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Légère hausse des prix de l’immobilier ancien en France : analyse du tournant

par | Actualités
Publié le 30 mai 2026

Après plusieurs années de flambée, l’immobilier résidentiel ancien en France a connu depuis 2023 un net changement de rythme. Les données croisées des notaires et de l’Insee montrent qu’au lieu d’un retournement brutal à la baisse, le marché est d’abord passé par une phase de « légère hausse » et de décélération progressive, avant d’entrer dans un mouvement de correction plus marqué en fin d’année. Cette transition s’explique avant tout par la remontée rapide des taux d’intérêt et par l’érosion du pouvoir d’achat des ménages.

Retrouvez le podcast de cet article ci-dessous :

par Cyril Jarnias

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Un ralentissement marqué mais encore positif en début d’année

Au premier trimestre 2023, l’indice Notaires‑Insee des prix des logements anciens en France métropolitaine montrait encore une progression sur un an, mais en net repli par rapport aux trimestres précédents. La hausse atteignait alors +2,7 % en glissement annuel, contre +4,6 % au quatrième trimestre 2022 et +6,4 % au troisième trimestre 2022. Autrement dit, la hausse se maintenait, mais à un rythme divisé par plus de deux en l’espace de six mois.

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Augmentation des prix des maisons entre 2015 et 2022, une période de hausse continue soutenue par des taux de crédit historiquement bas.

En province, la dynamique restait encore relativement soutenue au début de 2023, avec une progression annuelle de +3,9 % au premier trimestre (après +5,8 % et +8,1 % les trimestres précédents). Les maisons anciennes y gagnaient +3,5 % sur un an et les appartements +4,7 %, ces derniers reprenant même le dessus sur les maisons après deux ans où l’inverse dominait.

Des trajectoires régionales divergentes

Si le niveau national reflète une légère hausse puis une décélération, la situation diffère fortement entre Île‑de‑France et reste du territoire.

En Île‑de‑France, les prix des logements anciens ont commencé à reculer dès le premier trimestre 2023 sur un an (-0,6 %, après encore +1,3 % fin 2022 et +1,9 % au troisième trimestre 2022). Ce recul est tiré par les appartements, en baisse de -1,2 % sur un an, alors que les maisons parvenaient encore à progresser légèrement (+0,9 %).

Exemple :

Entre le quatrième trimestre 2022 et le premier trimestre 2023, l’indice des appartements anciens en Île-de-France est passé de 128,5 à 127,1, et celui des maisons de 126,8 à 125,5. En province, les indices sont restés quasi stables : 136,2 pour les deux catégories au premier trimestre 2023, contre 135,3 et 136,3 au trimestre précédent, illustrant un atterrissage en douceur.

Paris constitue un cas à part au sein de l’Île‑de‑France. Le prix médian du mètre carré, qui avait franchi le seuil symbolique des 10 000 euros en 2020 après une hausse de près de 30 % sur dix ans (2013‑2023), a commencé à s’effriter. Au premier trimestre 2023, le mètre carré parisien se situait autour de 10 310 euros, avec déjà une légère baisse sur un an ; les projections d’avant‑contrats laissaient anticiper une diminution plus marquée au fil de l’année, jusqu’à un repli d’environ 5 % en juillet 2023 et un risque de passer sous les 10 000 euros le mètre carré au troisième trimestre.

Une légère hausse sous contrainte de taux

La « légère hausse » de 2023 ne s’explique pas par une nouvelle poussée de la demande, mais davantage par l’inertie d’un marché qui avait accumulé plusieurs années d’augmentations continues, dans un environnement financier devenu soudainement beaucoup plus contraignant.

Sur l’année 2023, le taux moyen des crédits immobiliers a fortement grimpé, passant d’environ 2,6 % en janvier à plus de 4,2 % en novembre. Parallèlement, l’inflation a rogné le revenu disponible des ménages. Beaucoup de candidats à l’accession se sont ainsi trouvés « sortis du marché », faute de capacité d’emprunt suffisante ou de respect des critères bancaires (taux d’endettement, reste à vivre, apport minimal).

Bon à savoir :

Fin 2023, le volume annuel de ventes de logements anciens a chuté à 869 000, contre 1,115 million en 2022. Parallèlement, l’apport personnel exigé a atteint en moyenne 35 % du prix d’achat au premier semestre 2023, soit une hausse de plus de 60 % par rapport à 2022.

Dans ce contexte, la légère progression des prix constatée encore début 2023 masque une réalité plus contrastée. Là où les vendeurs n’ajustent pas leurs prétentions, les biens restent plus longtemps sur le marché, tandis que seules les ventes liées à des « événements de vie » (séparation, succession, mutation professionnelle…) se réalisent avec des baisses de prix parfois significatives.

Vers la fin d’un cycle haussier historique

Malgré ce freinage, la baisse enclenchée en 2023 n’efface pas le cycle haussier précédent. Entre 2013 et 2023, l’indice global des prix du logement (neuf et ancien) est passé d’environ 102,8 à un pic de 133,6 fin 2022, soit presque +30 % en dix ans à l’échelle de la France métropolitaine. Sur la seule période 2015‑2022, la progression cumulative des maisons (+34 %) et des appartements (+26,6 %) a alimenté un sentiment de richesse immobilière, mais aussi de décrochage par rapport aux revenus.

Attention :

Le prix du logement a quasiment doublé par rapport au revenu moyen par ménage depuis les années 2000, amplifié par de faibles taux d’intérêt, un crédit abondant dans les années 2010-2020, des améliorations de qualité des logements, et des hausses salariales qui n’ont pas suivi.

Dans plusieurs grandes métropoles, l’envolée a été spectaculaire. Entre 2013 et 2023, les prix médians des appartements anciens ont ainsi progressé de près de 70 % à Bordeaux, d’environ 57 % à Lyon, plus de 55 % à Nantes et plus de 56 % à Strasbourg. Paris, pourtant emblématique de la cherté immobilière, n’a pas connu la plus forte hausse en pourcentage (+29,9 % sur la décennie), mais à partir d’un niveau déjà très élevé.

La légère progression de 2023 s’inscrit donc dans la « queue de comète » d’un cycle haussier historique qui, sous l’effet du resserrement monétaire décidé par la Banque centrale européenne pour juguler l’inflation, entre progressivement dans une phase de correction.

La mécanique du retournement à partir de mi‑2023

Les avant‑contrats signés au printemps et à l’été 2023 offrent une vision plus fine du basculement à l’œuvre. Fin mai 2023, l’évolution annuelle des prix des logements anciens en France métropolitaine n’était plus que de +1,3 %. Dans le détail, les maisons affichaient encore +2 % sur un an, contre seulement +0,3 % pour les appartements. Surtout, les évolutions sur trois mois montraient déjà une diminution de -0,9 % pour les deux segments, signe que le pic de prix était passé.

-4,8

En Île-de-France, la baisse annuelle des prix des appartements est estimée à -4,8 % à l’été 2023.

Cette période fait apparaître un décalage territorial net : les zones les plus chères, très dépendantes du crédit et déjà fortement valorisées (Paris, grandes métropoles, proche couronne francilienne), s’ajustent les premières, tandis que certaines villes moyennes ou littorales, soutenues par la demande de résidences secondaires ou de télétravailleurs, tiennent mieux leurs prix.

Un marché fragilisé : activité en recul et sélectivité accrue

La légère hausse moyenne de 2023 ne doit pas masquer la gravité de la crise de volume qui touche l’immobilier ancien à partir de cette année‑là. Sur le seul premier semestre 2023, le nombre de ventes de logements anciens recule d’environ 11 % par rapport à la même période de 2022. Fin 2023, la baisse cumulée sur deux ans atteint près de 300 000 transactions, ramenant le marché à des niveaux de flux qui n’avaient plus été observés depuis le milieu des années 2010.

Astuce :

Les acheteurs actuels sont plus âgés, ont des revenus plus élevés et un apport conséquent, souvent issu de la revente d’un bien. Les primo-accédants modestes et les ménages à revenus intermédiaires sont les principaux perdants, car la hausse des loyers ne compense pas la flambée des prix de vente.

Sur le plan sectoriel, l’année 2023 apparaît comme une « annus horribilis » pour l’ensemble de la chaîne immobilière : agents, promoteurs, courtiers et notaires. Les professionnels évoquent des fermetures d’agences, des mises en sommeil d’activités et une montée des tensions de trésorerie. La crise du neuf, marquée par l’effondrement des mises en chantier et des réservations, s’ajoute aux difficultés de l’ancien et à la pénurie de logements locatifs dans les grandes villes.

Perspectives : de la légère hausse à la stabilisation attendue

L’épisode 2023 marque un tournant : d’une longue séquence de hausse quasi continue, le marché passe à une phase de correction lente, dans laquelle la légère hausse du début d’année n’est plus qu’un reliquat d’inertie statistique. Les données ultérieures montrent que la baisse des prix se renforce en 2023‑2024 avant de ralentir, sous l’effet d’une stabilisation puis d’un repli progressif des taux de crédit.

10 à 12

Un ajustement des prix de l’ordre de 10 à 12 % est nécessaire selon les territoires pour compenser le renchérissement du crédit et rétablir la solvabilité des ménages.

La séquence 2023 apparaît ainsi comme une année charnière : les prix de l’immobilier ancien en France continuent globalement de progresser en moyenne annuelle, mais très faiblement, tandis que les indicateurs en temps réel (avant‑contrats, indices trimestriels) basculent progressivement en territoire négatif. C’est cette dynamique, enclenchée en 2023, qui conduira ensuite à la phase de stabilisation annoncée pour 2025, dans un marché où la capacité d’emprunt, plus que jamais, dicte l’orientation des prix.

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