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BCE : 36 prestataires sélectionnés pour l’euro numérique

par | Actualités
Publié le 14 juillet 2026

La Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales de la zone euro ont retenu 36 prestataires de services de paiement pour participer au futur programme pilote de l’euro numérique. Cette sélection marque une nouvelle étape concrète dans la préparation opérationnelle de la future monnaie numérique de banque centrale destinée au grand public, alors même que le projet entre dans sa phase législative finale au niveau de l’Union européenne.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Une sélection de 36 acteurs au terme d’un appel à candidatures européen

La liste des 36 prestataires a été publiée à l’issue d’un appel à manifestation d’intérêt lancé en mars 2026 par l’Eurosystème. Les institutions intéressées disposaient jusqu’au 14 mai pour déposer leur dossier. Plus de 50 candidatures ont été reçues, témoignant d’un fort intérêt du secteur financier privé pour collaborer à la mise en place de l’euro numérique.

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Les prestataires sélectionnés pour le projet de l’euro numérique proviennent de 16 des 21 pays de la zone euro.

Parmi les noms les plus connus figurent le groupe français BPCE (Banque Populaire, Caisse d’Épargne) et le géant des paiements Worldline Financial Services (Europe) S.A., via son entité enregistrée au Luxembourg. Côté banques et fintechs internationales, la liste inclut notamment Deutsche Bank, Revolut Bank, Stripe Technology Europe, SumUp ou encore Adyen et Satispay Europe.

Exemple :

L’Italie est le pays le plus représenté avec sept prestataires dont UniCredit et Poste Italiane ; l’Allemagne en compte cinq parmi lesquels Deutsche Bank ; l’Espagne participe via Uinku Payments et une alliance menée par Cecabank ; l’Autriche, le Portugal, la Grèce et la Croatie complètent la liste avec des acteurs comme BAWAG, Caixa Geral de Depósitos, National Bank of Greece et Corvus Pay.

Cette composition illustre la volonté de la BCE de s’appuyer à la fois sur de grands groupes bancaires, des fintechs innovantes et des prestataires de paiement déjà très implantés dans les usages quotidiens.

Un pilote de 12 mois à partir de la seconde moitié de 2027

Les 36 prestataires participeront à un programme pilote d’une durée de douze mois, prévu pour démarrer dans la seconde moitié de 2027. L’objectif est de tester, en conditions réelles mais dans un cadre contrôlé, une version « bêta » de l’euro numérique disposant des caractéristiques techniques et fonctionnelles de la future monnaie, sans pour autant bénéficier du statut de cours légal.

Attention :

Aucun usage grand public n’est autorisé durant la phase pilote : les transactions sont cantonnées au périmètre d’essai défini par la BCE et les banques centrales nationales. Le test implique des milliers de salariés de l’Eurosystème, des prestataires sélectionnés, ainsi que des commerçants partenaires proposant des services du quotidien (cafétérias, restaurants d’entreprise, sites de e-commerce).

Les prestataires seront répartis en deux grands rôles, qu’ils pourront éventuellement cumuler. Certains agiront comme « distributeurs », chargés d’ouvrir des portefeuilles d’euro numérique en version bêta pour les utilisateurs de test et de leur fournir des interfaces de paiement. D’autres interviendront en tant qu’« acquéreurs », responsables de l’enrôlement et de l’équipement des commerçants afin qu’ils puissent accepter ces paiements.

Les cas d’usage envisagés couvrent l’ensemble du spectre des paiements de détail : transferts de personne à personne, paiements en magasin physiques (notamment sans contact), transactions en ligne et via mobile, y compris en mode hors ligne grâce à des technologies comme le NFC. L’expérimentation doit permettre d’évaluer la robustesse de l’infrastructure, la fluidité de l’expérience utilisateur et l’interopérabilité avec les systèmes de paiement existants.

Un calendrier resserré jusqu’à un lancement visé en 2029

Sur le plan politique, le projet d’euro numérique suit un calendrier accéléré. Le 9 juillet 2026, le Parlement européen, réuni en session plénière à Strasbourg, a approuvé par une large majorité – 416 voix pour, 169 contre et 22 abstentions – le mandat de négociation pour le futur règlement encadrant l’euro numérique. Ce vote faisait suite à l’adoption, le 23 juin 2026, d’un texte préparatoire par la commission des affaires économiques et monétaires (ECON).

Bon à savoir :

Le 13 juillet 2026, les négociations de trilogue ont débuté entre le Parlement européen, la Commission européenne et les États membres (présidence irlandaise du Conseil de l’UE). L’objectif est de finaliser le cadre législatif d’ici fin 2026.

Si ce calendrier est respecté, la BCE pourrait donner son feu vert formel au projet dès le 1er janvier 2027, soit 25 ans après l’introduction des billets et pièces en euros. Le pilote technique avec les 36 prestataires se déroulerait ensuite sur douze mois, de la seconde moitié de 2027 à la mi‑2028. En cas de résultats jugés satisfaisants, la première mise à disposition de l’euro numérique pour les consommateurs de la zone euro est envisagée à l’horizon 2029.

Une nouvelle forme de monnaie publique, complémentaire aux espèces

L’euro numérique est conçu comme un équivalent dématérialisé des billets et pièces en euros, directement émis et garanti par la BCE. Il s’agirait donc de monnaie publique, au même titre que les espèces, à distinguer des dépôts détenus sur les comptes bancaires, qui relèvent de la monnaie dite « commerciale » créée par les établissements de crédit.

Astuce :

Les autorités européennes insistent sur le caractère complémentaire de l’euro numérique : il ne doit pas se substituer aux espèces. Les États membres seraient tenus de maintenir un accès simple et gratuit aux billets et pièces, afin de préserver la liberté de choix des citoyens en matière de moyens de paiement.

L’un des enjeux centraux du futur dispositif réside dans la limite de détention individuelle qui sera fixée pour chaque portefeuille d’euro numérique. Les analyses de la BCE privilégient actuellement un plafond autour de 3 000 euros par personne, sans que ce montant soit définitivement arrêté. Les comptes en euro numérique ne produiraient pas d’intérêts, afin de ne pas inciter les particuliers à y transférer une part excessive de leur épargne et d’éviter un basculement massif des dépôts des banques commerciales vers la banque centrale en cas de crise.

Les services de base – ouverture du portefeuille, détention, rechargement et opérations considérées comme essentielles – seraient entièrement gratuits pour les particuliers.

Paiements en ligne et hors ligne, avec un niveau de confidentialité proche des espèces

Sur le plan fonctionnel, l’euro numérique doit pouvoir être utilisé aussi bien en ligne qu’hors ligne. En mode hors ligne, les transactions de personne à personne auraient lieu localement, de téléphone à téléphone ou via des cartes dédiées, sans enregistrement des détails de l’opération par un tiers ou par la BCE. Ce mode vise à offrir un niveau d’anonymat et de confidentialité similaire à celui des paiements en espèces.

Euro numérique : présentation et avantages

L’euro numérique, une monnaie de banque centrale, offre des transactions sécurisées tout en protégeant les données personnelles et en éliminant le risque de perte de fonds.

Transactions sécurisées

Les transactions en ligne seraient vérifiées et compensées via une infrastructure centralisée ou distribuée, sans accès de la BCE aux données personnelles.

Créance directe sur la BCE

L’euro numérique représenterait une créance directe sur la banque centrale, éliminant le risque de perte de fonds en cas de faillite d’une banque commerciale.

L’acceptation de l’euro numérique devrait être obligatoire pour l’ensemble des commerces physiques et en ligne de la zone euro, en cohérence avec son statut de monnaie de banque centrale. Ce point, lié à la définition précise de son cours légal, fait toutefois l’objet de débats au sein des institutions européennes et des États membres.

Souveraineté, concurrence et inclusion au cœur des enjeux

Au‑delà de la dimension technologique, l’euro numérique s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté européenne en matière de paiements. L’UE cherche à réduire la dépendance du marché des paiements de détail vis‑à‑vis des géants américains Visa, Mastercard ou PayPal, ainsi que des cryptomonnaies stables privées souvent adossées au dollar. La BCE et les institutions européennes voient dans l’euro numérique un moyen de garantir l’autonomie de l’infrastructure de paiement de la zone euro.

Le projet vise également à renforcer l’inclusion financière, en offrant un instrument de paiement public, gratuit et accessible au plus grand nombre, y compris aux personnes non bancarisées ou éloignées des réseaux numériques privés. Pour répondre à cet impératif, la BCE a engagé des coopérations, notamment avec la fondation espagnole ONCE à partir de février 2026, afin de définir des standards stricts d’accessibilité pour l’application et les supports physiques, à destination notamment des personnes âgées, des publics en situation de handicap ou des populations vulnérables.

BCE

L’euro numérique devra par ailleurs démontrer sa valeur ajoutée face aux solutions existantes comme Apple Pay, Google Pay, les virements instantanés ou encore l’application européenne Wero. La facilité d’usage, la rapidité et l’intégration dans le quotidien des consommateurs seront déterminantes pour son adoption.

Méfiances sur la vie privée et garanties de la BCE

Malgré l’avancée du calendrier politique et technique, le projet continue de susciter des réserves. Une enquête YouGov publiée en avril 2026 montre que seuls 32 % des Français déclarent avoir entendu parler de l’euro numérique, et qu’une partie importante de ce public en a une compréhension floue : 27 % de ceux qui en ont entendu parler ne savent pas précisément de quoi il s’agit, tandis que 19 % l’associent encore à une cryptomonnaie spéculative de type Bitcoin.

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47 % des Français craignent un suivi accru de leurs paiements selon l’article

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a fermement démenti ces scénarios à l’été 2026, assurant que l’institution ne disposerait pas des moyens techniques pour identifier les utilisateurs ni tracer leurs achats individuels. La BCE affirme que l’euro numérique ne sera pas utilisé comme un outil de surveillance ni pour limiter les libertés individuelles, et que son architecture sera conçue pour garantir un haut niveau de protection des données, en particulier via le mode hors ligne qui doit reproduire la confidentialité des paiements en espèces.

Des banques commerciales prudentes face aux risques de désintermédiation

Les établissements bancaires traditionnels abordent le projet avec prudence. S’ils sont nombreux à participer au pilote, ils expriment néanmoins des réserves quant aux coûts d’intégration technologique et au risque de voir une partie de leurs dépôts migrer vers des portefeuilles d’euro numérique détenus auprès de la banque centrale, en particulier en période de tensions financières.

L’introduction d’un plafond de détention par personne et l’absence de rémunération des comptes d’euro numérique sont précisément destinées à répondre à ces préoccupations, en limitant le rôle de la BCE aux paiements du quotidien plutôt qu’à la collecte de l’épargne à grande échelle.

Sur le plan politique, certains groupes mettent aussi en avant la nécessité de garanties fortes en matière de libertés publiques et de protection des données, qui devront être inscrites dans le règlement européen en cours de négociation.

Alors que la phase de trilogue se poursuit et que se prépare le lancement du pilote technique avec les 36 prestataires sélectionnés, l’euro numérique franchit ainsi un double cap, législatif et opérationnel. Sa réussite dépendra autant de la solidité de l’infrastructure développée avec ces acteurs que de la capacité des institutions européennes à rassurer citoyens et banques sur les enjeux de confidentialité, de concurrence et de stabilité financière.

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