait étalé à partir de 2027 en plusieurs versements. Le holding financerait le premier versement grâce à des liquidités provisionnées.
Paramètre de la transaction envisagéeDonnée rapportée
Montant total de l’accord discuté≈ 400 M€
Part relative vs somme gelée≈ 1/3 de 1,29 Md€
1ʳᵉ tranche150 M€
Échéance de la 1ʳᵉ trancheD’ici la fin de l’année concernée
Tranches suivantesÀ partir de 2027, en plusieurs paiements

Un tel accord, s’il est finalisé, aurait plusieurs conséquences. Pour l’État italien, il s’agirait d’un compromis financier substantiel, lui garantissant de récupérer une partie importante des impôts revendiqués, tout en évitant un contentieux interminable et incertain devant les juridictions tributaires et pénales. Pour Lagfin, ce serait le prix d’une sécurité juridique retrouvée et d’une normalisation de sa relation avec le fisc italien.

Bon à savoir :

La jurisprudence récente indique que les transactions fiscales peuvent influencer l’issue des procédures pour fraude, en atténuant les peines ou en favorisant des solutions négociées ; le parquet doit tenir compte d’un éventuel accord avec l’Agenzia delle Entrate pour apprécier l’intérêt public à poursuivre.

Pour Campari, enfin, une clarification rapide, même coûteuse pour son actionnaire de référence, serait probablement perçue positivement par les marchés, en levant une partie du nuage d’incertitude qui pèse sur le titre.

Un dossier emblématique de la nouvelle fermeté européenne sur l’« exit tax »

Un dossier emblématique de la nouvelle fermeté européenne sur l’« exit tax »

Au‑delà du cas d’espèce, ce conflit entre Lagfin et la justice italienne s’inscrit dans une tendance plus large. L’Italie, comme d’autres pays européens, renforce depuis plusieurs années ses dispositifs pour encadrer les transferts de sièges sociaux et d’actifs vers des juridictions à fiscalité plus attractive. L’« exit tax » est l’un de ces instruments, destiné à taxer les plus‑values accumulées dans un pays avant qu’elles ne disparaissent de son champ d’imposition.

5,3

Selon les autorités italiennes, les plus-values de plus de 5,3 milliards d’euros générées par la société italienne Alicros auraient dû être imposées lors de son absorption par le holding luxembourgeois Lagfin.

Les procureurs vont même plus loin en parlant de « stabile organizzazione occulta ». En langage fiscal, cela signifie que, derrière le vernis d’un siège luxembourgeois, une part substantielle de la direction et de la gestion financière resterait en Italie. Si cet établissement permanent caché était reconnu, cela justifierait que l’Italie taxe les revenus et plus‑values correspondants, même après la fusion.

Exemple :

Cette logique dépasse le cas Campari et concerne d’autres grands groupes italiens ou européens ayant déplacé leur siège ou des actifs significatifs à l’étranger, avec des affaires se concluant parfois par des accords transactionnels de plusieurs centaines de millions d’euros. La comparaison avec un précédent dossier impliquant Exor, holding de la famille Agnelli, souvent mentionnée dans la presse italienne, illustre ce mouvement de fond : les administrations fiscales n’hésitent plus à contester frontalement les schémas transfrontaliers jugés trop agressifs.

Une entreprise sous pression boursière mais encore solide sur ses fondamentaux

Une entreprise sous pression boursière mais encore solide sur ses fondamentaux

Ce bras de fer fiscal intervient à un moment charnière pour Campari. Sur le plan industriel et commercial, le groupe reste l’un des acteurs les plus dynamiques du secteur des spiritueux. Ses résultats pour le premier semestre 2026 montrent une progression organique de ses ventes de 2,7 %, prolongeant une série de cinq trimestres consécutifs de croissance organique positive.

En valeur absolue, le chiffre d’affaires semestriel atteint environ 1,51 milliard d’euros, en léger retrait de 1 % sur un an en données publiées, sous l’effet combiné de la cession de certaines marques non stratégiques – comme Cinzano, Averna ou Zedda Piras – et des effets de change défavorables, notamment liés au dollar américain et au dollar jamaïcain. Mais une fois ces éléments neutralisés, la dynamique sous‑jacente reste favorable.

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L’EBIT ajusté du premier semestre 2026 s’élève à 358 millions d’euros, en progression organique de 8,5 % et avec une marge de 23,7 %, dépassant le consensus de 331 millions d’euros.

Campari maintient d’ailleurs une guidance de croissance organique d’environ 3 % pour l’ensemble de 2026, tout en relevant légèrement ses attentes de marge, grâce à une combinaison de hausse de prix, de gains d’efficacité, d’un portefeuille recentré sur des marques prioritaires et d’un environnement tarifaire un peu moins pénalisant que prévu sur certains marchés, notamment aux États‑Unis.

Astuce :

Le groupe déploie une stratégie de « fewer, bigger bets » – moins de paris mais plus gros – qui consiste à se délester de marques jugées non stratégiques ou insuffisamment rentables pour concentrer ses investissements marketing et industriels sur un noyau de marques mondiales comme Aperol, Campari, Grand Marnier ou le whisky Wild Turkey. Des opérations de cession ont déjà été menées pour Cinzano ou certains amers, d’autres sont en cours sur des rhums agricoles.

Les projections de certaines banques, comme UBS, tablent sur un chiffre d’affaires de l’ordre de 3,08 milliards d’euros pour 2026, un EBIT avoisinant 654 millions et un bénéfice net d’environ 380 millions, avec une dette en décrue vers 2 milliards d’euros, puis 1,8 milliard dans les années suivantes, portée par le désendettement lié aux ventes d’actifs.

Ce tableau relativement robuste explique pourquoi, malgré la secousse provoquée par la saisie judiciaire, le marché n’a pas brutalement quitté le titre. La baisse de 1,6 % du cours sur le premier semestre 2026 reflète autant une défiance vis‑à‑vis du secteur des spiritueux dans son ensemble qu’une prime d’incertitude spécifique au dossier Lagfin.

Quand la gouvernance fiscale du groupe devient un enjeu stratégique

Quand la gouvernance fiscale du groupe devient un enjeu stratégique

Au‑delà des chiffres trimestriels, l’affaire interroge la gouvernance globale du groupe Campari. Lagfin insiste sur le fait que la société opérationnelle et ses dirigeants n’ont joué aucun rôle dans les choix fiscaux contestés, présentés comme des décisions de l’actionnaire de référence pour optimiser la localisation de la holding. Mais aux yeux de certains investisseurs et commentateurs, la frontière n’est pas si nette.

Attention :

La famille Garavoglia contrôle Lagfin et préside le conseil d’administration de Campari. L’implication personnelle de Luca Garavoglia dans une enquête pour fraude fiscale alimente le risque réputationnel, bien que l’entreprise se tienne formellement à distance du dossier.

Ce type de situation est délicat à gérer en termes de gouvernance. D’un côté, la continuité de contrôle par un actionnaire familial stable est souvent perçue comme un atout pour les groupes de marque, permettant une vision de long terme et une résilience face aux cycles. De l’autre, lorsque cet actionnaire est au centre d’un contentieux fiscal massif, le marché s’interroge sur le risque de conflits d’intérêts ou de décisions dictées par les contraintes personnelles de la famille plutôt que par l’intérêt social.

Bon à savoir :

Campari sur-communique sur l’étanchéité juridique entre Campari Group et Lagfin, montre que les opérations industrielles et financières se poursuivent normalement et laisse Lagfin gérer le litige fiscal et pénal. La direction mise sur le maintien d’une trajectoire de croissance, d’amélioration de la marge et de désendettement pour prouver que la machine opérationnelle fonctionne malgré le tumulte fiscal.

Un équilibre fragile entre fermeté fiscale et stabilité des marchés

Un équilibre fragile entre fermeté fiscale et stabilité des marchés

L’affaire du gel des 1,3 milliard d’euros d’actions Campari illustre la difficulté, pour un État, de concilier la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales avec la préservation de la stabilité financière de ses champions nationaux. En frappant Lagfin sur son actif le plus précieux – son bloc de contrôle dans Campari – la justice italienne envoie un signal clair : les restructurations transfrontalières perçues comme des moyens d’éluder l’« exit tax » seront contestées avec vigueur.

Mais cette fermeté se heurte à une réalité pratique : lorsqu’un holding contesté détient le contrôle d’une entreprise cotée de premier plan, toute mesure judiciaire visant cet actionnaire a des répercussions sur le marché, sur la valorisation, sur les conditions de financement et, potentiellement, sur les salariés et partenaires de l’entreprise.

Bon à savoir :

La saisie est préventive, pas confiscatoire immédiate, pour ménager un équilibre. Les actions sont gelées, mais les droits de vote restent à Lagfin, permettant à la famille Garavoglia de piloter Campari. L’administration fiscale explore un accord transactionnel autour de 400 millions d’euros, montrant sa volonté de négocier un atterrissage moins brutal qu’une confiscation totale.

Le dossier n’est pas encore clos. Sur le plan administratif, Lagfin dispose de délais pour présenter ses contre‑arguments détaillés au « procès‑verbal de constatation » de la Guardia di Finanza. À l’issue, l’Agenzia delle Entrate formalisera ses redressements, qui pourront à leur tour être contestés devant les juridictions fiscales. Sur le plan pénal, la suite dépendra du degré de convergence trouvé entre le fisc et le holding : une transaction pourra peser en faveur d’une solution atténuée, tandis qu’un bras de fer prolongé exposerait Lagfin à un risque judiciaire plus lourd.

Gel de 1,3 milliard d’euros d’actions Campari n’est pas seulement un titre spectaculaire. C’est le résumé d’un affrontement complexe entre un État déterminé à récupérer une part jugée légitime d’un trésor de plus‑values, et une famille actionnaire qui revendique le droit d’organiser son empire à l’échelle européenne sans être accusée de fraude. Entre les deux, un groupe de spiritueux centenaire tente de continuer à vendre des apéritifs au monde entier en convainquant les marchés que, quoi qu’il arrive, son histoire ne se résume pas à un litige fiscal à un milliard d’euros.

Justice italienne

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